Le commerce et la mondialisation ont assuré une plus grande prospérité à des centaines de millions de personnes et une plus grande stabilité entre les pays, d'après un rapport publié, mercredi 20 août, par l'Organisation mondiale du commerce.
Le commerce a permis aux pays de tirer parti de la spécialisation et des économies d'échelle pour produire de manière plus efficiente. Il a entraîné des gains de productivité, favorisé la diffusion des connaissances et des technologies nouvelles et élargi le choix des consommateurs. Mais l'intégration plus poussée dans l'économie mondiale n'a pas toujours été bien accueillie et les avantages du commerce et de la mondialisation n'ont pas toujours profité à tous les segments de la société. En conséquence, on observe dans certains milieux un scepticisme croissant à l'égard du commerce.

Le Rapport sur le commerce mondial de cette année, intitulé "Le commerce à l'heure de la mondialisation", est consacré à l'examen des gains tirés du commerce international et des défis liés à une intégration plus poussée. Depuis de nombreuses années, la plupart des pays ouvrent de plus en plus leur économie au commerce international, que ce soit dans le cadre de négociations commerciales multilatérales, d'une coopération régionale accrue ou de programmes de réforme internes.

"Rares sont ceux qui contesteraient les avantages apportés par la mondialisation et le commerce, qui assurent une plus grande prospérité à des centaines de millions de personnes et une plus grande stabilité entre les pays. Pourtant, beaucoup de par le monde n'ont pas ou presque pas profité de ces avantages. La gestion de la mondialisation impose aux gouvernements des défis colossaux et, pour réussir à diffuser plus largement la prospérité, il faudra une forte détermination commune", souligne le Directeur général de l'OMC, M. Pascal Lamy, dans l'introduction du rapport. Le rapport examine une série de questions étroitement imbriquées en commençant par ce qui constitue la mondialisation, ce qui en est le moteur, les avantages qu'elle apporte, les défis qu'elle soulève et le rôle que joue le commerce dans un monde de plus en plus interdépendant. Il se demande pourquoi certains pays ont su tirer profit de la baisse des coûts du commerce et de l'élargissement des possibilités commerciales induites par l'action gouvernementale tandis que d'autres sont restés en grande partie à l'écart des circuits commerciaux internationaux. Il examine aussi quels sont les gagnants et les perdants du commerce dans la société et quelles mesures complémentaires doivent être prises par les décideurs pour que la société dans son ensemble en tire des avantages. Pour examiner ces questions complexes aux multiples aspects, le rapport s'appuie à la fois sur la littérature théorique sur le commerce international et sur les données empiriques qui peuvent aider à répondre à ces questions.


Causes et conséquences de la mondialisation
Le rapport note que la principale caractéristique économique de la mondialisation est l'intégration plus étroite des marchés de produits et de capitaux et des marchés du travail. L'innovation technologique, les changements politiques et les choix de politique économique sont les principaux moteurs de la mondialisation. Le processus d'intégration a provoqué de profonds changements structurels dans certains secteurs de l'économie mondiale. La plus forte imbrication des marchés de produits et de capitaux et des marchés du travail au niveau international a entraîné une meilleure répartition des ressources économiques. L'intégration économique s'est traduite par une augmentation de la production actuelle et de la production potentielle future. Les capitaux peuvent aller vers les pays qui en ont le plus besoin pour leur croissance économique et leur développement. Les travailleurs peuvent franchir les frontières nationales, ce qui permet de remédier aux pénuries de compétences dans les pays d'accueil et de répondre aux besoins des sociétés vieillissantes, tout en atténuant le chômage et le sous emploi dans les pays d'origine.

