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titonton titonton is offline
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titonton is on a distinguished road
Lightbulb Jean Léopold Dominique est mort............. Dany Toussaint inocent?????

Jean Léopold Dominique
2001
Port-au Prince, Haïti
Des corps disparus, des suspects morts de façon inopinée et l'ensemble des personnes supposées avoir conspiré, le tout forme un scénario idéal qui aurait fait rêver un écrivain de drame policier. Mais il s'agit de l?assassinat de Jean Léopold Dominique à l'âge de 69 ans, le journaliste de radio le plus célèbre de Haïti, tué par balles le 3 avril 2000, en arrivant à son travail à la station radio. La liste de suspects est longue -- anciens partisans de la dynastie Duvalier et hommes d'affaires corrompus. Par contre, l'enquête indiquait récemment que Dominique, conseiller principal de l'ancien président René Préval et ami du président Jean Bertrand Aristide, était apparemment victime d'un conflit intestin provenant des membres du parti politique d'Aristide, le Fanmi Lavalas.
Une enquête menée par l'Association interaméricaine de la presse (IAPA) a révélé que Dominique, qui était journaliste et faisait partie de mouvements de politiques de gauche était aussi engagé dans la défense des pauvres en Haïti. Il a été tué par la suite d'une conspiration politique apparemment organisée et initiée bien des mois à l?avance par des personnalités politiques importantes qui étaient en rapport avec Aristide. Durant l'enquête, le sénateur Dany Toussaint, un personnage machiavélique avec énormément de pouvoir au sein du parti Lavalas ainsi que plusieurs de ses alliés, qui ont servi dans le gouvernement d'Aristide ou qui sont actuellement membres du Sénat haïtien, font partie des suspects possibles. D'après des sources au sein de l'enquête, les preuves montraient que ces dignitaires voyaient l'indépendance et l'honnêteté de Dominique comme une menace à leurs aspirations au pouvoir et à leurs affaires de corruption. Un bon nombre de sources a fourni à la IAPA de précieux renseignements pour mener à bien cette enquête. Cependant, étant donné que cette conspiration met en cause des personnalités aussi bien importantes que criminelles en Haïti, la plupart des témoins ont accepté de parler sans être citée dans les communiqués à la presse. Dans cette affaire, les menaces contre le juge, les témoins et les enquêteurs sont évidentes. Déjà, à Port-au Prince, en janvier dernier, un homme censé passer des renseignements concernant le crime a été tué en plein jour.
Même la veuve de Dominique, Michèle Montas, qui pourrait avoir des renseignements sur l'enquête, était réticente à partager ce qu?elle savait. "Je fais partie de l'enquête, par conséquent, je dois faire attention à ce que je déclare en public", explique-t-elle.
L'assassinat de Dominique a choqué les Haïtiens, parce qu'il était considéré comme un partisan critique et sans conditionnement de Lavalas. Sa mort était un signal extrêmement grave indiquant qu'au sein du mouvement fondé par le président Aristide dans les années 90 et qui l?opposait à la dynastie corrompue de Duvalier, il y avait de sérieux désaccords. Avant sa mort, Dominique ressassait qu'un ensemble d'officiels corrompus avec des liaisons avec les réseaux criminels, y compris trafic de stupéfiants et vol de voiture, avait corrompu ce parti politique. Au cours de ses programmes radiophoniques, il avait accusé les dignitaires corrompus et influents du parti Lavalas dans l'espoir de les faire limoger. "Dominique a cru que son influence politique était plus importante qu'elle ne l?était," dira un observateur étranger.
Haïti, maintenant, apparaît plus divisé et plus pauvre depuis qu'Aristide, aidée par l'armée américaine, était retourné au pouvoir en 1994. Il avait gagné l'élection présidentielle en1990, mais suite à un coup militaire, il avait été évincé pendant trois ans. Ces dernières années, différents meurtres politiques ont choqué les Haïtiens, par contre, aucune des victimes ne rappelait Dominique, loyal membre de longue date de Lavalas. Pendant les dix premiers mois qui ont suivi le meurtre, le gouvernement perdit un temps précieux à suivre de fausses pistes, ce qui a sérieusement retardé l'enquête.
L'affaire a commencé à se préciser de façon significative en octobre 2000. Apparemment, à cause de la volonté du président sortant Préval, qui désirait utiliser ses derniers mois de pouvoir pour essayer de résoudre le meurtre. L'administration Préval a alloué davantage de fonds pour protéger les témoins, pour fournir des gardes du corps à la veuve de Dominique ainsi que pour la protection du juge responsable de l'enquête, qui aurait reçu de sérieuses menaces de mort. La décision de Préval a été prise malgré les résistances des dignitaires du parti Lavalas, qui considéraient que cette affaire pouvait avoir un impact négatif sur le second terme du président Aristide. Les dignitaires du parti ont directement fait savoir à la veuve de Dominique, Michèle Montas, que cette affaire était dangereuse pour Aristide, ce qui montre un des exemples typiques de cette paranoïa.
La IAPA croit qu'une solution rapide de l'affaire Dominique devrait être le but de l?épreuve de vérité de l'administration Aristide, se rapportant à sa décision de respecter la liberté de la presse en Haïti. Le meurtre de Dominique avait déjà créé un impact inoubliable montrant dans quelles conditions les journalistes travaillent. Plusieurs menaces contre la presse ont soulevé des réactions internationales. Malgré cela, des bandes de voyous, engagées afin de créer des pressions sur les médias en vue de les empêcher de faire des critiques dans leurs reportages, continuent à être favorisées par les dignitaires haut placés du parti Lavalas.
Dominique a connu une fin violente dans un pays où les alliés politiques deviennent rapidement des ennemis. "Les gens ne comprennent pas que ces dignitaires aujourd'hui au pouvoir sont déterminés à y rester et ne prendront aucune initiative qui puisse avoir une répercussion sur leur influence. Marvel Dandin, de Radio Kiskeya, une station de radio indépendante, également attaquée par les supporters de Lavalas, a dit que "Dominique était si proche des gens du pouvoir qu'il en mésestimait les dangers".
Aristide a été élu président en novembre dernier, après une élection législative et une élection présidentielle fortement contestées. La plupart de l'opposition a refusé de participer à ces élections. Aujourd'hui, cette opposition, unifiée sous un groupe qui a pris le nom de Convergence Démocratique à laquelle ont adhéré la plupart des partis politiques et des anciens membres de Lavalas, refuse de descendre à des compromis et a créé un gouvernement parallèle symbolique qui défie ouvertement Aristide.
