« La sécurité alimentaire reste assez précaire » en dépit d'une récolte de printemps assez bonne en juin et juillet, lit-on dans le Bulletin de conjoncture de la Coordination nationale sur la sécurité alimentaire (CNSA). Les prix des aliments de base sont restés élevés.
Le haut niveau de prix des céréales et du pétrole sur le plan international continue d'empêcher une amélioration de la sécurité alimentaire. Environ 2.3 millions de personnes situées surtout dans les zones arides du Nord-Ouest, du Nord-Est et dans les quartiers pauvres des villes d'Haïti font face actuellement à une insécurité alimentaire modérée ou aiguë.
La récolte des cultures de printemps (maïs, haricot, arbre véritable), qui a lieu de juin à août, est à peu près égale à celle de la même période de l'année dernière. Bien qu'estimée assez bonne à travers le pays, elle n'a que légèrement atténué les effets de la crise alimentaire.
En effet, les prix des principaux aliments de base restent très élevés, comparés à la même période l'année dernière; ils viennent même d'amorcer de nouveau une tendance à la hausse. Bien que ce soit la population rurale qui profite le plus des récoltes de printemps, les familles urbaines en tirent aussi certains avantages. Ces dernières envoient leurs enfants passer les vacances scolaires d'été dans les zones rurales d'origine, pendant que les prix des aliments locaux diminuent aussi sur les marchés urbains peu avant et après les récoltes.
La situation est différente aujourd'hui. Pour le produit le plus consommé en ville, le riz importé (moins cher que le riz local), le prix de fin juillet 2008 est environ 14 % plus élevé que celui de fin mars 2008 (début de la saison culturale) à Port-au-Prince.
« En milieu urbain, la situation de sécurité alimentaire pourrait se dégrader davantage avec des risques d'explosion sociale répétés à chaque hausse des prix des commodités de base. D'après une responsable de Nutrition au ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), cité par le rapport, qui s'est dit préoccupée par la situation actuelle, une aggravation des conditions économiques pourrait affecter nutritionnellement toutes les couches de la population surtout les plus vulnérables (femmes enceintes et allaitantes, les enfants de moins de cinq ans et les vieillards) d'ici à décembre 2008 », s'inquiète la dix-neuvième livraison du Bulletin de conjoncture.

En avril 2008, le gouvernement avait institué pour six mois une subvention d'environ 9 % sur le prix du riz importé et une réduction effective de la taxe sur le carburant, pour éviter une augmentation immédiate du prix à la pompe. De plus, il avait progressivement mis en oeuvre le premier plan sectoriel d'urgence élaboré par le gouvernement et ses partenaires internationaux. Ces subventions arrivent pratiquement à terme.
En tenant compte du scénario le plus probable du rapport de la CNSA, de septembre à décembre, la situation devrait graduellement se dégrader à la suite de tout un ensemble d'événements à haute probabilité de matérialisation, en particulier le fait que les prix du transport et des aliments devraient soit restés à leur niveau très élevé actuel, soit augmentés. Vu les conditions actuelles d'offre et de demande, il est en effet fort improbable que le prix du carburant diminue substantiellement sur le marché international.
Le gouvernement a décidé, en raison de la subvention d'avant, de maintenir le prix du pétrole inchangé malgré une certaine tendance à la baisse constatée actuellement sur le marché international. Désormais, la rentrée imminente des classes doit être prise en compte.
Les coûts du transport journalier des élèves sont très importants en milieu urbain, probablement plus que l'achat de matériels scolaires et les frais de scolarité. La rentrée des classes, dans toutes ses dimensions, représente donc un événement majeur qui pourrait frapper de plein fouet l'économie des ménages dans le contexte actuel où l'on n'enregistre pas une augmentation de revenus et où l'emploi reste extrêmement faible.
Les familles pauvres qui n'ont pas pu avoir assez d'argent pour la rentrée des classes font tout ce qu'ils peuvent pour réunir les sommes requises (y compris en réduisant leurs dépenses alimentaires et de santé) un peu plus tard au courant du trimestre pour envoyer les enfants à l'école.
Les recommandations du rapport proposent aux bailleurs de fonds internationaux d'accélérer le décaissement des fonds promis pour appuyer les différents programmes de réponse d'urgence et de développement à moyen et long terme.
Quant au gouvernement, il lui est recommandé de renforcer les capacités de réponse de la Direction de la protection civile (DCP) du ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales et d'autres acteurs du Système national de gestion des risques et désastres (SNGRD) en cette période cyclonique à haute probabilité de nuisance; et d'assurer le suivi systématique de l'exécution des différents plans de réponse à court et moyen terme tout en renforçant les capacités de suivi et de coordination des interventions multisectorielles.
Doit-on rappeler que les interventions dans ce secteur devraient dorénavant s'inscrire dans le cadre du « Programme de Sécurité Alimentaire et de Développement Rural d'Haïti » adopté à la Conférence de Madrid le 15 juillet 2008.
Source: Le Nouvelliste