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Le prochain Bretton Woods

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Published by TiCam- 11-17-08
news Le prochain Bretton Woods

NEW YORK - L'économie mondiale subit un ralentissement majeur, probablement le plus grave depuis un quart de siècle, voire depuis la Grande Dépression. A plus d'un titre, on peut dire que la crise actuelle est made in America.
En effet, l'Amérique a exporté ses prêts toxiques dans le monde entier, sous la forme de titres garantis par des créances. Elle a exporté sa philosophie de marchés déréglementés, que même Alan Greenspan, son plus fervent partisan, reconnaît comme une erreur. Elle a exporté sa culture d'irresponsabilité des entreprises - notamment par des options d'achat d'actions sans transparence qui ont encouragé la mauvaise comptabilité en partie responsable de la débâcle, tout comme dans les scandales d'Enron et de Worldcom il y a quelques années. Enfin, elle a exporté une tendance économique à la baisse.
Le gouvernement Bush a finalement fait ce que préconisaient les économistes : davantage de participation dans les banques. Or, comme toujours, ce sont les détails qui finissent par poser problème. Henry Paulson, Secrétaire américain au Trésor a même pu faire échouer cette bonne idée : il semble avoir compris comment recapitaliser les banques sans qu'il n'en résulte une reprise de l'emprunt, ce qui ne présageait rien de bon pour l'économie.
Plus important encore, les conditions obtenues par Henry Paulson pour le capital apporté aux banques américaines étaient bien pires que celles obtenues par le Premier Ministre Gordon Brown (sans parler de celles de Warren Buffett, pour placer beaucoup moins dans Goldman Sachs, banque d'investissement la plus solide des ÉtatsUnis). Au vu du cours des actions, les investisseurs pensent avoir fait une très bonne affaire. La menace de dette nationale est l'une des raisons pour lesquelles il faut s'inquiéter des mauvaises affaires que sont en train de faire les contribuables américains. Même avant la crise financière, il était prévu que la dette nationale américaine passe de 5,7 trillions de dollars en 2001 à plus de 9 cette année. Le déficit 2008 frisera le demi trillion de dollars ; celui de l'année prochaine sera encore plus important avec l'accentuation du ralentissement américain. Ce qu'il faut à l'Amérique c'est un vaste train de mesures d'incitation. Pourtant, les prudents financiers de Wall Street (oui, ceux-là même qui nous ont conduit à ce ralentissement) en appelleront à la modération déficitaire (à l'instar d'Andrew Mellon au moment de la Grande Dépression). Comme on pouvait s'y attendre, la crise a atteint les marchés émergents et les pays moins développés. Aussi incroyable que cela paraisse, avec toutes ses difficultés, l'Amérique passe toujours pour le pays le plus sûr en matière de placement de capitaux. Ce n'est pas surprenant puisque les garanties du gouvernement américain semblent malgré tout plus crédibles que celles des pays du tiers-monde. A l'heure où l'Amérique absorbe l'épargne mondiale pour régler ses problèmes, où les primes de risque montent en flèche, où les bénéfices, le commerce et le cours des matières premières chutent, les pays en développement s'apprêtent à traverser des moments difficiles. Il est fort probable que certains - qui avaient d'importants déficits commerciaux avant d'être touchés par la crise, une dette nationale élevée ou des liens commerciaux étroits avec les Etats-Unis - souffriront plus que d'autres. Les pays qui n'ont pas totalement libéralisé leurs marchés financiers et de capitaux, tels que la Chine, seront reconnaissants de ne pas avoir suivi les vives recommandations de Henry Paulson et du Trésor américain.
Nombreux sont ceux qui ont déjà sollicité le Fond monétaire international. Il est à craindre, dans certains cas, que le FMI ressorte les vieilles recettes qui ont échoué, notamment la contraction monétaire et budgétaire, qui ne fera qu'accroître les inégalités mondiales. Tandis que les pays développés s'efforcent de mener des politiques anticycliques de stabilisation, les pays en développement seront contraints à des politiques de déstabilisation, qui feront fuir les capitaux au moment où ils en ont le plus besoin.
Il y a dix ans, au moment de la crise financière asiatique, on parlait beaucoup de la nécessité de réformer l'architecture financière mondiale. Peu de choses - ou trop peu, c'est aujourd'hui évident - ont été faites. À l'époque, d'aucuns pensaient que les appels impérieux de ce type étaient une tentative délibérée d'empêcher les réformes de fond : ceux qui s'en sortaient bien sous l'ancien système savaient que la crise passerait et, avec elle, la volonté de réforme. Ne laissons pas cette situation se reproduire. Nous sommes peut-être actuellement à un nouveau tournant « Bretton Woods ». Les anciennes institutions admettaient la nécessité de réformes mais avançaient à un rythme poussif. Elles n'ont rien fait pour empêcher la crise actuelle et on peut s'inquiéter de leur capacité à rebondir après coup. Il a fallu 15 années et une guerre mondiale pour rassembler nos forces dans le but de remédier aux faiblesses du système financier mondial à l'origine de la Grande Dépression. Espérons qu'il ne faudra pas attendre aussi longtemps cette fois-ci car, vu le niveau actuel d'interdépendance mondiale, les coûts seront bien trop élevés. Si les États-Unis et la Grande Bretagne dominaient les anciens accords de Bretton Woods, la situation est aujourd'hui nettement différente. Qui plus est, les institutions Bretton Woods ont été définies à l'origine par un ensemble de doctrines économiques inefficaces de nos jours, non seulement pour les pays en développement mais aussi pour les fiefs capitalistes. Pour oeuvrer efficacement en vue de l'instauration d'un système financier mondial plus stable et plus équitable, le prochain sommet devra s'adapter aux nouvelles réalités.
Copyright: Project Syndicate, 2008.
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By TiCam on 11-17-08, 03:09 PM
Le G20 s’engage à favoriser la relance et à réformer la finance mondiale