Le second terme d'Aristide en tant que président commence avec une crise politique, économique et de sécurité publique la pire que le pays n'ait jamais eu à faire face. Si un accord n?est pas conclu entre Aristide et l'opposition, le pays ne recevra pas les 500 millions de dollars d'aide internationale. Haïti a besoin de cette aide. Selon les Nations Unies, ce pays est le plus pauvre d'Amérique latine?avec un chômage de 80 %, une inflation de 15 % et un accroissement démographique de 2,1%. Les prochaines années seront très difficiles en Haïti.
La plupart des secteurs intellectuels et politiques de Haïti reconnaît que le parti Lavalas a contribué à cette crise parce qu'il était incapable de tolérer la dissidence, et fermait les yeux sur la corruption de ses membres. Malgré tout, Lavalas reste une force politique puissante en raison du culte de popularité d'Aristide parmi les pauvres.
Le parti d'Aristide, Fanmi Lavalas, est un refuge pour les bandes de voyous, connus sous le nom de Chimerés. Ces voyous sont parait-il recrutés pour effrayer l'opposition. Lors des funérailles de Dominique, ces manifestants ont mis feu au siège du parti politique du leader de l'opposition Evans Paul, un ancien partisan d'Aristide.
La plupart des sources ayant connaissance de l'enquête menée sur Dominique, qui fût le principal leader de Fanmi Lavalas tués jusqu?à ce jour, affirment que le président Aristide n'avait aucun intérêt à s?en débarrasser. Pourtant d?après les sources étrangères et haïtiennes, on pense que certains groupes membres du parti Lavalas agiraient totalement indépendamment d?Aristide. Ils soulignent qu?il a omis de dénoncer en public le meurtre de Dominique, d'autres assassinats politiques ainsi que les attaques contre l'opposition et la presse, ce qui a contribué à encourager des abus supplémentaires.
D'autres personnes critiquent davantage et ouvertement Aristide et sèment le doute sur le rôle qu'il joue dans les cercles politiques en Haïti. Une source déclare : "Il continue à être une importante figure en Haïti et dans le parti Lavalas". "Dans ces histoires, il vaut mieux ne pas dire un mot. Un signe, ou un geste peut être interprété comme une approbation tacite", dit un expert haïtien.
Michèle Montas, la veuve de Dominique en convient. "Je ne crois pas qu'Aristide a quelque chose à voir avec la mort de Jean. Cependant, il ne contrôle pas tous les membres de son parti" dit-elle fermement lorsqu'on lui suggère cette possibilité. Montas continue à être bouleversée par la décision prise d'exécuter son mari qui était toujours resté un membre loyal du parti jusqu'à sa mort. "C'est ironique", dit-elle. "Nous n'avons jamais pensé à cette possibilité."
Par contre, des proches d'Aristide ont déclaré que beaucoup de gens haïssait Dominique en raison de ses éditoriaux acides dans un pays où les gens ne supportent pas les critiques. Brian Concannon, un avocat américain qui travaille avec le groupe d'aide juridique autrefois appelé Lawyers for Aristide, a déclaré que beaucoup de gens voulait se débarrasser de Dominique. De plus, il a insisté que les journalistes des pays de l'ouest tenaient absolument à montrer du doigt les personnes proche d'Aristide rien que pour nuire au nouveau président élu.
Politique des Etats-Unis
Six ans après l'Operation Uphold Democracy, qui permit de ramener Aristide en Haïti grâce à un déploiement militaire ambitieux et, à peu près 3 milliards de dollars en assistance internationale, la politique de l'administration Clinton a été déclarée responsable des désordres qui se passent en ce moment en Haïti. D?après une source provenant d'un des membres du congrès, on aurait déclaré que l'administration Clinton tenait tellement à ce que cela se termine avec succès qu'elle n'a jamais pris en considération les problèmes au fur et à mesure qu?ils se manifestaient, ce qui a donné comme résultat une situation extrêmement désordonnée.
La politique des Etats-Unis pour Haïti a été gâchée par le fait que pendant l'administration Clinton, Washington était très partagée entre les démocrates et les républicains, une situation qui ne s'était pas présentée depuis la Nicaragua Contra War. Ce qui compliquait les choses était le fait que les responsables les plus haut placés étaient trop impliqués en politique haïtienne. Plusieurs membres du Congressional Black Caucus, par exemple, font partie de la Fondation Aristide, envoyant des messages complexes aux dignitaires haïtiens. Dans le même ordre d'idée, ces organisations telles que l'International Republican Institute (IRI) compte parmi ses employés un directeur d'initiation au pays, un américain d'origine haïtienne dont la famille était pro-Duvalier. L'IRI a été forcée de fermer ses portes en raison de plusieurs attaques contre son siège ainsi que contre ses représentants.
Pour les partisans d'Aristide tout ce qui est américain est suspect, cependant ils continuent à vouloir de l'aide qui vient en partie des Etats-Unis et d'Europe. La participation de l'IRI en ce qui concerne son aide à organiser la Democratic Convergence, le vague groupe de coordination de l'opposition anti-Aristide, s'est avéré un autre casse-tête dans ce pays si paranoïaque. Durant les premiers mois qui ont suivi le meurtre, les gens voulaient tellement croire à la méchanceté américaine, qu'ils avaient fait courir le bruit que Dominique avait été tué par les Américains. Un incident déplorable a contribué à cette rumeur dans cette affaire quand un indicateur-clé et tueur à gages suspect s'est avéré être un haïtien ayant une relation indépendante avec le bureau de Public Affairs à l'ambassade des Etats-Unis.
Jusqu'à sa mort, Dominique a critiqué énormément la politique des Etats-Unis. Il pensait que les groupes conservateurs aux Etats-Unis voulaient en finir avec Lavalas et empêcher Aristide de gagner le second tour des présidentielles. Ainsi, pendant les mois précédant son meurtre, il critiquait le rôle des organisations américaines telles que IRI, IFES et USAID, qui étaient directement impliquées dans la préparation des élections législatives de mai. Dans sa machine à écrire, on a trouvé un éditorial qu?il avait laissé inachevé sur le rôle que les Etats-Unis ont joué en Haïti depuis 1917.
L'absurde c'est qu'en Haïti, on critique les Etats-Unis, qui les font vivre. Dans l'affaire de Dominique, les pressions venant des Etats-Unis pourrait convaincre Aristide d'amener l'affaire en justice, malgré l?opposition farouche de son parti. Cette affaire intéresse les Etats-Unis, car c?est une bonne raison pour s'attaquer aux puissants dignitaires du gouvernement haïtien impliqués dans le trafic des stupéfiants.
