C'est assez effrayant quand on entend les bulletins de nouvelles économiques. On a comme l'impression qu'une entité vivante appelée marché régit le monde. À entendre nos économistes, le marché respire. Il mange, il fornique, il défèque. Il est parfois grippé. Il peut être frileux. Il tousse. Il ralentit. Il s'emballe. Il fluctue surtout. Il fait des caprices. Il sait même avoir la fièvre. Il y a des fois, il panique. Il se reprend. Il se stabilise. Il déjoue les prévisions. Il est en hausse ou en baisse. Par la grâce du marché, les monnaies jouent parfois à la montagne russe. Bref, le marché serait comme un Big Brother qui régit nos vies.

Ce que les économistes oublient souvent de dire, c'est que derrière cette entité qu'ils veulent faire croire autonome, il y a une petite élite au-delà des États qui spéculent, qui décident, et qui accumulent des avoirs fabuleux. C'est monnaie courante de voir, par exemple, un prince arabe sur la Côte d'Azur débarquer avec son harem, sa famille, ses gardes du corps et louer tout un hôtel à lui tout seul. On flambe des centaines de milliers d'euros parfois en quelques jours. Un écrivain d'origine haïtienne, je ne citerai pas son nom, qui réside en Suisse, me racontait qu'il a eu à travailler pour un prince arabe qui louait un Boeing 747 pour que sa voiture de luxe vienne chaque mois faire le service à Genève.

Fabuleux système en vérité qui enrichit au niveau mondial des gens souvent névrosés. Des gens qu'une certaine presse présente comme des sortes de dieux alors qu'ils se rendent comme nous tous au petit coin. Fabuleux système qui transforme les soins de santé, les médicaments en marchandises. Terrifiant système qui peut décider de ne pas produire tel médicament parce que ceux que ce médicament peut guérir n'ont pas de pouvoir d'achat. Démoniaque système qui broie l'Afrique pour s'enivrer de ses mines de diamant, d'or noir et que sais-je encore ?
Certains vont s'empresser de me traiter de gauchiste. Moi, je n'ai jamais aimé les gauchistes et encore moins les communistes. Je n'aime pas ces gens qui me regardent de haut parce que je lis Lauzier. Je n'aime pas les gauchistes parce qu'ils peuvent vous clouer au pilori pour la simple raison que la couleur de votre caleçon n'est pas politiquement correcte.
Je trouve simplement triste que de jeunes et brillants économistes trompent les gens en leur présentant ce marché, ce système, comme quelque chose de bon alors que c'est un monstre qui assassine la planète. À chaque fois que je m'arrête à une station d'essence, je me dis que mes centimes vont aboutir à la Côte d'Azur.

Pour terminer, un grand salut au groupe Barikad Crew qui a perdu plusieurs de ces chanteurs et musiciens. Un triste évènement qui a fait la une de tous les journaux. Ce qui est encore plus attristant, c'est le traitement que la presse en a fait. Cela aurait été une bonne occasion, tout en saluant le travail de ces artistes qui ont donné au rap créole ses lettres de noblesse, d'attirer l'attention des jeunes sur les méfaits de la drogue, de l'alcool et de la conduite dangereuse dans un pays où il n'y a aucune structure hospitalière pour les soins d'urgence. Il n'y a pas de honte à dire la vérité sur un artiste. De dire la vérité sur son vécu. Jimmy Hendryx, Bob Marley et bien d'autres sont devenus des légendes parce qu'on a toujours dit la vérité sur leur vécu. On peut être un bad boy et un bon artiste !
Un véritable labyrinthe, ce pays ! J'aurais dû intituler cette chronique : labyrinthe. Il n'est pas trop tard !
Source: Le Nouvelliste