Les dirigeants des grands pays développés et émergents (G20) se sont engagés samedi à relancer l’économie mondiale, menacée par la récession dans les pays riches et d’un net ralentissement ailleurs, tout en lançant une réforme du système financier international.
« Nous sommes d’accord (pour dire) qu’une réponse politique élargie, fondée sur la coopération macroéconomique, est nécessaire pour rétablir la croissance » , indique la déclaration finale du sommet de Washington, organisé après deux mois d’une crise financière inédite depuis les années 1930.
Le G20, dont les membres génèrent 85 % du Produit intérieur brut (PIB) de la planète, a énuméré une série d’ « actions immédiates » pour empêcher l’économie mondiale de sombrer dans une récession prolongée, suggérant l’utilisation de « mesures budgétaires pour stimuler la demande interne avec des résultats rapides » ou des baisses des taux d’intérêt dans certains pays.
Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn a indiqué que son institution était favorable à des plans de relance nationaux et coordonnés, dont le montant équivaudrait à 2 % du PIB des pays participants.
Le président français Nicolas Sarkozy, également président en exercice de l’Union européenne, s’est réjoui que le G20 soit d’accord sur la « nécessité d’une relance coordonnée, concertée », mais il n’a pas obtenu l’instauration d’un super-gendarme de la finance internationale.
Le Premier ministre britannique Gordon Brown a prédit « des annonces significatives d’un certain nombre de pays dans les prochaines semaines ».
L’OCDE, le club réunissant les pays riches de la planète, a annoncé jeudi que ses membres subiraient l’an prochain une contraction de 0,3 % de leur activité, avec une forte hausse du chômage à la clé.
Le Premier ministre canadien Stephen Harper a qualifié le G20 de « processus sans précédent » où les pays développés et en développement « travailleront ensemble pour gérer les problèmes de l’économie mondiale ».
Un porte-parole de la diplomatie chinoise a salué dimanche un sommet « propice à la croissance de l’économie mondiale et à la réforme du système financier international ».
Première réaction des marchés, les places du Golfe seules ouvertes le dimanche, ont chuté déprimées par les mauvaises perspectives économiques, Dubaï perdant notamment 4,5 %. A côté des efforts de relance, les dirigeants du G20 ont approuvé un « plan d’action » contenant des mesures « à haute priorité » pour améliorer la supervision du système financier, sur lesquelles leurs ministres des Finances devront faire des propositions d’ici au 31 mars.
Cinq champs d’action ont été définis: remise à plat des aspects de la régulation qui exacerbent les crises, harmonisation des normes comptables, amélioration de la transparence des marchés de produits dérivés, révision des pratiques de rémunération des dirigeants de banques pour éviter des prises de risque excessives et “révision du mandat, de la gouvernance et des besoins en capitaux des institutions financières internationales”.
Le G20 veut que « tout intervenant, tous les produits et tous les marchés soient réellement soumis à surveillance. Il n’y aura plus de zone d’ombre », selon la chancelière allemande Angela Merkel.
M. Sarkozy s’est félicité que le G20 ait selon lui établi « une nouvelle gouvernance économique », toutefois sans super-gendarme international à la satisfaction des Américains très attachés à leur souveraineté, ainsi que du Canada.
Le G20 a souligné que « la régulation relevait avant tout de la responsabilité des régulateurs nationaux ». Il a cependant recommandé une intensification de la « coopération internationale entre régulateurs » et un renforcement des « normes internationales où cela est nécessaire ».
Sans citer nommément les fonds spéculatifs, échappant à toute régulation, le besoin de « transparence sur les actifs hors bilan et des instruments financiers complexes », notamment les CDS (contrats d’assurance sur le non remboursement d’un emprunteur) est évoqué dans le communiqué. D’ici au 31 mars, le G20 demande aussi des propositions pour que les “régulateurs s’assurent que les agences de notation (critiquées pour avoir surévalué des placements de mauvaise qualité) répondent aux normes les plus exigeantes”.
Comme le souhaitait la France, le G20 met aussi la pression sur les paradis fiscaux, en demandant « à moyen terme » des « mesures pour protéger le système financier mondial des juridictions non coopératives qui présentent un risque d’activité financière illégale ».
Les dirigeants ont convenu de se retrouver avant le 30 avril pour « vérifier la mise en œuvre » des décisions prises à Washington. M. Sarkozy a proposé que ce sommet ait lieu à Londres, la Grande-Bretagne assurant l’an prochain la présidence du G20.
Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, voudrait que cette réforme du système financier soit achevée d’ici un an.
Il n’est cependant plus question d’une refonte globale du système, sorte de Bretton Woods II, souhaitée par certains pays, dont la France. En Grande-Bretagne, la presse dominicale n’était pas convaincue par les résultats du G20. The Observer (gauche) a noté que ses dirigeants « n’allaient pas, en une seule aprèsmidi, résoudre une crise financière produite par une génération ». Pour la presse espagnole, un « premier pas » a tout de même été franchi.
Pour éviter les tentations protectionnistes, le G20 a pris l’engagement de tenter de relancer d’ici la fin de l’année le cycle de négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Le G20 a par ailleurs proposé une réorganisation des institutions multilatérales, comme le FMI et la Banque mondiale, nées en 1944 à Bretton Woods, pour faire de la place aux pays émergents. Le sommet a appelé ces organisations à épauler les pays en détresse en leur fournissant des financements.
Il était difficile d’obtenir davantage du sommet de Washington car le 20 janvier 2009, le président américain George W. Bush laissera la place à Barack Obama, absent du sommet.
Source : AFP
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