Parmi les multiples surprises qui attendent le voyageur en visite en Haïti figurent les tap-tap, de joyeuses camionnettes aux couleurs vives. Ces véhicules de transport public d'une esthétique toute particulière attirent du premier regard. Bariolés, ils le sont soit de dessins animaux soit de visages humains, décorés au goût du propriétaire. Mais, plus que des oeuvre d'art, les tap-tap font surtout partie du quotidien de milliers d'Haïtiens. Pour eux, ces camionnettes sont l'unique moyen de locomotion.

A la station de bus de Pétion-Ville, commune du département de l'Ouest située près de Port-au-Prince, les passagers se bousculent, dans cette matinée du lundi 9 juillet, pour prendre place dans les tap-taps. Elles sont environ une dizaine, de ces drôles de camionnettes bigarrées, stationnées le long de la rue Rigaud, à faire le plein de passagers. Etudiants, marchandes, fonctionnaires de l'administration publique et vacanciers, tous s'engouffrent dans les tap-taps a destinations diverses. Pour nombre d'entre eux, ces petits bus richement colorés sont le seul moyen de déplacement à leur portée.

Sonia, jeune employée d'un supermarché de la capitale, est inconfortablement assise à l'arrière d'un tap-tap bondé. Résidente de Pétion-Ville, elle se rend chaque jour à son travail au centre-ville, au moyen d'un tap-tap. Ce circuit, elle le fait deux fois par jour et jamais sans ennuis. Les tap-taps sont, en effet, très sollicités, et prendre place à bord de ces véhicules occasionne le plus souvent des disputes. « Je n'ai pas trop le choix. C'est pour moi le seul moyen dont je dispose pour me rendre à mon travail », explique-t-elle.
Comme Sonia, ils sont des milliers de Port-au-princiens à utiliser les services du tap-tap pour se rendre soit au service soit à l'école, ou tout simplement pour faire des courses.
D'après le service de la circulation de cette région, ces véhicules de transport public assurent non moins de 26 circuits, c'est-à-dire des trajets fixes conduisant les passagers d'un point de la ville à un autre. Certains trajets existent traditionnellement. Parmi les plus grands, on peut citer Pétion-Ville/Bourdon, Centre-ville/Delmas, Port-au-Prince/Carrefour. D'autres, plus secondaires, ont été créés à partir de nouvelles zones de forte affluence.

En plus d'être d'une grande utilité pour beaucoup de riverains, les tap-taps sont source de revenus pour des centaines de foyers. Evens, chauffeur de tap-tap depuis 13 ans, effectue en moyenne dix trajets par jour ; ce travail lui permet de réaliser à la fin de la journée entre 400 et 500 gourdes. « A la fin de la journée, je suis extrêmement fatigué. Au fil du temps, je me sens de plus en plus fatigué. Cependant, ce métier que j'exerce depuis plus de dix ans me permet malgré tout de subvenir aux besoins de ma famille. J'ai trois enfants et tous sont scolarisés », confie-t-il.
Des métiers parallèles
Les chauffeurs de tap-tap ne sont pas les seuls à bénéficier des retombées économiques de cette activité, un métier plutôt surprenant s'y est greffé : Il s'agit de «travailleur-manageur» de tap-tap. Celui-ci, positionné à la station de bus, a pour mission d'inviter les potentiels passagers à monter dans la camionnette avant son départ. Il aide également les clients à charger ou décharger leurs marchandises des véhicules.
Mikel, un jeune homme de 24 ans est crieur depuis deux ans. Son rêve est de devenir un jour chauffeur de tap-tap. « Je n'ai pas encore mon permis de conduire et je dois aussi rassembler de l'argent pour louer la camionnette mais je ne désespère pas », explique-t-il. Mikel et plusieurs de ses pairs se contentent de gagner dix gourdes par voiture remplie.
Un secteur d'activité difficile à contrôler
Elément enrichissant du paysage routier haïtien, le tap-tap ne fait pour autant pas sourire tous les usagers de la voie publique. En effet, nombreux sont les conducteurs de véhicules publics comme privés qui se plaignent du manque de discipline des conducteurs de tap-tap. Ces derniers deviennent bon gré, mal gré des obstacles de la circulation automobiles.
Il est par ailleurs difficile d'en évaluer le nombre de ces véhicules en circulation. « L'Etat n'intervient pas dans la création de nouveaux circuits », explique le directeur général du Ministère des Affaires sociales -qui par ailleurs fixe le tarif des courses- Alix Boyer. « Généralement, le Ministère constate l'existence des nouveaux trajets qui s'imposent en fonction de la demande puis reconnaît de manière formelle la nouvelle station », poursuit-il.
Comme on le voit, le tap-tap est un outil indispensable dans l'économie haïtienne. Aussi, une meilleure gestion et régulation de ce secteur activités s'avère de plus en plus nécessaire.