Quand ce n'est pas la poussière qui recouvre les routes de La Gonâve, c'est la boue et les flaques d'eau. Les usagers, qui passent leur vie dans les bourbiers de cette île sans la moindre chaussée asphaltée, prennent beaucoup de précautions lorsqu'ils doivent y circuler.
Tout comme les autres îles adjacentes d'Haïti, l'île de La Gonâve, - un arrondissement du département de l'Ouest grand comme la Martinique - , n'a pas un pouce de route asphaltée.
La seule voie qui relie Anse-à-Galets à Pointe-à-Raquette, les deux communes de cette île montagneuse de 743 km2, est en terre battue. Les jours de pluie, cette route dite nationale se transforme en un vrai bourbier. Seules les motocyclettes et les bêtes de somme arrivent à surmonter grosses pierres, mares d'eau et troncs renversés qui constituent des obstacles parfois infranchissables même en tout terrain.
Elie Pierre, chauffeur de taxi, n'a jamais vu de tronçon de route bitumé ou « adoquiné » dans l'île. Les seules fois où il a eu la chance de marcher et de rouler sur des routes asphaltées, c'est quand il a mis les pieds « sur la grande terre », à seulement quelques kilomètres de l'autre côté du petit bras de mer qu'est le golfe de La Gonâve.
Elie est navré de rouler sur des routes poussiéreuses et boueuses. « Lorsque les roues de ma jeep s'enlisent dans cette boue, il me faut l'aide de plusieurs personnes pour la faire avancer », déplore ce chauffeur qui ne porte pas dans son coeur les taxi-motos qui lui font rudement concurrence. Il nous fait visiter la « route nationale » sur laquelle des équipes de femmes et d'hommes travaillent depuis plus de trois mois.
Un long ruban de pierres
Longeant la « route nationale », le contremaître Hugues André nous fait remarquer que nous roulons sur un long ruban de pierres qui n'offre de passage qu'à un seul véhicule à la fois. Il nous signale qu'une dizaine d'équipes de 25 personnes chacune, en rotation tous les 15 jours, oeuvrent à réparer les 20 kilomètres les plus abîmés des tronçons Anse-à-Galets/Les Etroits, Les Etroits/Abricots et Anse-à-Galets/Palma. La réhabilitation de ces tronçons, signale Hugues André, entre dans le cadre du projet d'assistance d'urgence aux populations affectées par la tempête tropicale Noël, projet financé par ECHO, un service de développement et d'aide humanitaire de l'Union européenne, qui soutient les projets de Concern.

Comme des fourmis, des travailleurs préparent le terrain. Brouettes, pioches ou pelles en mains, femmes et hommes participent sous un soleil brûlant aux travaux de réhabilitation des tronçons de route avec les moyens du bord. Il n'existe aucun équipement lourd à La Gonâve. Cette équipe de travail formée au niveau de la communauté contribue à araser le terrain, à creuser des canaux et à recouvrir les roches de couches de sable.
Baignée de sueur, Adélira, 34 ans et de mère de huit enfants, soulève de grosses pierres que le camion de la mairie d'Anse-à-Galets vient de basculer. Venue de Trou d'Enfer, une localité toute proche, elle raconte qu'elle vend sa force de travail pour 150 gourdes la demi-journée.
Les mains rugueuses, le regard dur, Julia, 28 ans, six enfants, explique que les pères de ses enfants l'ont tous abandonnée. Elle ne vit que de petits boulots, de la lessive, du repassage ou de vente de charbon de charbon bois. « Kòb yo ba nou a pa ase. Men sa ou gen nan men ou se li k pa ou », dit-elle tout en continuant à travailler.
La majorité de ces femmes dénoncent l'irresponsabilité des hommes face à leur devoir de père. Rares sont celles qui ont deux enfants.
Ces travaux, projet de Concern, financés par ECHO à hauteur de 88 000 euros prendront fin en juillet prochain, dit l'agronome Paul Denis Caton, membre de Concern.
La route n'aura cependant pas de couche de roulement, ni de revêtement supérieur afin d'assurer confort et sécurité aux usagers de la route.
Le maire adjoint de la commune d'Anse-À-Galets, Daham Laguerre, tout en remerciant les institutions qui ont facilité les travaux de réparation - en particulier la mairie qui met au service de Concern ses camions et ses employés - a affirmé que l'autre partie des travaux doit être assurée par l'Etat haïtien. « Il n'est pas normal qu'en 2008 nous n'ayons encore aucun bout de route asphaltée sur notre île », s'est-il écrié.
Située dans le golfe de la Gonâve, l'île de la Gonâve, arrondissement du département de l'Ouest, est une île montagneuse et aride ayant une superficie de 825 km2 (55 km longueur et 15 km de largeur). Elle a deux communes : Anse-à-Galets et Pointe-à-Raquette. Le plus haut point culminant de cette île montagneuse et aride se situe à 300 mètres d'altitude.
Concern est une organisation internationale humanitaire qui oeuvre dans le développement. Cette organisation est à La Gonâve depuis 1996, et travaille dans les domaines de l'éducation, de l'agriculture, de l'eau potable, de la gestion des risques et désastres, le mode de vie, la santé. Concern est un partenaire d'ECHO depuis novembre 2005. ECHO a financé trois projets à La Gonâve: DIPECHO V (2005-2007), DIPECHOVI (2007-2009) et un projet d'urgence.
Source: Le Nouvelliste