Cependant, Joanne Mariner, Directeur adjoint des Amériques au Human Rights Watch, a déclaré qu'il était important pour l'administration Bush de passer au-dessus des stupéfiants, et de se concentrer sur le meurtre de Dominique ainsi que les autres assassinats politiques, pour montrer leur façon d'aider Haïti en améliorant son système juridique et également en mettant fin aux impunités.
"Human Rights Watch a l'intention de suivre les progrès de l'enquête sur le meurtre de Dominique et, nous pensons également que l'administration Bush devra faire de même.
L'aboutissement de cette affaire sera un indice important pour affirmer l'efficacité et la fiabilité du système de justice haïtien", déclara-t-elle.
Le journaliste
Un journaliste irascible et critique, Dominique s'était fait beaucoup d'ennemis à cause des éditoriaux caustiques qu'il passait à la radio le matin et l'après-midi. Au moment de son décès, ses ennemis pouvaient se trouver parmi les partisans d'extrême droite de Duvalier jusqu'à l'extrême gauche des partisans populistes de Lavalas.
Fils d'un mulâtre, venant d'une famille aisée de la caste la plus répandue en Haïti, Dominique était considéré un ennemi de son propre milieu en raison de son dévouement continu envers les pauvres de Haïti. Un agronome spécialisé, Dominique se tourna vers le journalisme radiophonique dans les années 60. Sur Radio Haïti, il animait un programme d'une heure. En 1971, il avait déjà acheté la station et, dès lors, a commencé à monter de façon fulgurante dans sa profession en raison de son style pompeux et de sa volonté de s'élever contre les abus de pouvoir.
Un orateur passionné, parlant le français et le créole parfaitement d?une façon pittoresque, Dominique se servit des ondes radio pour s'opposer à François Duvalier "Papa Doc", son fils "Baby Doc", et à la junte militaire qui régna sur Haïti jusqu'au début des années 90. Il fut exilé deux fois. En 1980, après la destruction de sa station, il se réfugia aux Etats-Unis avec sa femme Michèle et retourna en Haïti seulement après que Baby Doc Duvalier avait été renversé par une révolte populaire en février 1986. En 1991, lorsqu'un coup militaire a chassé le président Aristide du pouvoir, il retourna en exil aux Etats-Unis, et en 1994, Dominique repartit en Haïti, lorsque le président Aristide est retourné avec l?aide des militaires américains.
Il devint extrêmement populaire en Haïti, spécialement parmi les paysans dans les campagnes parce que sa station parlait souvent de problèmes liés aux propriétaires terriens et à l'agriculture. Sa station était la seule qui offrait des programmes radio en créole. D'ailleurs elle avait été copiée plus tard par d'autres stations dans un pays où la langue officielle est le Français et où 90% de la population est illettré et parle créole. "Dominique a aidé à l'établissement préliminaire d'une presse indépendante en Haïti", a écrit Jean Jean-Pierre, un journaliste en exil à New York.
Dominique et son épouse animaient Inter Actualités, l'émission matinale la plus populaire de Radio Haïti, qui comportait des nouvelles, des commentaires et des éditoriaux. Montas, un journaliste ayant fait ses études aux Etats-Unis, donnait les nouvelles nationales, pendant que Dominique lisait les nouvelles internationales et écrivait les commentaires et éditoriaux qui comportaient de brûlantes tirades contre les politiciens et les hommes d'affaires corrompus de son pays.
Ancien partisan d'Aristide, Dominique adopte avec joie son successeur trié sur le volet, le président René Préval, qui remplit ses fonctions de 1996 à février 2001. Préval était un agronome comme Dominique, et tous les deux croyaient pouvoir apporter des changements en Haïti grâce à une ouverture politique dans les campagnes. Ils ont fondé ensemble une organisation paysanne, Kozepep, qui réunissait des milliers de paysans pour des réunions politiques. A ce moment, ils ont commencé à avoir des problèmes avec la direction de Lavalas qui voyait cette organisation comme une concurrente. Plusieurs membres de Kozepep furent attaqués par les membres de Lavalas dans le pays lui-même. Dominique avait de l'espoir sur les chances de Préval, malgré de nombreux problèmes sérieux affectant son gouvernement et notamment sa décision de dissoudre le Parlement.
"Il était plus un politicien qu'un journaliste," déclara Max Chauvet, éditeur de Le Nouvelliste, le premier journal quotidien en Haïti.
Dans cette capitale tropicale, il s'habillait de façon décontractée, là où l'on voit les hommes porter des costumes et cravates avec 90 degrés de chaleur, Dominique préférait travailler avec des chemises à manches courtes et pieds nus dans ses chaussures. Malgré cela, il était moralement un traditionaliste rigide. Il avait affirmé à son épouse qu'il ne permettrait pas à Lavalas d'être dominée par des dignitaires corrompus. Ce qui veut dire, en Créole, éliminer les eaux provenant d'une inondation.
Selon Montas, Dominique est toujours resté partisan d'Aristide. Même, dans les moments où d'autres membres importants de Lavalas ont rejoint l'opposition toujours grandissante contre Aristide, Dominique est resté avec le parti. Par exemple, en 1996, quand les leaders de la Lavalas Political Organization (OPL), ayant soutenu la première élection d'Aristide en 1990, ont refusé d'appuyer Aristide qui voulait prolonger son premier mandat présidentiel et ils ont complètement rompu avec lui. Par contre Dominique lui resta fidèle. Dominique joignit le nouveau Fanmi Lavalas d'Aristide, en voulant sauver et séparer le nom bien connu de Lavalas de l'autre parti, qui devint connu sous le nom de OPL. Dominique conseilla à Aristide à plusieurs reprises de nettoyer le Parti Lavalas des individus peu recommandables corrompus et trafiquants de stupéfiants. A la fin, il semble que Dominique ait été laissé tomber par les mêmes personnes qu'il voulait protéger.
"La devise de Jean était transparence, vérité et participation", a dit Montas, une femme élégante de 54 ans à la voix douce qui continue à faire marcher Radio Haïti, et qui est déterminée à parler de son mari dans les nouvelles jusqu'au moment où l'affaire sera résolue.
En mai 2000, un mois après le meurtre de Dominique, Lavalas gagna 72 sièges sur 82 à la Chambre des communes et 18 sièges sur 19 au Sénat. De plus, il a gagné huit sièges supplémentaires à l'élection de novembre. Cependant, les méthodes de comptabilité électronique utilisées pour compter les votes de l'élection du mois de mai sont vigoureusement contestées. Dans neuf départements, le compte des votes a été déclaré irrégulier aussi bien par l'opposition haïtienne que par les organisations indépendantes internationales telles que l'Organisation des Etats américains (OAS) et les Nations-Unies. "Si Dominique était encore des nôtres, il n'aurait pas permis que ce vote passe inaperçu", a déclaré un observateur politique.
