Entre la réalité de la faim constatée sur le parvis de la cathédrale et les icones de la Vierge, la foi circulent au milieu des enjeux qui demandent le savoir théorique des anthropologues et autres chercheurs.
L'économie avec ses statistiques et ses spécialistes ne peut traduire la situation de ces êtres rivés aux ultimes souffrances de la vie et qui cherchent, à la cathédrale, une consolation.
Nous publions pour nos lecteurs ces images de désolation individuelle qu'un peintre haïtien n'oserait présenter car le marché est dominé par un certain principe de beauté superficielle. Nous ne défendons pas le Réalisme socialiste. Mais, nous attendons l'arrivée d'un peintre qui, dans le traitement de formes nouvelles, traduira cette déchéance sociale.
La littérature haïtienne non plus n'a pas circulé à travers le territoire de la douleur humaine car les canons des maisons d'édition veulent l'exploration de lieux plus intérieurs ou de décors plus folkloriques.
La photographie journalistique a cette particularité d'être avant tout un regard de vérité. Ce 15 août, la caméra révèle aussi bien les ravages de la faim que la grande peine de vivre dans une capitale d'exclusion où l'Haïtien ne reconnaît plus sa propre terre, ballotté de conflits en frictions. L'identité haïtienne c'est aussi cet élément de douleur sociale qui déconstruit l'être collectif haïtien.
Autour de la cathédrale, l'espérance était comme cloîtrée entre les salissures de la ville et les pollutions de toutes sortes d'une capitale engluée dans une totale anarchie. La foi ne peut être mise qu'à rude épreuve.
Il n'est pas trop tôt pour les anthropologues et autres chercheurs de se prononcer sur ce qui paraît être une officialisation standardisée de la cérémonie catholique. Alors que des manifestations similaires dans les villes de province et les communes de la capitale mobilisent des fidèles de toutes croyances, la cathédrale semble conserver la tradition de l'orthodoxie religieuse qui maintiendrait les adeptes des syncrétismes, pour la plupart pauvres, un peu à distance.
La foi se développe entre ces quatre icônes. Notre-dame des douleurs dont le coeur est transpercé par une épée, la Vierge portant un enfant qui perd sa sandale (La porte du ciel), la Vierge noire qui porte aussi un enfant sur ses bras et la Vierge de l'Assomption qui monte au ciel avec des angelots, un quart de lune à ses pieds.
Si les trois premiers icônes sont récupérés par la foi populaire, celle qui monte au ciel peut ne pas encore répondre aux conceptions plus « matérielles » de la religion populaire haïtienne. Cette dernière se penche vers la terre, la guérison des maux et travaille à solutionner les problèmes concrets d'une société.
Ceci est une interprétation. Elle ne se repose sur aucune enquête de terrain. Elle demande de plus sérieuses investigations.
Des historiens haïtiens devraient aussi se demander pourquoi le mois d'août joue un rôle important dans la révolte des esclaves, en 1791. Les Noirs américains aussi célèbrent le mois d'août comme la période de la révolte nègre.
Source: Le Nouvelliste