Dans les autres pays producteurs, la banane sert d'intrant dans la fabrication de carburant, de jus, d'alcool, etc. En Haïti, la filière banane reste largement artisanale.
La production haïtienne de bananes a régressé pendant les 10 dernières années, selon le dernier rapport du Fonds des Nations unies pour l'alimentation (FAO), portant sur la filière banane dans notre pays. De 600.000 tonnes métriques produites annuellement durant de 1981 à 1994, la production est passée aujourd'hui au-dessous des 300.000 tonnes métriques, soit une chute de 50% en 2005.
Divers facteurs internes et externes expliquent la chute libre de la production de banane en Haïti, selon les techniciens agricoles. Au niveau de la production, les agriculteurs ont peu de moyens quant à l'irrigation des plantations bananières. Dans un rapport publié par la Banque interaméricaine de développement, les spécialistes font mention de quelques grandes difficultés auxquelles sont confrontés les agriculteurs.
Les limites de la production
Les ressources en eau font défaut dans les systèmes irrigués. Les productions sont notamment attaquées par des maladies causées par des insectes, notamment le nématode et la Sigatoka, véritables bêtes noires des producteurs de bananes. "Cette maladie détruit les récoltes dans les zones d'intensification de la banane, raconte un producteur dans la plaine de l'Arcahaie. Les pestes infiltrent le sol, attaquent le bananier par la racine jusqu'à ce que celui-ci tombe en putréfaction."

Les mauvaises pratiques culturales font aussi la faiblesse de la production, explique l'agronome Françoise Baptiste. Mais, la contre-performance de la production bananière est particulièrement liée à l'envahissement du produit local par la banane dominicaine, regrette-t-elle. Ce que confirme le rapport de la BID. Le produit local est relégué au second plan au profit des importations de rejets de banane figue en provenance de la République dominicaine. Ces importations peuvent être estimées à environ 20,000 tonnes métriques par année.
Les cyclones ennemis des bananeraies
Les malheurs de la filière sont aussi liés aux récentes catastrophes naturelles au cours de la troisième décade de septembre 2006. Durant cette période, les fortes pluies qui se sont abattues sur le pays ont provoqué de graves inondations dans les plaines basses dans les départements du Nord-Ouest et de la Grande Anse. Parmi les dégâts causés par les ouragans durant les 3 dernières années, les bananeraies ont été les plus affectées. Les paysans ont perdu des centaines de régimes de bananes. Ce qui allait créer une pénurie du produit local. Et, du coup, ouvrir la voie à la banane dominicaine sur notre territoire.

D'après le rapport de la FAO sur l'évaluation rapide des dégâts agricoles dans le Nord-Ouest et de la Grande Anse, environ 1350 hectares de banane, soit 6.75% de la superficie cultivée en banane dans tout le pays, ont été sauvagement détruits. Toutes ces difficultés ont de graves répercussions sur la production locale entraînant ainsi, depuis quelques années, une importation massive de la banane dominicaine.
Faibles moyens de transformation
Les contraintes de la filière banane se trouvent surtout au niveau de la transformation. Les agriculteurs haïtiens disposent de très peu de moyens pour l'exploitation du produit. Tandis qu'ailleurs la consommation est envisagée sous diverses formes, notamment jus, alcool, peau et pulpe dans la préparation du papier. Ici, le produit est axé beaucoup plus sur une autoconsommation artisanale par faute de matériel et de techniciens dans le secteur.
Les principaux sous-produits réalisés avec le banane plantain sont : La friture, couramment appelé banane pesée. Elle est vendue principalement au coin de rues, dans les restaurants, accompagnée de morceaux de viande.
La farine de banane se retrouve spécifiquement dans les rayons des supers marchés de la capitale. Ce dérivé de la banane est surtout, selon l'agronome Françoise Baptiste, l'apanage d'un petit groupe d'entrepreneurs, dont Kiskeya, Jacquet, Produits Lala, etc. La banane est utilisée particulièrement dans la fabrication de chips, couramment appelé papita.
Papita, le sous-produit le plus commercialisé
La filière papita, est en effet, le sous-produit le plus commercialisé dans le pays. Le gros de cette production est réalisé au niveau du secteur informel de la capitale. Les zones les plus connues sont Solino, Cité soleil, Marin. Cette activité est également entreprise à travers certaines villes du pays, notamment les Cayes, le Cap, Jacmel et Gonaives.
La banane plantain est d'abord transformée en lamelle ou rondelle très mince. Elle est ensuite mise dans une chaudière d'huile pour la friture. Enfin, les lamelles, mises en sachet, sont vendues saupoudrées de sel fin à travers les rues de Port-au-prince et dans les villes de province.
Même si la filière papita ne requiert pas grande chose à sa fabrication, les acteurs de la transformation doivent quand même faire des acrobaties pour le réaliser. Les moyens techniques et financiers, le plus souvent, font défaut. Les acteurs ont souvent de grandes difficultés à trouver à temps la matière première, les matériels et les sources énergétiques nécessaires à la transformation, tels que : écumoire, réchaud à charbon ou bois, plateau.
Dans certaines villes de province, les habitants utilisent l'écorce du bananier pour la fabrication des nattes. Autrefois, on s'en servait pour fabriquer de petits objets décoratifs, notamment des cartes artisanales.
Les possibilités sont là
La production de la banane est pourtant assez bien repartie dans le pays. Les principales zones de production sont localisées le long des Trois Rivières, les périmètres de la côte des Arcadins, de Petit-Goave, de la Grand'Anse et de la Grand-Rivière du Nord.
A Jean Rabel, cette filière agricole est cultivée sur 350 ha et donne une production allant de 5.000 à 6.000 tonnes par an. Mais la plus importante poche de production reste la plaine de l'Arcahaie. Là-bas, les plantations bananières s'étendent sur 3,800 ha pour une production de 60,000 tonnes par an.
Culture rentable
La banane est malgré tout l'une des cultures les plus rentables pour l'agriculteur haïtien. Durant ces dix dernières années, les exportations ont atteint la barre des 100 millions de dollars l'an. Des résultats liés aux avantages que présente la production locale. Sur le plan agricole, la banane permet la polyculture vivrière et favorise quelque peu la couverture en arbres fruitiers.
Cultivée en zone humide et semi-humide, la banane plantain et la figue-banane peuvent facilement s'associer à la culture de la patate douce, au manioc, au maïs, au sorgho et aux pois. Avec certains arbres fruitiers, tels que le manguier, l'avocatier, l'arbre à pain, la densité de la banane peut varier, selon les spécialistes, entre 400 à 1000 pieds par hectare. Les possibilités devenues plus concrètes, les agriculteurs s'aventurent de plus en plus dans le secteur. En 2005, plus de 200.000 producteurs de bananes ont été répertoriés dans les zones de production estimées à plus de 100. 000 ha.
Ce reportage a été rendu possible grâce au support technique de l'ONG Vétérimed dans le cadre des colloques sur La problématique des MPME et sur la production agro-industrielle en Haïti.