12 millions de dollars US. C'est le montant du déficit accusé par le Trésor public pour subventionner les produits pétroliers au cours des trois derniers arrivages sur le marché haïtien. C'est une charge trop lourde pour l'économie haïtienne déjà anémiée. Pour éviter une trop grande saignée au niveau du trésor, le gouvernement a annoncé la cessation des subventions sans préciser la date de l'application de cette mesure.
Pour plus d'un, cette nouvelle est très mal venue quand on se réfère à la progression de l'inflation et à ses effets sur la population haïtienne. Rappelons qu'en avril 2008, le niveau de l'inflation a doublé par rapport à avril 2007. Les émeutes de la faim survenues au début du mois d'avril et la résurgence du phénomène du kidnapping témoignent de cet état de fait.
Si, malgré les subventions des produits pétroliers par le gouvernement, les pressions inflationnistes ont touché si fortement la population pendant les trois derniers mois, qu'en sera-t-il avec la suppression des subventions, se demandent d'un air anxieux deux passagers d'un autobus apparemment très inquiets après avoir entendu cette annonce.
Les risques d'une nouvelle escalade des prix des produits de première nécessité dans les prochains jours se profilent à l'horizon. Et certains observateurs redoutent la probabilité d'un mécontentement généralisé, voire de nouvelles émeutes dans ce pays en proie à l'incertitude politique.
Le comble, c'est que, parallèlement à cette menace d'une augmentation de l'inflation, le gouvernement prévoit de doubler le prix du courant électrique consommé par les ménages haïtiens. Ces deux éléments combinés annoncent un été très chaud en Haïti.
Les palliatifs
Quelles sont les mesures envisagées par les autorités pour faire face à cette éventualité? La relance de l'agriculture, c'est le seul palliatif que prônent les dirigeants haïtiens pour faire face à la cherté de la vie et la faim, deux fléaux caractérisant la société haïtienne actuelle.
Le secrétaire d'Etat à l'Agriculture a exprimé la volonté du gouvernement d'investir plus de 200 millions de dollars américains dans l'agriculture locale en 9 mois (avril 2008 à janvier 2009).
Certains analystes font preuve de pessimisme par rapport aux chances de réussite du projet de relance de l'agriculture. L'inertie quasi générale dont fait montre l'actuelle administration et les échecs retentissants qu'ont connus dans le passé tous les plans de développement de l'agriculture sont les éléments mis en évidence par ces derniers pour appuyer leur point de vue.
Le réajustement du salaire minimum comme instrument de lutte contre la cherté de la vie n'a pas été pris en compte dans le cadre des propositions faites par les autorités. Soulevée au début de l'année fiscale par le président de la République, la question de l'augmentation du salaire minimum traîne toujours au Parlement en faveur d'autres dossiers plus brûlants.
L'investissement privé et la création d'emplois sont, entre autres, des facteurs capables de pallier la crise de l'inflation et de la faim. Malheureusement, les dirigeants haïtiens n'agissent pas de façon à les intégrer dans leur stratégie. D'ailleurs, le climat politique entretenu par ces autorités, qui semblent s'accommoder parfaitement de l'absence d'un gouvernement actif, est loin d'être favorable à l'investissement et, par ricochet, à la création d'emplois.
Privé d'un Premier ministre depuis plus de deux mois, Haïti s'égare davantage, de jour en jour, sur les sentiers de l'instabilité politique. Ce qui lui fait perdre des rendez-vous importants dans la recherche de solutions adéquates à ses problèmes.
Le renvoi de la Conférence des bailleurs qui devait se tenir le 12 avril dernier et la report de la ratification du budget rectificatif par le Parlement sont deux des conséquences néfastes de l'instabilité politique qui caractérise la société haïtienne, selon l'analyste Kesner Pharel.
Le P.D.G. du Group Croissance a également exprimé ses inquiétudes face à cette crise politique qui, dit-il, risque de compromettre la prochaine année fiscale à trois mois de la fin de l'exercice en cours.
Le Nouvelliste