En vue d'apporter des pistes de solution à la crise alimentaire qui secoue le pays, l'Association nationale des médias haïtiens (ANMH) a organisé samedi, à l'occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, une émission en multiplexe à l'hôtel Montana. L'irrigation et la dégradation des terres cultivables ont été pointées du doigt comme les principaux obstacles à la production nationale.
Autour du thème « Sécurité alimentaire », les médias de l'ANMH ont retransmis en direct les commentaires de trois agronomes sur la problématique de l'heure. Jamais, en effet, la crise alimentaire n'a été si aiguë dans le monde, où 900 millions de personnes vivent la faim au ventre de façon chronique. Dans 22 des pays les moins avancés, une personne meurt de faim à chaque quatre secondes en moyenne. Dans six d'entre eux, la situation est encore plus critique. « Et Haïti figure parmi ces six pays », s'est désolé l'agronome Stéphène Phelps.

Tout en reconnaissant qu'il n'existe pas de pays qui soit autosuffisant sur le plan alimentaire, l'agronome Jean-André Victor a pour sa part insisté sur le fait que tout pays désirant arriver à la « sécurité alimentaire » doit produire beaucoup pour générer les devises qui lui permettront d'acheter les denrées qu'il ne peut pas produire lui-même. Selon lui, Haïti fait face à une pénurie alimentaire depuis 1804. L'agronome définit la pénurie alimentaire comme étant l'incapacité d'un pays à nourrir sa population selon les normes internationales. La famine, où des gens meurent littéralement de faim, peut être sectorielle ou générale dans un pays donné. « Tel n'est pas encore le cas pour Haïti », a-t-il signalé.

« Haïti n'est pas dans une famine généralisée pour deux raisons : tout d'abord, plus d'un million de gens sont nourris tous les jours par l'aide alimentaire de la communauté internationale. Ensuite, beaucoup de familles dans le pays sont alimentées par l'argent de la diaspora », a expliqué l'agronome Victor.
Le problème foncier n'a jamais vraiment été pris en considération par les autorités haïtiennes, malgré la Constitution de 1987 qui a fixé les règles du jeu, a fait remarquer l'agronome. Nous n'avons qu'un million d'hectares de terre cultivable qui malheureusement diminue chaque jour à cause de deux phénomènes : l'érosion et l'urbanisation. Paradoxalement, la population augmente à un rythme inquiétant, a rappelé l'agronome Victor. Pas besoin d'être prophète pour voir que le pays se dirige tout droit vers la catastrophe...
Autre problème majeur de l'agriculture haïtienne, la technologie agricole, encore au moyen-âge. « Depuis le roi Christophe dans le Nord qui a utilisé la technologie de la charrue tirée par des animaux pour labourer la terre, nous n'arrivons plus à maîtriser cette technologie rudimentaire, a constaté l'agronome Victor. On est encore loin de pouvoir penser à passer aux tracteurs. »
Les agronomes proposent
Au cours du débat, les agronomes se sont mis d'accord sur une solution rapide aux problèmes de la distribution de l'eau dans l'agriculture, la conservation et la protection des espaces cultivables avant de penser à la production agricole proprement dite. « On ne peut pas parler de relance de la production agricole sans tenir compte de l'environnement global de l'agriculture dans le pays », a ajouté l'agronome Victor soulignant qu'Haïti devait d'abord compter sur ses ressources nationales pour développer l'agriculture.
Pour sa part, l'agronome Stéphène Phelps a plaidé pour des mesures de crédit agricole immédiat à l'occasion de la saison pluvieuse, alors que les paysans commencent déjà à planter. Si le droit à l'alimentation est reconnu internationalement, la lutte contre la faim est un choix politique, a-t-il dit.
Quant à l'agronome William Michel, il a proposé entre autres de prévenir l'apparition de la maladie du charbon après la saison pluvieuse afin d'éviter que les paysans ne perdent leurs animaux. « Il faut aussi une utilisation judicieuse de l'eau dans l'agriculture et des subventions canalisées vers la production agricole », a-t-il martelé.
Après l'exposé des différents agronomes, sous le regard des journalistes de renom comme Hérold Jean-François, Frantz Duval et Jean Monard Métélus sur le panel, un débat très animé a tenu l'assistance en haleine. Toutes les questions ou presque allaient dans le sens que la solution à la crise alimentaire doit passer par le renforcement de la production agricole.
Source: Le Nouvelliste