La production avicole a de l'avenir en Haïti, notamment à Croix-des-Bouquets où, en plus de l'espace nécessaire, l'eau pour alimenter les poulaillers n'est qu'à quelques mètres du sol. Un groupe d'aviculteurs et d'entrepreneurs y ont justement implanté la ferme « Germalo S.A », d'une capacité de production de 24 mille poulets par mois.
« L'aviculture peut contribuer à revitaliser l'économie haïtienne », croit dur comme fer l'aviculteur Gerald Ternizé de la Croix-des-Bouquets. Là-bas, le spécialiste en production de poulets de chair a aménagé une ferme dont la capacité de production installée est de 24 mille poulets par mois.
Le fermier estime que son établissement pourrait doubler sa capacité de production actuelle. Le problème, c'est qu'il n'a pas encore les moyens de mettre en valeur ses quatre carreaux de terre. Avec ses cinq poulaillers, il satisfait tout de même en partie les consommateurs qui vont quotidiennement s'approvisionner sur la frontière haitiano-dominicaine. « Je n'arrive pas encore à finaliser la construction de tous les poulaillers. Le jour où je les achèverai, ma capacité de production passera à 48 mille poulets par mois », dit-il. Pour le plus grand bonheur des consommateurs haïtiens qui importent en grande quantité les produits avicoles.
En effet, la demande en produits avicoles est actuellement élevée sur le marché local alors que l'offre demeure relativement faible. Conséquemment, les commerçants se dirigent vers le marché dominicain, d'où ils importent oeufs, poulets et autres volailles pour des centaines de milliers de gourdes par mois.
« Cet argent enrichit la balance économique de notre voisin alors que nous avons les moyens d'investir dans le secteur et de renflouer ainsi notre propre économie », estime, Isma P. Philomène, responsable administratif de Germalo. S.A.
Quarante poulets en élevage, dans un espace de 3 à 4 mètres carrés, avec au moins deux heures de travail par jour, rapportent plus de mille gourdes par mois à un éleveur, avait souligné en janvier dernier un membre de l'Association haïtienne pour l'élevage (AHPEL) lors d'une séance de distribution de poulets à Cite Soleil. Un poulet de chair, bien entretenu, a besoin de seulement 35 à 40 jours pour être assez gros pour la vente. Il rapporte à l'éleveur entre 125 et 130 gourdes.
Gerald Ternizé et son équipe ont déjà fait cette expérience. Un seul poulet de chair de quatre à cinq livres leur rapporte entre 125 à 150 gourdes et une caisse de douze poulets entre 1 400 à 1 500 gourdes.
Les responsables de GERMALO S.A disent vouloir tenir le coup et invitent d'autres entrepreneurs à investir dans le secteur en vue d'augmenter la production. « Le secteur avicole a beaucoup d'avenir mais nécessite plus de bras », estime Ternize. La mégastar
haïtienne, Wyclef Jean, originaire de Croix-des-Bouquets, croit elle aussi nécessaire de valoriser le secteur.
A sa demande, des experts internationaux ont entrepris le week-end dernier une visite à Croix-des-Bouquets. Ils ont discuté avec des agriculteurs et des fermiers de la zone sur le potentiel agricole et le métier d'aviculture. « Nous sommes ici pour évaluer la potentialité agricole de la zone et voir dans quelle mesure nous pouvons supporter la production avicole », a expliqué Ford Jean-Baptiste qui traduisait les propos d'un expert de l'Inde.
Pour faire l'élevage des poules, l'aviculteur doit avoir un poulailler adapté au climat, des intrants, de l'eau mais aussi des techniciens pour s'occuper du bétail. « J'ai bordé mes poulaillers de tuile pour que l'air puisse circuler. J'y mets un système électrique qui fonctionne du matin au soir et je m'assure qu'il y ait constamment de l'eau dans les abreuvoirs », explique l'aviculteur expérimenté.
Les poules consomment en moyenne chaque jour 65 % d'eau et 35 % de nourriture. Elles sont surveillées par un technicien et des spécialistes vétérinaires qui leur donnent par saison des vaccins contre certaines maladies, telles « gombourou et Newcastle » mais surtout contre la grippe aviaire qui, aujourd'hui, est dans nos murs.
Les aviculteurs de Germalo S.A. seraient les premiers heureux de constater que d'autres entrepreneurs " pran poul '', comme on dit en créole pour augmenter la production avicole. Débaptisera-t-on un jour la Croix-des-Bouquets pour l'appeler Croix-des-Poulets?
Source: Le Nouvelliste