Par Natacha Clergé
Après les spaghettis et les jus pots-pourris, Port-au-Prince vit, de nos jours, à l'heure des saucisses venues de la République dominicaine. De nouvelles pratiques alimentaires sont contractées par la population. Et les autorités concernées semblent n'y pas prêter attention.
Depuis tantôt six mois, un insolite commerce de saucisses s'observe un peu partout dans la région métropolitaine. Au Champ de Mars, à Pétion-Ville, à Carrefour ou à Delmas, sur les trottoirs, devant les établissements scolaires, des restaurateurs ambulants grillent ces saucisses sur des fours à gaz ou des réchauds à charbon.
Pour certains, il s'agit d'un commerce supplémentaire. C'est le cas d'André, 32 ans, qui détaille des blocs de glace à l'entrée de la route de Frères et qui, depuis deux mois, s'est lancé dans la vente, non contrôlée par les autorités sanitaires, de ces saucisses. Sur un réchaud trafiqué déposé à même la chaussée, des saucisses rôtissent au feu jusqu'à s'éclater, alors que, dans un sceau jaune qui a connu de meilleurs jours, d'autres macèrent dans une marinade aux couleurs douteuses.
« Bon ! L'argent n'est jamais de trop. J'ai décidé d'étendre mon commerce. Les saucisses, j'en ai achetées des marchands qui viennent de la République dominicaine ou de Malpasse. Parfois, ce sont les marchandes elles-mêmes qui nous l'apportent sur place. Le paquet de 32 saucisses m'a coûté 240 gourdes», explique André, une pique à glace en main.
Au marché de Pétion-Ville, ces paquets de saucisses s'étalent sur les étals des marchandes au milieu du riz, du pois, du maïs et de boîtes de lait, tout aussi importés. Maryse, 36 ans, en vend depuis tantôt quatre mois et les achète directement de l'autre côté de la frontière. Selon elle, si des produits venus de là-bas, tels le salami et les oeufs, accusent une certaine baisse dans la vente, ce n'est pas le cas des saucisses.
« Les gens continuent d'en acheter. Parfois, une marchande te prend quatre, cinq paquets, mais, actuellement, il y a tant de gens qui en vendent que le profit n'est plus intéressant », informe-t-elle.
Fendues en longueur, ces saucisses, arrosées de sauce piquante, de sauce de tomate, de mayonnaise et même de moutarde, ne représentent pas, pour tous, un commerce additionnel. Pour Wilfrid, 26 ans, vendre des saucisses est une alternative contre le chômage. Autrefois ébéniste, faute d'outils pour travailler, il a abandonné. Chaque jour, dès cinq heures du matin, il fait fonctionner son four, car, de saucisses, la clientèle en consomme à toute heure.
Source: Le Matin