Par Michel Lominy
L'auteur, médecin de formation, est depuis longtemps engagé dans le mouvement associatif. Il produit périodiquement ses réflexions sur la question du développement en Haïti. La vision novatrice qu'il livre ici peut interpeller les sensibilités nationalistes. Souhaitons que son audace prospective suscite des réactions et alimente le nécessaire débat d'idées sur l'avenir du pays. Dans ce numéro la première partie de son texte.
Cette vision novatrice s'inscrit dans le cadre d'une démarche prospective qui préfigure le combat d'avantgarde que devront mener, dans la prochaine décennie, les élites et têtes pensantes d'Haïti, afin de parachever l'oeuvre de nos ancêtres; cette oeuvre, deux fois séculaire, qui a pour nom HAÏTI et qui, malheureusement aujourd'hui, 200 ans après sa création, reste et demeure, encore et toujours, un projet inabouti, une symphonie inachevée.
Cette vision est novatrice en ce sens qu'elle fait une proposition inédite, très audacieuse, qui si elle est bien comprise et acceptée, permettra à Haïti de sortir, une fois pour toute, de cette cruelle impasse où elle est depuis des décennies. Sans se renier ni perdre de son prestige, bien entendu.
Haïti : projet inabouti : symphonie inachevée
Constater que Haïti est un projet inabouti, une symphonie inachevée, 200 ans après sa création, n'est guerre réjouissant pour nous, Haïtiens. Ce constat nous interpelle tous et nous oblige à nous poser la question suivante: Que faut-il faire pour faire aboutir ce noble projet commencé par nos ancêtres, il y a 200 ans, au prix de très lourds sacrifices? Cette question devrait faire l'objet d'un grand débat national auquel je vous convie tous les Haïtiens, d'ici et d'ailleurs. Que faire ?
1) Un Partenariat économique à bénéfices réciproques et à responsabilités partagées avec un autre État qui vise essentiellement à produire des richesses, biens et services, en Haïti même et du coup à mettre la majorité des Haïtiens au travail.
2) Une politique favorisant des partenariats publics-privés (PPP) dans tous les domaines où l'État se révèle incapable d'agir avec efficacité et efficience.
3) Une politique d'immigration intelligente et rentable.
4) Une vigoureuse politique de contrôle des naissances.
5) Une politique de migration zéro des classes moyennes instruites.
Une révolution économique s'impose
De la même façon que nos ancêtres ont fait une révolution sociale et politique pour abolir l'esclavage et fonder un « État Nation », nous, nous devons faire une révolution économique, cette fois pour abolir la misère et la pauvreté, rebâtir notre pays sur une base économique solide, seule capable d'assurer et de garantir sa stabilité, sa souveraineté et sa pérennité. Car, « le mal absolu qui ronge et détruit notre pays est fondamentalement la misère et la pauvreté qui y règnent.»
Haïti doit s'ouvrir sur l'extérieur
Haïti ne peut pas sortir seule de ce gouffre de misère, de cet affreux marasme économique, politique et social dans lequel elle est plongée. Elle ne peut pas, seule, avec les maigres ressources actuellement disponibles, faire cette révolution économique, Elle a forcément besoin d'un Partenaire (économique), d'un Partenaire responsable, avec obligation de résultat.
Dans cette perspective, Haïti doit s'ouvrir sur l'extérieur et, en pleine connaissance de cause, monter au plus vite dans le train de la mondialisation. Le TGV de la mondialisation.
S'il est vrai que, comme dit notre devise, l'Union fait la force, l'Union des États fera la force, la puissance et la richesse.
Il faut tirer des leçons de l'Histoire; commencer par regarder et s'inspirer des solutions que d'autres peuples ont trouvées avant nous: ce qui s'est fait en Amérique du Nord dans le passé avec d'excellents résultats, ce qui se fait actuellement en Europe, en Asie du Sud-Est et aussi, plus près de nous, ce qui se dessine en Amérique du Sud.
En Amérique du Nord, 50 états se sont fédérés pour donner naissance aux États-Unis d'Amérique et 200 ans plus tard ils sont devenus la plus grande puissance militaire et économique du monde; de même, plus au nord 10 états ou provinces se sont confédérés pour former le Canada, pays riche dont le niveau de vie de la population est actuellement très convoité.
En Europe, depuis la fin de la 2e guerre mondiale, il se construit patiemment une union d'États, l'Union européenne avec 27 états. Un "cluster d'États" dirait Kesner Pharel; les Européens ayant compris, comme l'a si bien dit le professeur Jean Claude Fignolé, que le concept d'États-Nations a atteint ses limites historiques et que l'avenir appartient désormais aux grands ensembles économiques.
Haïti doit suivre ces bons exemples, car tout nationalisme primaire, extrémiste, tout repli sur soi, toute velléité de vivre en autarcie en vue de sauvegarder une souveraineté hypothétique, est contre-productif voire suicidaire. Si on n'y prend garde, dans trois siècles nous serons encore au même point, en train de marquer le pas et de faire, pour répéter René Depestre, du « surplace existentiel », conduisant inévitablement à la mendicité endémique et au perpétuel assistanat.
De la même façon que, même au prix de très grandes concessions, la Roumanie, la Bulgarie ont négocié et réussi leur entrée dans l'Union Européenne, Haïti doit commencer à négocier dès maintenant un accord de partenariat économique « privilégié », basé sur le consentement et l'intérêt mutuels, un partenariat à responsabilités partagées et à bénéfices réciproques, avec un SEUL État un grand ensemble économique disposant du capital, de la technologie et du savoir-faire dans le domaine du développement économique.
Ce partenariat économique privilégié n'exclut pas, bien entendu, de bons rapports de voisinage, d'amitié, de coopération franche et loyale avec d'autres États.
L'économie et le profit mènent le monde, le maître mot étant: Travail. Rentabilité. Production de richesses.
Haïti étant décapitalisée, il faut la recapitaliser.
En effet, les investisseurs des continents, -nord-américain, européen et asiatiquedisposent du capital, de la technologie et du savoir-faire indispensables pour recapitaliser Haïti, exploiter et mettre de la valeur ajoutée sur toutes ses ressources naturelles brutes, avec pour objectif final, en bout de chaîne, de mettre la majorité des Haïtiens au travail, un travail productif et rentable : condition essentielle pour la reconstruction d'un État haïtien viable, d'un État haïtien moderne. Ces investisseurs accepteront volontiers de le faire, à condition qu'ils trouvent le cadre légal garanti par un État un grand ensemble économique dans lequel Haïti serait désormais intégrée à titre de Partenaire privilégié.

Ainsi les Haïtiens se mettront-ils au travail pour produire eux-mêmes, à travers une solide économie de service (Tourisme d'abord, Tourisme ensuite, Tourisme toujours, hôtellerie, industrie des loisirs, industrie de la détente et du bien être et accessoirement production agricole et agro-industrie), les richesses nécessaires et indispensables pour faire de la nouvelle Haïti,
l'Haïti de la renaissance de Hérold Jean-François, désormais partenaire et/ou intégré dans un grand ensemble économique, un État moderne, digne de nos ancêtres et de notre glorieuse histoire.
Comme la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne dans l'Union européenne, Haïti ne perdra pas son identité propre. Au contraire, une fois la misère et la pauvreté abolies ou réduites à un niveau supportable, ce sera la souveraineté retrouvée à travers ce Partenariat privilégié, à responsabilités partagées et à bénéfices réciproques, avec un autre État. Un partenariat basé sur la sincérité, le consentement et l'intérêt mutuels.
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