Le crime
Le jour de son meurtre, Dominique était arrivé à la station radio à l'heure habituelle?un peu après 6 heures du matin afin de pouvoir se concentrer quelques minutes sur son éditorial. Le journal commençait à 7 heures du matin
Apparemment, les tueurs ont surveillé la station pendant deux semaines avant le meurtre. Pendant ce temps-là Michèle Montas arrivait à la station avec Dominique en raison d'un problème de dos. Ce qui n'était pas de leurs habitudes. Ils avaient des horaires différents et préféraient prendre deux voitures. Le hasard voulut que le 3 avril, 2000, Montas conduise elle-même sa voiture pour la première fois depuis longtemps. "Apparemment il y avait deux tireurs. Je suppose qu'il y en avait un qui m?était destiné", expliqua-t-elle dans une interview dans son bureau au deuxième étage de Radio Haïti Inter.
Dominique arriva à l'entrée de la station radio sur la rue Delmas, une voie de passage reliant les beaux quartiers de Petionville au centre de Port-au-Prince. Jean-Claude Louissaint, l'agent de sécurité, ouvrit la porte en métal bleue. Dominique ne prêta pas attention à un homme qui flânait plus loin. Deux voitures à l'intérieur desquelles il y avait d'autres individus, étaient garées devant la station.
Dominique gara sa voiture et fit quelques pas vers la porte de la station. L'homme qui flânait passa la porte à pied. Soudain, il rattrapa Dominique, sortit un revolver et tira sur lui sept fois à bout portant avec des balles pneumatiques, au cas où il portait une veste pare-balles. Une des balles perça son aorte. Le tueur tira alors sur l'agent de sécurité et le tua. "Jean n'aurait pas survécu à ses blessures", a dit Michèle Montas, qui trouva les corps, lorsqu'elle arriva sur les lieux quelques minutes plus tard.
L'enquête
La mort de Dominique provoqua des démonstrations et des énormes manifestations de deuil. Dix-huit mille personnes assistèrent ses funérailles ainsi qu'à une cérémonie en sa mémoire au stade de football. Cependant, après dix mois, les coupables n'ont pas été jugés. Six hommes se trouvent en prison, accusés d'avoir aidé les meurtriers ou d?avoir été des complices. Néanmoins l'enquête avance petit à petit d'une façon extrêmement lente ; de plus, elle est retardée par la situation politique qui se détériore dans le pays par des étalages de bravoure d?individus qui, d?après les enquêteurs, sont responsables de l?orchestration et de l'exécution du meurtre.
L'enquête sur l?assassinat s?est compliquée à cause d?incidents bizarres, qui montre le penchant de Haïti pour les mélodrames et les mystères. En juillet dernier, Jean Wilner Lalane, un suspect-clé dans l'affaire, est mort après qu'un orthopédiste lui ait extrait des balles qui s'étaient logées dans son postérieur, et l'avaient touché quand il avait essayé de s'échapper lors de son arrestation. Membre du réseau de vols de voitures, on disait que Lalane était l'agent de liaison entre les meurtriers qui ont tiré et le cerveau de l?affaire. Il était soupçonné d'avoir procuré les voitures pour la fuite. Lorsque la police réclama le corps de Lalane pour faire une autopsie, celui-ci avait disparu de la morgue. Des témoins à l'hôpital ont déclaré que probablement il avait été enterré dans une fosse commune, endroit où normalement l'on se débarrasse des corps qui n'ont pas été réclamés. Normalement, l'hôpital enterre les corps assez rapidement en raison des coupures d'électricité qui durent des heures pendant la journée. Mais dans ce cas, l'explication est un peu suspecte, étant donné que les employés de l'hôpital savaient que Lalane était une personne importante pour expliquer le meurtre de Dominique et qu'il fallait le garder.
L'orthopédiste qui opéra Lalane disparut également, lorsque les enquêteurs commencèrent à soupçonner qu'il avait une autre occupation beaucoup moins bourgeoise?celles d'éliminer des personnes impliquées dans les affaires criminelles. Ses amis affirment qu'il a été utilisé comme bouc émissaire.
Deux avocats importants, Jean Claude Nord et Gerard Georges, qui sont également des suspects dans cette affaire, parce qu'ils avaient menacé Dominique dans un programme de radio quelques semaines avant le meurtre, assiste légalement le suspect numéro un : le sénateur Dany Toussaint. Maître Georges, un homme de grande taille qui aime les complets et les bracelets en or, représente également l'orthopédiste qui opéra Lalane.
Ensuite, il y a les "chimères," c'est-à-dire des manifestants de Lavalas qui hurlent et qui se trouvent là pour provoquer l'opposition et, dit-on, sont rémunérés pour leurs services. Ils vont manifester auprès du juge chaque fois que celui-ci amène des suspects pour les interroger en son cabinet.
Les leaders de Lavalas prétendent que les chimères sont des supporters de Lavalas incontrôlés. Les journalistes haïtiens croient que les chimères sont commandées par des leaders qui leur donnent l?ordre de manifester. Un de ces leaders a fait l'objet des nouvelles de presse du mois de janvier. Paul Raymond, chef de la communauté de Lavalas Little Church, qui opère à partir des ruines de St. Jean Bosco, la vieille paroisse où Aristide a commencé sa carrière de prêtre, donne des frissons dans le dos aux 80 journalistes haïtiens, aux politiciens et au clergé quand il les prévient que les chimères les tueront et changeront leur "sang en encre, leur peau en parchemin et leurs crânes en encriers", s'ils continuent à faire leurs simagrées d'opposition.
Les Haïtiens ont pris au sérieux ces mises en garde, et le gouvernement a dû traîner Raymond devant la justice pour qu'il puisse expliquer ses menaces?son avocat était l'omniprésent Jean Claude Nord, suspect du meurtre, qui représente également Toussaint. Pendant une brève visite aux ruines de l'église, au centre de Port-au-Prince, des chimères montaient dans des camions et les leaders Lavalas donnaient leurs derniers ordres à un groupe de voitures pour emmener les manifestants à un site déterminé.