Les pays industrialisés ont été les premiers bénéficiaires de la mondialisation dans l'immédiate après guerre et depuis peu, les nouveaux pays industriels sont parmi les principaux gagnants de l'intégration économique. Le commerce a toujours augmenté plus rapidement que la production au niveau mondial et les produits manufacturés ont représenté une part croissante du commerce total. Le commerce des services a lui aussi augmenté considérablement mais son importance est encore mal comprise en raison du manque de données. La fragmentation géographique des processus de production est un phénomène de plus en plus marquant. Les flux de capitaux internationaux ont joué un rôle crucial dans l'internationalisation de la production et, plus généralement, dans l'accélération de la mondialisation.
Soutien mitigé du public à la mondialisation
Les enquêtes internationales sur les attitudes du public à l'égard de la mondialisation indiquent que la plupart des gens en reconnaissent les bienfaits, mais s'inquiètent des problèmes qu'elle pose. La grande majorité des gens estiment que le commerce international est bon pour leur pays, mais craignent les perturbations et les inconvénients liés à la participation à l'économie mondiale. Il semble que l'opinion soit plus favorable au commerce dans certains pays émergents que dans les pays industriels. Le soutien à la mondialisation, quoique encore très répandu dans le public, semble en recul dans les pays industrialisés. Pour les décideurs qui sont favorables à l'ouverture des marchés, les résultats des enquêtes indiquant un soutien général à la mondialisation peuvent être encourageants, mais s'ils ne tiennent pas compte de l'inquiétude croissante du public face à certains aspects de la mondialisation, cela risque de compromettre la légitimité des gouvernements et d'affaiblir le soutien de la société. Pour surmonter cette tension, il faut trouver un équilibre entre l'ouverture des marchés et les mesures complémentaires prises au niveau national, tout en adoptant des initiatives internationales permettant de gérer les risques liés à la mondialisation.


Les sources des gains tirés du commerce
Parlant plus précisément du commerce, le rapport identifie différentes sources de gains économiques, telles que la mise à profit de l'efficience relative par la spécialisation et la concurrence accrue, la diversification des produits, la réalisation d'économies d'échelle et les gains de productivité dans les industries. Les analyses et les théories à ce sujet, qui vont de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, ont fait l'objet d'études et de vérifications approfondies. En général, la théorie de base sur les gains du commerce s'est avérée solide bien que les vérifications empiriques aient parfois abouti à des conclusions plus nuancées.

Outre l'analyse statique, qui compare la situation avant et après un changement donné, il existe une littérature de plus en plus abondante sur les gains dynamiques liés au changement. Le commerce international peut influer sur la croissance à travers ses effets sur l'accumulation de capital et sur l'évolution technologique. La théorie classique de la croissance met l'accent sur l'effet du commerce sur l'accumulation de capital à travers son incidence sur les prix des facteurs de production et des produits. La nature des échanges détermine donc la façon dont le commerce influe sur la croissance. Par contre, un cadre analytique mettant l'accent sur les déterminants du progrès technologique aboutit à des conclusions différentes et parfois contradictoires sur la relation entre le commerce et la croissance. Il ressort de certaines études que, dans des circonstances particulières, la suppression des obstacles au commerce peut encourager la spécialisation dans des secteurs ayant un faible potentiel de croissance. Mais cette conclusion est mise en doute par d'autres études qui analysent les facteurs par lesquels l'ouverture commerciale est associée à une plus forte croissance.

Ces facteurs sont notamment la taille accrue des marchés, les retombées du savoir, la concurrence et l'amélioration du cadre institutionnel au niveau national. Certains économistes ont signalé que leurs effets pouvaient se compenser mais beaucoup d'autres établissent des liens étroits entre la croissance et le commerce. Cela ne signifie pas cependant que l'augmentation du commerce implique plus de croissance. On continue d'étudier le sens et les causes réelles de la relation observée.
La localisation de la production et l'organisation des entreprises
Le rapport examine aussi les déterminants de la localisation de la production dans le monde. Les travaux sur la nouvelle "géographie économique" et la délocalisation expliquent les décisions d'implantation des entreprises et les raisons pour lesquelles elles choisissent parfois de répartir leur processus de production entre différents pays. La diminution des coûts du commerce — résultant de l'ouverture commerciale, de la facilitation des échanges et des nouvelles technologies — peut aider à comprendre pourquoi les entreprises peuvent à la fois se concentrer géographiquement (agglomération) et fractionner la chaîne d'approvisionnement entre différents lieux (fragmentation). La littérature sur la géographie économique fait trois prédictions importantes. Premièrement, les pays auront tendance à exporter les produits pour lesquels il existe un vaste marché intérieur (l'effet du marché intérieur). Le marché intérieur permet des rendements d'échelle croissants, ce qui sert de base aux exportations. Dans le même temps, l'agglomération permet diverses retombées de productivité qui renforcent la compétitivité des entreprises. Deuxièmement, l'effet du marché intérieur sera amplifié par la diminution des coûts du commerce, du moins dans un premier temps (effet d'amplification). Troisièmement, si la diminution des coûts du commerce entraîne initialement une concentration de la production au "centre", la "périphérie" se spécialisant dans des activités non manufacturières, la poursuite de cette baisse et l'apparition des limites de l'agglomération inverseront à terme ce processus et conduiront à une dispersion de l'activité manufacturière.

