Après une période assez longue de stabilisation du taux de change, la gourde connaît depuis quelques jours une certaine appréciation par rapport au dollar. Loin de recevoir la bénédiction de tous, cette situation à fait, d'un côté, des heureux et de l'autre, des mécontents.
35,95 gourdes pour un dollar, c'est le taux moyen à l'achat pratiqué par les banques commerciales haïtiennes contre 36,40 gourdes à la vente au 29 juin 2007. La gourde se refait ainsi une santé face au billet vert, un phénomène rare dans l'économie haïtienne depuis l'époque de l'embargo où le taux de change avoisinait les 50 gourdes pour un dollar. Cette situation qui semble confirmer la bonne santé de l'économie haïtienne est accueillie différemment selon les secteurs d'activité et les sources de revenu de la population.
Les premiers bénéficiaires de la situation sont les entreprises exportatrices qui, vu l'importance de l'importation en Haïti, vont profiter de cette remontée de la gourde pour se procurer des dollars à prix réduit pour les commandes à l'étranger. Alors que les exportateurs de produits haïtiens ne verront pas d'un bon oeil les dernières performances de la monnaie locale.
Ces derniers perdront une partie du bénéfice sur les produits exportés du fait de la baisse du dollar. On comprend alors l'inquiétude d'un membre de ce secteur qui lors d'une rencontre au Palais national, la semaine dernière, s'est plaint des effets nocifs de cette situation sur ses activités. Certains menacent même de fermer boutique si la gourde maintient sa côte face au dollar.
Les Haïtiens recevant régulièrement des transferts de l'étranger compteront parmi les victimes de l'actuel niveau du taux de change. Ceci est d'autant plus important que près de 40% d'Haïtiens vivent du transfert de devises qui représentent à peu près 25% du PIB. Ces fonds sont utilisés principalement à des fins de consommation. Une diminution de la valeur du dollar entraîne par voie de conséquence une diminution du pouvoir d'achat de ces bénéficiaires.
Certains prévoient aussi que cette embellie de la gourde si elle persiste aura des répercussions sur ceux qui détiennent des comptes en dollar. Ils verront à la longue une diminution de la valeur de leur compte, soutient le secrétaire général de l'Association haïtienne des économistes qui indique que les comptes bancaires haïtiens sont dollarisés à 50% .
D'une façon générale, l'appréciation de la monnaie locale devrait constituer une bonne chose pour l'économie, dans le sens qu'elle pourrait contribuer à baisser l'inflation et augmenter le pouvoir d'achat de la population. Cependant, les caractéristiques particulières de l'économie n'ont pas permis encore à la population de constater dans le réel les baisses de l'inflation notées à tout bout de champ par les responsables.
Selon certains analystes, pour que la valorisation de la gourde soit effective et contribue réellement à la croissance, il faut qu'elle soit issue d'une politique de production de biens et de services appuyée fortement par l'Etat haïtien. Le gouvernement fait souvent état de ses bonnes performances en matière de recettes. A quoi servent ces recettes quand les couches défavorisées continuent à sombrer sous le poids de l'inflation, de l'absence des services de base, de l'insalubrité, du dépérissement de l'environnement, se demandent-ils.
Les facteurs contribuant à cette valorisation de la gourde
La politique restrictive axée principalement sur la stabilisation ou amélioration des indicateurs macro-économiques appliquée depuis 2004 par le gouvernement intérimaire et l'administration Préval/Alexis a porté ses fruits. 4 facteurs principaux contribuent à cette valorisation de la gourde, selon l'économiste Eddy Labossière qui intervenait mardi sur Radio Métropole:
les indicateurs : surplus budgétaire, les réserves nationales, stabilité taux de change, l'aide internationale.
Surplus budgétaire.- Sur le plan budgétaire, après des années successives de déficit, l'économie haïtienne va connaître une période de répit au cours de l'exercice 2004-2005 où elle a connu un surplus budgétaire de 2 milliards de gourdes. En 2005/2006 le surplus budgétaire est passé à 1,3 milliards de gourdes; pour 2006-2007 à quelques mois de la fin de l'exercice, l'économie haïtienne accuse un surplus de 1,6 milliards de gourdes. Fort de ces performances, le gouvernement n'a pas eu à recourir, comme d'habitude, aux fonds de la Banque centrale pour couvrir d'éventuels déficits et affaiblir la monnaie locale.

Les réserves nationales.- Depuis 3 ans, les réserves nationales ont crû à un rythme impressionnant passant de 30 millions en 2004 à 240 millions en 2007. Les autorités prévoient d'atteindre 300 millions d'ici la fin de l'exercice en cours. Ce qui n'a pas permis aux autorités monétaires d'intervenir constamment sur le marché pour acheter des devises et pour endiguer les pressions sur le dollar.
Le taux de change.- Pas de fortes pressions sur le dollar de la part des entreprises d'exportation ; la gourde pendant un bon bout de temps s'est stabilisée avant de connaître une certaine appréciation par rapport au billet vert et maintenir le taux de change à un niveau appréciable
L'aide internationale.- En venant en appui au budget national, l'aide internationale, qui commence à arriver, a également contribué à atténuer la pression du dollar et conforter la gourde.
Source: Le Nouvelliste