Les chimères ne peuvent être contrôlées. Dans le passé, les bandes d'émeutiers utilisaient la méthode du "Père Lebrun," qui consistait à tuer quelqu'un en plaçant un pneu en feu sur le cou. Ils ont brûlé les sièges de l'opposition et ils ont organisé des démonstrations devant les journaux et les stations radio qu'ils considéraient comme leurs ennemis.
Un "petit" juge
Le juge Gassant est un petit homme, mince avec un petit sourire. Diplômé de l'Ecole Nationale des Magistrats en France, il fait partie d'une nouvelle moisson de juges en Haïti qui prennent leur travail à c?ur. Quand on lui demande pourquoi il s'est chargé de l'affaire Dominique, il répond qu'il "ne pouvait refuser l'offre en raison de son intégrité professionnelle". Pourtant on aime dire en Haïti que le juge porte pratiquement un "cercueil sous son bras".
Entre les mois d'octobre et de janvier, le juge a travaillé librement tout en étant au bord de la panique. L'enquête est dangereuse, et Gassant qui procède à des arrestations aidé par un groupe de policiers qui portent des masques pour ne pas être reconnus, n'avait pas honte de montrer sa terreur. Il n'a jamais cru que la pression serait aussi inlassable, mais il s'accroche. Il a ouvert une enquête parallèle sur le meurtre de Lalane afin de déterminer s'il y a eu négligence grave ou une tentative directe à éliminer un témoin-clé.
Gassant est le troisième juge qui s?occupe de cette affaire. Deux autres juges ont démissionné après avoir reçu des menaces de mort. Gassant s'est chargé de l'affaire en considération du prestige et du degré de difficulté judiciaire qu'il comporte. Il s'y accroche avec ses dents. Un jour, au cours d'une brève interview, il s'est effondré en pleurs. Il applique à la lettre les règlements relatifs à la procédure, ce qui signifie que les journalistes n'ont pas accès à l'enquête. Cela fait partie du "secret d'instruction", prévu par le système légal napoléonien en vigueur en Haïti.
Les documents de l'affaire Dominique sont entassés dans deux grandes boites en carton que le juge garde à un endroit secret. Sa famille a quitté Haïti et il dort dans une maison différente tous les soirs. Il se déplace autour de la ville dans plusieurs voitures banalisées avec des gardes du corps et les membres d'un commando de police. Les tueurs se cachent dans l'ombre de Port-au-Prince, ou bien parmi les piétons qui traversent les rues dans le trafic et les bouchons des voitures bien connus en Haïti. Pendant ces cinq dernières années, des douzaines de meurtres politiques ont eu lieu dans les rues congestionnées de la ville.
Il y a quelques semaines, le juge a cru se trouver en face d?une situation dangereuse : sa voiture a été croisée par celle de Milien Rommage, un représentant de Lavalas et ex numéro deux de la force de sécurité du palace présidentiel, que les observateurs internationaux considèrent comme l?endroit où plusieurs meurtres politiques ont été organisés. En reconnaissant l'auto du juge, Rommage a crié qu'il aurait pu aisément arroser la voiture de coups de feu. Les remarques étaient supposées être une plaisanterie, mais étant donné que le juge avait reçu plusieurs menaces de mort, cette rencontre, comme par hasard, se déroulait pendant qu'il se battait contre le Sénat, contrôlé par Lavalas, qui le menaçait de mener une enquête sur ses activités. Tout ça, parce qu'il essayait de convoquer le suspect numéro un, Dany Toussaint, élu sénateur aux élections de mai 2000.
Yvon Neptune, président du Sénat et partisan de Toussaint a déclaré que la demande du juge de questionner Toussaint était inacceptable puisqu?elle venait d'un "petit" juge comme lui. Ce qui voulait dire qu'il s'agissait d'un personnage insignifiant.
L'élément moteur dans l'enquête de Dominique, Michèle Montas, une journaliste de haut niveau qui n'avait jamais fouillé dans le monde interlope de Haïti jusqu'à la mort de son mari, a dû ouvrir les yeux sur un pays qu'elle ne connaissait pas. "Jean a été tué parce qu'il était sur le point d'empêcher à beaucoup de monde de se faire beaucoup d'argent," déclara-t-elle. Elle se sert de la station radio et du peu de relations qu'elle a dans le gouvernement Aristide pour forcer la main et faire avancer l'affaire.
Montas a rencontré Dominique quand elle était venue travailler à Radio Haïti au début des années 70. Toute nouvelle diplômée de la Columbia University?s Graduate School of Journalism, où elle fut le témoin des démonstrations contre la guerre du Vietnam en 1969, elle fut amené avec passion par Dominique à assumer ses idées politiques. Mariée avec Dominique depuis 25 ans, Montas ne s'est pas encore remise du meurtre. Elle voulait fermer la station, cependant, avec l'aide de la fille de Dominique, Gigi, elle recommença à la faire marcher un mois après sa mort. Elle a aussi juré de résoudre l'énigme du meurtre de son mari, qui par-dessus le marché, est une mission dangereuse. Mais elle est déterminée. "Ils m'ont tuée quand ils ont assassiné mon mari", expliqua-t-elle, dans son anglais au doux accent français et les yeux pleins de larmes.
Le gouvernement Préval a mis à sa disposition quatre gardes du corps qui la suivent partout. Elle a toujours l'air de vouloir vivre la perte de son mari comme un supplice. On trouve des photos de son mari partout, à la station radio et chez elle. A Radio Haïti, un portrait grandeur nature de Dominique, qui était très photogénique, accueille les visiteurs. A la maison, ses pipes et sa casquette en cuir sont restées au même endroit.
Ceux qui ont concocté et exécuté le meurtre de son mari continuent à la surveiller de près. Quelquefois elle se protège derrière un plus grand nombre de garde du corps, "Quand la piste devient bouillante", déclare-t-elle avec un rire nerveux. Elle a écrit son testament mais elle ne pense pas que les tueurs s'en prendront à elle. Limitée par l'obligation du secret de l'instruction, elle écrit des articles sur l'affaire seulement quand elle a l?impression que l'enquête piétine. "Ils ont pensé que j'allais partir parce que je suis une femme."
En février 2001, avant la cérémonie de proclamation de la nouvelle présidence d'Aristide, par exemple, Montas a suspendu pendant trois jours toutes les retransmissions radiophoniques sur Radio Haïti. Cette action avait été décidée pour protester contre la motion qui demandait que le Sénat, sous contrôle de la Lavalas, fasse une enquête sur le juge Gassant ; ceci après la troisième tentative de la part de ce dernier de forcer le Sénateur Toussaint à témoigner. "Ils doivent comprendre que dans cette affaire, les meurtriers ne resteront pas impunis", ajouta-t-elle, de même qu'elle se rend compte d'avoir besoin de l'aide internationale pour pouvoir régler cette affaire à travers le système judiciaire de Haïti, aussi compliqué qu'un labyrinthe.
