Passer du rêve à la réalité n'est jamais un simple exercice même pour des adultes. Cependant, Christian Jamar Clergé, un adolescent haïtien âgé de 10 ans, a réussi à offrir des centaines de chaussures à des enfants de son âge en commençant par rêver... Facile ? C'est toute une histoire.
Christian Jamar Clergé, un adolescent haïtien âgé de 10 ans, élève de Brooklyn Community Partnership Charter School à New York, a concrétisé son rêve humanitaire en distribuant pas moins de huit cent paires de chaussures aux enfants nécessiteux à l'occasion de la fête de Notre-Dame de l'Assomption aux Cayes.
Venu passer les vacances d'été à Land des Gabions, un quartier de la ville des Cayes, où ses parents sont originaires, le jeune Christian était étonné de voir des enfants de son âge, avec qui il jouait au foot, évoluer sans problème pieds nus. Attiré par cet exploit, il voulait faire comme ses coéquipiers et concurrents. La partie a mal tourné, Christian est sorti avec une blessure. Il ne pouvait plus continuer tant la douleur était insupportable.
Cette mésaventure l'a fait réaliser que les enfants ne devraient pas jouer pieds nus. De ce fait, il a juré de ne pas retourner au pays sans apporter des chaussures. Depuis, Christian Jamar Clergé ne cessait de réfléchir sur les moyens d'aider ces enfants à se procurer des chaussures décentes pour jouer au foot. De retour aux Etats-Unis, il bâtit sa stratégie, commença à mobiliser professeurs et élèves en faveur de ces enfants jouant au fort les pieds nus.
Motivé par la grandeur de son rêve et persévérant comme lui seul, Christian veut aller plus loin. Profitant d'une séance en assemblée tenue à son école, il a pris la parole pour sensibiliser des donateurs de chaussures de toutes sortes. Et ensuite conçu des affiches portant l'inscription : «Give a shoe, save a life » (Donnez une chaussure, sauvez une vie) et fait du porte-à-porte dans les salles de classe de son école.
Fort de sa ténacité, les élèves ont partagé son idée et ont décidé de marcher avec lui. Dans chaque classe était placée une boite destinée à recueillir des souliers. Chaque jour, on faisait le décompte à la manière américaine comme pour jauger le chemin parcouru et le reste à parcourir.
Devant l'attente trop longue entre la collecte des chaussures et le temps mis à les distribuer à leurs destinataires, Christian pense que le temps a déçu les bénéficiaires. Mais, à la question de savoir s'il voulait recommencer l'expérience, il avoue vouloir aller plus loin sans toutefois divulguer sa stratégie dont lui seul détient le secret.
Le jeune Christian est consterné devant les efforts des enfants d'Haïti qui, trop souvent, travaillent comme des adultes. « C'est tellement différent aux Etats-Unis, les gosses ont l'essentiel pour s'épanouir, ceux d'ici ne méritent pas la situation qu'ils vivent », s'est plaint Christian Jamar Clergé avec son regard compatissant.
« Je n'ai pas une pitié sombre pour ces enfants, je pense tout simplement qu'ils méritent mieux. La vie n'est peut-être pas juste, mais certains peuvent aider à la rendre juste», a conclu le jeune Christian qui a déjà le profil d'un leader. Croyez-vous qu'il est seul dans ce combat ? Erreur. Il est encadré par des adultes et plus particulièrement ses parents qui sont ses meilleurs conseillers. L'un des plus proches, son frère cadet Herzen Gaskov Clergé, directeur du projet, n'est pas moins responsable et ils ont déjà commencé à planifier leur prochaine distribution de chaussures en Haïti, mais cette fois à une plus grande échelle et dans un temps raisonnable.
Source: Le Nouvelliste