Pékin préparerait un plan de relance de son économie, victime du ralentissement que connaissent l'Amérique du Nord et l'Europe. Elle doit encore se battre sur le terrain de l'inflation.
On peut être le plus grand dragon de tous, et tout de même battre un peu de l'aile. L'économie chinoise devrait clore l'année avec une croissance supérieure à 10%. Un chiffre très supérieur à tout ce à quoi peuvent rêver aujourd'hui les pays industrialisés qui luttent plutôt pour éviter la récession. Et pourtant, c'est dans ce contexte a priori florissant que le gouvernement chinois préparerait un plan de relance de son économie. L'information vient de Frank Gong, chef de la recherche chez JP Morgan Chase à Hongkong.

À l'annonce de cette possible action gouvernementale, la Bourse de Shanghai, plutôt déprimée ces derniers mois, a effectué un bond de 7,63 %. Serait-ce donc que les milieux d'affaires chinois attendaient de telles mesures avec impatience? De toute évidence. Pourtant, les efforts que consentirait Pékin ne sont pas énormes quand on songe à la taille du pays et de son économie: 400 milliards de yuan, croit savoir Frank Gong, soit un peu plus de 60 milliards de francs. Ce qui représente à peine 1,5 % du produit intérieur brut chinois.
«Toutes les mesures sont bonnes à prendre en ce moment, commente Andreas Hoefert, chef économiste à UBS. Nous venons de réviser nos prévisions de croissance pour ce pays en 2009 et tablons maintenant sur un 8,9 %. La Chine n'est pas découplée des autres économies du monde. Elle subit le ralentissement que connaissent les États-Unis et l'Europe.»
L'Empire du Milieu reste intimement dépendant de la demande extérieure pour alimenter sa croissance. Car malgré les images de ses villes triomphantes, plantées de buildings, la Chine demeure un pays majoritairement pauvre. La demande intérieure ne peut donc lui venir en aide, si ce n'est bien sûr via les investissements publics dans le domaine des infrastructures. Le commerce avec l'étranger reste à ce jour sa carte la plus forte. Son excédent commercial le prouve, qui a frisé les 300 milliards de francs en 2007.

Le ralentissement des économies occidentales n'est donc pas une bonne nouvelle pour la Chine. D'autant qu'elle doit faire face à un épineux problème d'inflation. Celle-ci a atteint 7,1 % en juin, avant de redescendre à 6,3 % en juillet. De l'avis des analystes, cette pression inflationniste ne serait pas seulement due à la hausse des prix de l'énergie et des matières premières. Il existe aussi une réelle inflation intérieure, signe éventuel de surchauffe. «La Chine se retrouve un peu à la croisée des chemins en matière de politique monétaire, analyse l'expert d'UBS. Elle peut soit faire le pari d'un yuan fort, qui l'aiderait à résoudre son problème d'inflation, soit alors faire le pari d'un yuan faible qui lui donnerait un avantage dans ses échanges commerciaux.»

Or, on sait trop pour l'instant de quel côté Pékin entend pencher. Au début de cette année, les autorités chinoises ont plutôt travaillé à l'appréciation du yuan. Mais depuis un mois et demi, elles n'ont plus bougé sur ce terrain.
«C'est la raison pour laquelle Henri Paulson, secrétaire d'Etat américain au Trésor, a appelé hier Pékin à ne pas laisser sa monnaie se déprécier plus avant, ajoute Andreas Hoefert. A mon avis, ce n'est pas la dernière fois cette année qu'il donnera de la voix.»
Source : La Tribune de Genève