Qui a assassiné Dominique ?
Dans un pays comme Haïti infesté de complots, tout le monde se montre du doigt en ce qui concerne le meurtre de Dominique. Menacé pendant toute sa vie, Dominique n'avait pas reçu de mises en garde précises durant les jours qui ont précédé son assassinat.
Pour débuter l'enquête, Montas a procuré à la prosécution une liste potentielle d'ennemis qui auraient pu être la source du meurtre de Dominique. Cette liste comprenait des hommes d'affaires qu'il avait accusés de corruption dans ses éditoriaux quotidiens, ainsi que des hommes politiques et des anciens partisans de Duvalier.
Initialement, Lavalas a fermement appuyé la théorie que Dominique aurait été assassiné par les anciens disciples de Duvalier. Un des noms qui a fait surface était celui de Léopold Berlanger, une figure de l'opposition et le propriétaire de Vision 2000, une station radio également attaquée par Lavalas. L'année dernière, Berlanger était le coordinateur du Council of National Observers, un organisme chargé de surveiller les élections législatives de mai. Dominique a ouvertement critiqué Berlanger dans l'un de ses éditoriaux, en l'accusant de faire partie de la coalition qui était "engagée à détruire Lavalas". Berlanger a coopéré durant l'enquête et n'est plus un des plus importants suspects, selon des sources très proches de l'enquête.
A la place, les haïtiens et les observateurs étrangers ainsi que les enquêteurs de cette affaire ont commencé à chercher des indices dans l'éditorial passé à la radio par Dominique le 19 octobre 1999, six mois avant sa mort. Il s'agissait d'une attaque directe contre Toussaint, qui, alors, n'était pas sénateur, mais, parait-il, était intéressé à redevenir le chef de la police pour la deuxième fois. Toussaint a servi comme chef de police intérimaire dans le premier gouvernement Aristide, après que les militaires l'avaient dissout et qu'une nouvelle force de police avait été formée. A ce moment-là, il parait que Dominique avait préparé une série de dossiers d?informations sur les pratiques de corruption et de trafic de stupéfiants engendrées par plusieurs dignitaires de Lavalas, y compris Toussaint. Cependant, Montas insiste qu'il n'y avait pas de dossiers. "Jean accusait seulement les gens dans ses commentaires quotidiens", dit-elle.
L'éditorial d'octobre avait été transmis, l'année dernière, pendant une des périodes les plus délicates de la vie de Haïti. Trois mois plus tard, les Etats-Unis avaient terminé leur programme d'entraînement de la police. Plusieurs dignitaires de la police soutenus par les instructeurs américains, et connus comme n'ayant pas de liens proches avec Lavalas, ont dû démissionner. Un des plus influants, Robert Manuel, secrétaire d'état à la sécurité publique a dû partir en exil lorsque les dignitaires de Lavalas, y compris Toussaint, ont monté une campagne de dénigrement contre lui. "Dès que les graffitis sont apparus, il a compris qu'il devait partir", expliqua une source de la police. L'éditorial fut transmis quelques jours après les funérailles de Jean Lamy, un honnête officier de l'armée et conseiller de la police nationale, qui aurait dû prendre la place de Manuel. Dominique décida d'écrire un éditorial parce que Toussaint accusait Manuel de meurtre, et Dominique comprit dès lors, qu'il y avait un conflit de pouvoirs à l'intérieur du corps de police et que Toussaint tirait les ficelles pour prendre le contrôle des postes les plus importants.
L'indépendance de la police a été évoquée comme un des pilons de la nouvelle Haïti. Pendant toute l'histoire de Haïti la police et l'armé était utilisées comme un outil par ceux qui étaient au pouvoir. La nouvelle police était supposée être au-dessus de la politique, mais selon des observateurs étrangers certains dignitaires de Lavalas n'ont jamais été ravis de l'initiative américaine d'entraîner des policiers indépendants. Dominique était soupçonneux de l'influence des Etats-Unis. Par contre, il était en faveur de l'idée d'une force de police indépendante et attaqua Toussaint pour avoir essayé de continuer son jeu de pouvoir. "C'est une mauvaise stratégie", Dominique a prévenu dans son éditorial. Il avait dit aussi -- ce que beaucoup de gens avaient interprété comme un signe, qu'il savait que Toussaint était un dur adversaire. "Si Toussaint me poursuit, je le dénoncerai publiquement et retournerai en exil avec ma femme et mes enfants".
Toussaint n'est pas le seul suspect, et les enquêteurs croient que le meurtre a été orchestré par plusieurs personnalités influentes. Le juge est encore en train d'obtenir des témoignages préliminaires de la part de suspects et de témoins qui, croit-on, peuvent donner des renseignements très utiles concernant l'affaire. Parmi les personnes questionnées par le juge de l'enquête, il y a Jean Claude Nord, et Gerard Georges, les deux avocats qui ont menacé Dominique quelques jours précédant son assassinat dans un programme diffusé sur Radio Liberté, une station radio de New York exploitée par les anciens alliés de Duvalier ; Le sénateur Dany Toussaint, qui a répondu seulement à une des trois citations à comparaître, et dont l'avocat est Jean Claude Nord ; le sénateur Jean Claude Delice, un membre de la Lavalas et un proche de Toussaint, dont la voiture a été aperçue près de la station radio tôt le matin lors de l'accomplissement du meurtre ; les membres de la force de sécurité de Toussaint ; et deux anciens officiers militaires, Richard "Cha Cha" Salomon et Jacques Aurélus, tous deux proches de Toussaint.
Six personnes se trouvent en prison suspectées d'avoir appuyé sur la gâchette ou d'avoir été des complices du crime. Selon différentes sources proches de l'enquête, ils ont des relations avec des organisations criminelles qui opèrent à Port-au-Prince.
L'assassinat a été orchestré lors de plusieurs rencontres. Pendant l'une des réunions, les conjurés ont rencontré le chef d'un syndicat criminel éminent. Les autorités s'intéressent beaucoup à un suspect connu sous le nom de Ronald Cadaver.
Cadaver est un ancien membre du peloton de la sécurité d'Aristide, qui, parait-il, fait marcher un racket de protection au centre de Port-au-Prince. De grande taille, de peau foncée et âgée de 30 ans, il parait que Cadaver est le chef de plusieurs organisations criminelles ayant des liens avec des trafiquants de stupéfiants, des voleurs de voitures et d'autres cartels criminels. Cependant, son rôle est purement celui d'un exécuteur.
