L'aviculture, une filière accessible et porteuse d'espoir
La filière avicole, en dépit de son accessibilité et les multiples avantages qu'elle offre, est reléguée au second plan. Des signaux positifs se dessinent à l'horizon au bénéfice des paysans.
L'accessibilité de l'élevage des volailles, en particulier des poulets, les possibilités d'emplois offertes par ce secteur, le coût moyen exigé par sa pratique sont, entre autres, les raisons qui ont poussé le Ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) à réunir, au Karibe Convention Center, les mardi 17 et mercredi 18 avril, des acteurs concernés par l'avenir des filières de production alimentaire.
Des représentants d'institutions publiques et privées n'ont pas marchandé leur participation à ce colloque de deux jours conduit par le titulaire du MARNDR, François Séverin, qui se montre plus que déterminé à faire de l'Agriculture un secteur d'emplois sûr après deux siècles de piétinement.
« Le poulet est l'animal dont l'élevage se pratique le plus facilement; tandis qu'Haïti importe annuellement 109 millions de livres de viande dont 41% de poulet », a-t-il déploré. François Séverin qui estime à 61% la population agricole d'Haïti souligne que le pays peut se libérer de son statut d'importateur dans un délai très court.
« L'aviculture peut être éparpillée à travers nos mornes et nos plaines sans être affectée par les problèmes liés à l'environnement », a-t-il fait remarquer tout en vantant le court processus du développement des poulets. « En 45 jours la viande des volailles est déjà disponible », soutient-il.
82% des agriculteurs vivent de l'élevage soit de manière intensive ou entièrement naturelle.
Le ministre de l'Agriculture indique qu'un million d'oeufs étrangers sont consommés quotidiennement. « Cette situation doit motiver plus d'un vers un sursaut national qui peut conduire à l'implantation d'une filière avicole qui donne du travail à nos frères paysans et de l'espoir à Haïti tout entier », a-t-il martelé.
Des signes de concrétisation du projet du MARNDR se dessinent déjà à l'horizon de ce secteur, si l'on en croit certains des participants à ce colloque qui se disent prêts à porter leur contribution à ce processus.
Le problème lié au crédit agricole a été abordé à l'occasion de ce colloque susceptible d'accoucher d'une commission qui planchera sur une structure définitive appelée à poser les problèmes confrontés par le secteur et à engager le processus de son développement réel.
Gladys Coupet, présidente de l'Association professionnelle des Banques (APB) voit d'un bon oeil la réflexion sur le secteur avicole. Elle promet que son association apportera toute sa contribution en vue de la relance de tout le secteur agricole qui constitue 61% de l'emploi en Haïti.
Le ministre Séverin qui a toujours plaidé pour une meilleure répartition des richesses du pays pense que seul le développement de certaines filières peut insuffler un nouvel élan dans l'économie nationale. « Les 20% des personnes les plus pauvres qui ne gagnent que 1,5% des revenus du pays et les 20% des plus riches qui en ont 68,5% pourront mieux se côtoyer si la situation évolue ; car ces secteurs entraîneront des possibilités d'investissement et du coup génèreront des emplois », a-t-il argumenté.
De l'aviculture, les producteurs peuvent bénéficier, outre la viande et les oeufs, des intrants agricoles, des protéines pour d'autres animaux et tant d'autres éléments qui peuvent rapporter de l'argent.
L'Artibonite et le Centre sont les deux départements qui disposent du plus grand niveau d'aviculture. Le ministère de l'Agriculture a récemment reçu de l'ambassade de Taiwan un don afin de mettre en oeuvre un complexe à Jacmel où se développera cette culture.
D'après Maurois François, directeur général de l'Organisation pour le développement de la Vallée de l'Artibonite (ODVA), ces activités insuffleront une impulsion nouvelle aux projets déjà en cours dans la Vallée.
Il dit que son institution avait investi plusieurs millions de gourdes dans la production d'oeufs. « Nous orientons les investissements autant vers la culture végétale que vers l'élevage qui est un secteur en phase de dynamisation », s'est félicité le directeur général de l'ODVA.
Avec ses ressources techniques disponibles, il ne manque à l'ODVA que les fonds nécessaires à étendre ses projets dont le directeur dit être sur de bonnes voies.
« C'est un processus très coûteux », reconnaît l'agronome François qui croit, comme le ministre Séverin, que seule l'action de l'Etat peut atteindre un tel objectif. Le secteur privé doit jouer son rôle d'investisseur dans les infrastructures de base nécessaires au développement de cette filière.
Source: Le Nouvelliste