Les faits montrent que la délocalisation est un phénomène qui va en s'amplifiant, favorisé par la diminution des coûts absolus du commerce des biens et des services et par les progrès des technologies de télécommunication. Des études récentes signalent d'autres facteurs, qui influent aussi sur l'évolution de la fragmentation de la production, en plus des éléments généralement associés à l'avantage comparatif. Il s'agit notamment de la qualité du cadre institutionnel, du coût d'établissement d'une entreprise et de la qualité de l'infrastructure. Cela explique pourquoi les pays à faible revenu peuvent avoir un gros handicap pour participer aux réseaux de production internationaux.
Les effets redistributifs du commerce
Le rapport examine en outre les effets redistributifs du commerce — aspect important de la tension perceptible dans les attitudes du public à l'égard de la mondialisation et du commerce international. Plusieurs études ont tenté de discerner les différents éléments du changement économique qui aggravent l'inégalité. Nombre d'entre elles signalent l'effet important du progrès technologique qui entraîne une augmentation de la productivité et des salaires des travailleurs qualifiés, laissant pour compte les travailleurs relativement peu qualifiés. Mais le commerce peut aussi jouer un rôle lorsque la demande de travailleurs non qualifiés diminue dans les pays riches sous l'effet de la spécialisation à travers les échanges avec les pays à faible revenu où les niveaux de qualification sont généralement plus bas.

Dans le cas des pays en développement, on aurait pu s'attendre à ce que le commerce réduise à la fois la pauvreté et l'inégalité grâce à ses effets positifs sur la croissance et sur la répartition des revenus. Or les faits montrent que la libéralisation des échanges n'est pas toujours allée de pair avec une réduction des inégalités. Cela tient en partie à ce que la libéralisation provoque un changement technologique. Mais d'autres facteurs peuvent également jouer un rôle, notamment le moment choisi pour réformer la politique commerciale, le niveau de protection préexistant la structure et le fonctionnement des marchés et l'infrastructure de base.

En examinant la relation entre le commerce et la pauvreté, le rapport note que la réforme commerciale peut contribuer à la réduction de la pauvreté, qui est aujourd'hui l'un des plus grands défis mondiaux. La plupart des études concluent certes que le commerce a aidé à atténuer la pauvreté en général, mais tous les ménages pauvres n'en n'ont pas profité. La relation est complexe car le commerce influe sur la croissance, l'emploi, les revenus, les prix à la consommation et les dépenses publiques, autant de facteurs qui sont pris en compte dans l'estimation des effets de revenu sur les ménages.
Les conséquences sociales de l'ouverture commerciale
L'ouverture commerciale implique un ajustement en raison des pertes d'emploi dans les entreprises en concurrence avec les importations qui cherchent à réaliser des gains d'efficacité, qui réduisent leur activité pour survivre ou qui disparaissent tout simplement. Il se peut en revanche qu'après une réforme commerciale, les entreprises exportatrices se développent. Il reste cependant difficile pour les décideurs de gérer le changement. De nombreux pays ont adopté des politiques visant à aider les travailleurs licenciés. Les politiques d'ajustement spécialement axées sur le commerce n'ont pas toujours été couronnées de succès, car il est souvent difficile de faire une distinction claire entre les différentes causes possibles des pertes d'emploi.

Les programmes d'ajustement axés sur le commerce peuvent néanmoins aider à "vendre" des politiques d'ouverture commerciale bénéfiques au niveau national. De tels programmes peuvent être plus difficiles à justifier dans les pays où il existe une protection sociale générale mais, dans les pays en développement où il n'en existe pas, ils peuvent avoir un sens. Il faut poursuivre la recherche et l'expérimentation pour trouver les moyens les plus efficaces de faire face aux conséquences sociales négatives d'un changement économique souhaitable.
Source : OMC