Les renseignements sur les activités de Cadaver le mettent en liaison avec les organisations criminelles agissant dans le port de Port-au-Prince, qui est situé à moins de 2 kilomètres des ruines de l'ancienne paroisse d'Aristide, l'église St. Jean Bosco. Son territoire s'étend du port où les bateaux voyagent de Miami au quai de Port-au-Prince, jusqu'au grand marché poussiéreux du centre, où les vendeurs se rassemblent pour acheter des piles de vêtements usagés et chiffonnés qu'ils revendent dans la capitale.
Selon les sources d'informations qui ont suivi l'enquête, les assassins sont arrivés à la station radio avec trois voitures. Deux se sont garées devant l'entrée de la station, et la troisième dans la rue plus bas. Les premiers témoins à se présenter ont dit qu'une Cherokee de couleur blanche et une Nissan Pathfinder rouge, étaient les deux véhicules utilisés pendant la fuite. Les enquêteurs ont affirmé que ces voitures étant très chères en Haïti, une de celles-là était en location.
Deux des tueurs suspectés sont des frères qui font partie d'une organisation criminelle, le Road Nine Gang, extrêmement connue par les haïtiens et les sources internationales comme étant spécialisée dans les meurtres à gages. Selon les enquêteurs, cette organisation opère normalement dans le centre ville, en extorquant de l'argent aux commerçants. Un des suspects a le pseudonyme de "Tilou", bien que son vrai nom soit Jamely Milien. Son frère s'appelle Jean Daniel Jeudi, connu sous le pseudonyme "Gime". Tilou, 23 ans, est un tueur à gages très connu, selon les sources de la police. Il affirma lors de l'enquête qu'il était innocent. Il n'a pas de source de revenues connue, cependant, lorsqu'il a été appréhendé, la police a trouvé en sa possession $4.000 et un téléphone cellulaire assez cher.
Le troisième suspect, qui se trouve actuellement en prison, parait-il, également avec Cadaver. C'est un haïtien qui fut déporté des Etats-Unis, pendant les plus sévères lois de l'immigration, au moment où les criminels qui n'étaient pas des résidents étaient renvoyés dans leurs pays d'origine. Les deux autres détenus sont des policiers qui avaient des relations avec les membres influents de Lavalas. Selon les sources de la police, un des policiers, Ralph Leger, était propriétaire de la Cherokee blanche utilisée pendant l'assassinat. Selon des sources internationales, on a dit qu'un autre suspect en prison avait été membre de la force de sécurité du palace présidentiel, où plusieurs meurtres politiques avaient été orchestrés.
Vers la fin de janvier, un des lieutenants de Cadaver, connu sous le nom de Gasoline, a été trouvé assassiné pendant la journée. Il parait, selon des sources bien informées, qu'il passait des renseignements.
Le premier coup de chance dans cette enquête a eu lieu lorsqu'un homme du nom de Philippe Markington décida de parler au juge. Connu dans les cercles de la ville comme indicateur contre rétribution, Markington portait une carte de presse et une carte de police comme identification. Clamant que, par coïncidence, il se trouvait près de l'endroit du meurtre à 6 heures du matin le 3 avril, et qu'il avait vu tout ce qui s'était passé ce jour-là.
Cependant ses renseignements étaient tellement "précis" selon les sources proches de l'enquête, que la police l'a suspecté et l'a mis en prison en tant que membre de l'équipe qui a préparé l'assassinat. La police a également cru qu'il pouvait être un tueur à gages de remplacement. Il parait que Markington s'est présenté parce qu'il voulait que la Cour intercède en faveur de certains de ses amis qui étaient incarcérés pour une autre affaire.
Markington a même essayé de contacter l'ambassade américaine pour l'inviter à s'occuper de l'affaire. Il avait eu des relations, avec le bureau des affaires publiques de l'ambassade américaine et il avait rencontré plusieurs fois l'officier du PAO (Public Affairs Office), Dan Whitman. Selon les documents rassemblés par le gouvernement haïtien, Whitman dit qu'il a rencontré cet indicateur en raison des renseignements qu'il lui donnait sur les attaques contre l'opposition. Cependant, questionné par l'Association interaméricaine de la presse (IAPA), Whitman a seulement déclaré qu'il avait rencontré Markington parce qu'il représentait une organisation de la société civile. Whitman déclara qu'il ne savait pas si quelqu'un essayait de l'impliquer dans un coup monté avec Markington. Selon Whitman, Markington l'a appelé "pas mal de fois" et il avait été autorisé par ses supérieurs à recevoir ses visites." Whitman déclara que lorsqu'il a su que Markington avait été incarcéré il "avait exprimé son inquiétude, relative à son état physique, à lui-même et aux dignitaires du gouvernement haïtiens." Whitman déclara qu'il ne pouvait pas "deviner si c'était un coup monté de Markington ou de ses associés.
Markington devint une pièce irremplaçable pour l'enquête. Malgré son refus d'admettre qu'il connaissait des faits sur l'affaire, les enquêteurs croient qu'il fait partie du réseau d'assassins utilisé par Toussaint et d'autres personnalités à Port-au-Prince. Parmi les premières pistes fournies par Markington, il y avait le numéro de la plaque minéralogique de la Cherokee blanche utilisée dans l'assassinat. Le véhicule a amené les enquêteurs sur la piste de Jean Wilner Lalane, l'ancien militaire ayant des relations avec la Lavalas et qui est mort après l'opération de son postérieur. Lalane était un proche associé de Toussaint et un opérateur connu dans le cercle des vols de voitures qui ramènent les voitures volées de Miami par bateau et les vendent ensuite en Haïti et en République Dominicaine, selon les enquêteurs. Les voitures volées sont utilisées pour le blanchissement de l'argent provenant du trafic de stupéfiants.
Le suspect meurt
Lalane fut arrêté en juin 2000, mais il avait été blessé sur son postérieur lorsqu'il avait essayé de s'échapper. Il resta 13 jours à l'Hôpital Général de Port-au-Prince, refusant de se faire soigner, de peur d'être tué pour qu?on l'empêche de parler. Le jour où il a choisit un docteur, un de ses avocats, apparemment Jean Claude Nurd, s'est arrangé pour transférer Lalane dans une clinique privée où Alix Charles, un orthopédiste, l'a opéré. On n'a jamais pu expliquer pourquoi Lalane avait choisi les services d'un orthopédiste pour être opéré. Cependant, quand Lalane est mort, le docteur a paniqué et il a appelé Montas et le juge chargé de l'affaire. Après avoir témoigné pour la prosécution, il quitta Haïti pour un endroit secret.
Les Enquêteurs ne lésinent pas sur les mots en ce qui concerne le rôle de Charles dans l'assassinat. Certains d'entre eux pensent qu'il a fait le même travail dans le passé pour la même organisation. Initialement, la cause de la mort de Lalane, selon le certificat de décès, était une crise cardiaque. Lalane avait 32 ans au moment de sa mort et apparemment était en bonne santé. Plus tard Alix Charles changea sa version et dit à un ami, Pierre Alix Nazon, un urologiste et collègue, que Lalane était mort d'une embolie pulmonaire. Il prétend que Lalane avait l'os de la hanche déchiqueté. Les sources de la police ont déclaré que cela était faux. Le juge est apparemment prêt à charger Charles d'homicide involontaire. Des sources bien informées ont dit que Lalane était mort empoisonné, une façon très diffuse en Haïti de tuer les opposants.
Dany Toussaint
Alors que le corps de Dominique reposait dans son cercueil pendant la cérémonie funèbre qui se déroulait au stade de football, un groupe de partisans de Lavalas s'approcha du cercueil et dansa tout autour d'une façon suggestive, et en chantant des slogans contre l'opposition. Dans l'apogée de l'exitation, un des partisans a glissé une photo de Dany Toussaint dans le cercueil. Un des neveux de Dominique qui fut témoin de l'incident retira la photo. Cette action, cependant, a troublé les enquêteurs qui essaient de comprendre ce que cela signifie.
Pour certain, c'était une exhibition de Toussaint. Quel que soit la signification, c'était un geste macabre, étant donné que la plupart des haïtiens est convaincue que le Sénateur Toussaint est derrière le meurtre de Dominique. Si le juge arrive à amener le Sénateur Toussaint devant les tribunaux, il devra tester les capacités du système juridique et aura besoin certainement d'un coup de pousse de la part d'Aristide lui-même.
Toussaint n'est pas resté silencieux en face des attaques et des charges qu'on lui a imputées concernant le meurtre de Dominique. Il a même accusé la veuve, Michèle Montas, d'avoir fomenté l'assassinat. Son avocat, Jean Claude Nord, a chargé Michèle Montas d'avoir organisé les attaques contre Toussaint, pour l'empêcher de se présenter aux élections présidentielles de 2006.
Aujourd'hui Toussaint est un leader influent et populaire de Lavalas. En avril dernier, il fut accusé par le député au congrès des Etats-Unis, Dan Gilman, d'être le trafiquant de stupéfiants le plus important en Haïti. Toussaint fut élu Sénateur après avoir dépensé des milliers de dollars pour construire des stades de football dans les quartiers pauvres de Port-au-Prince -- une pratique déjà utilisée par le caïd colombien de la drogue, le défunt Pablo Escobar. Il a reçu le plus grand pourcentage de votes aux élections législatives, profitant de sa popularité parmi les jeunes, qui constituent la tranche plus importante de la population de Haïti.
Ancien officier militaire, Toussaint devint proche du mouvement politique d'Aristide au commencement des années 90 après avoir prétendu d'avoir refusé de suivre l'ordre d'assassiner l'ancien prêtre. En 1997, il fut arrêté par le Immigration and Naturalization Service (INS). Des sources à Washington ont déclaré que les dirigeants des services de renseignements, qui avaient assez de renseignements sur Toussaint ne les ont pas passés à temps au INS. Toussaint fut libéré après deux semaines.
Pour avoir soutenu une plate-forme fondée sur de sécurité publique, Toussaint a promis d'être dur envers les criminels : un engagement ironique en vue des rumeurs qui courraient sur lui sur son rôle dans le trafic de stupéfiants. L'élection de Toussaint au Sénat lui donne énormément de pouvoir en Haïti. D'abord, il jouit de l'immunité parlementaire concernant l'affaire Dominique. Même si le juge trouve assez de preuves pour le faire venir devant un tribunal en raison de l'assassinat, le Sénat est sous le contrôle de Lavalas et le retrait de l'immunité de Toussaint ne sera jamais voté. Déjà, le Sénat a entouré Toussaint d'un rempart.
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  #2 (permalink)    
Old 04-02-01, 10:58 PM
ticheri ticheri is offline
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ticheri is on a distinguished road
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Je pense que tous les visiteurs du site devraient prendre le temps de lire ou d'imprimer cet article et le faire passer à d'autres. L'article est un peu long mais, cela vaut la peine.
Ti tonton, tu devrais peut être indiquer tes sources pour rendre ton article plus crédible.
Je te remercie de m'avoir éclairée sur cette horrible et triste affaire, cela montre encore une fois comment la politique est sale et une fois de plus, ce crime révèle l'égocentrisme du président au pouvoir qui est prêt à sacrifier tous ses proches et tous ceux qui l'ont aidé à accéder au pouvoir.
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  #3 (permalink)    
Old 04-03-01, 02:25 AM
Pierre St Fleur
 
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On n'en vous croit pas à tous ces mensonges sur la mort de Jean Dominique.Dany Toussaint est innocent.
Quelques jours avant sa mort,Jean Dominique avait lancé un message au peuple Haïtien qu'il y a un coup d'état électoral qui se préparait par Léopold Berlanger au profit de la convergence.Jean Dominique avait bien dit,le but de ce coup d'état était pour déchouquer Lavalas.
Le directeur de la radio vision 2000,Léopold Berlanger a proféré des menaces de mort à l'endroit de Jean Dominique et après il a été assassiné.
Ne nous prenez pas pour des imbéciles,Dany Toussaint est innocent et Léopold Berlanger est le vrai assassin de Jean Dominique.
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  #4 (permalink)    
Old 04-03-01, 11:16 AM
nanou
 
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Saint Fleur must be on Dany Toussaint's payroll???
Take a good look at the man's history and his involvement in all kind of dirty deals and "magouilles" of the Lavalas party, drug, gun traffic, money laundering etc...
One thing for sure is that Dany Toussaint had more reasons to get rid of a man like Jean Dominique who was trying to stop corruption inside the Lavalas party than L. Berlanger.
Vision 2000 was easier to handle than Jean Dominique. Daly Valet was a small man, "ti moun devant Jean Dominique". With a little pressure and a few threats, they were able to shut him up. But Jean Dominique was one of them, he knew too much and he was not going to let anyone shut him up. The man was smart and he had strong support. The only way to get him to stop was to get rid of him.
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