Double nationalité: il faut y réfléchir!
La vie politique, économique et sociale de notre cher pays a toujours été rythmée par la diaspora. Est-il besoin de rappeler l'apport, considérablement important sur le plan économique et financier également de la diaspora. En cette période de crise, particulièrement aigue, où la plupart des bailleurs ont cessé leurs activités, les transferts de la diaspora constituent la principale transfusion qui alimente ce qui reste de l'Etat haitien.
Si cet éveil politique de la diaspora a permis à de nombreuses occasions aux Haitiens de la diaspora, de "voler" aux secours du pays, dans les moments difficiles, ces derniers n'en demeurent pas moins les délaissés de la politique haitienne. Jusqu'à ce jour, ils ne sont pas autorisés à participer aux scrutins organisés dans le pays.
Ce sentiment d'abandon, la grande déception qui a résulté de l'échec de la politique depuis 1990, sont vécus aujourd'hui par la communauté Haitienne à l?étranger comme une trahison de toute la classe politique à son égard. On se méfie alors de la politique et on se garde de prendre position. Beaucoup d?Haïtiens espéraient retrouver la nationalité haïtienne qu?ils avaient du abandonner pour causes politiques et économiques. Mais a-t-on besoin de la double nationalité ? La double nationalité pour répondre à quel besoin ?
La question de la double nationalité soulève des avis contradictoires. Il faut toutefois reconnaître que la double nationalité correspond normalement à une situation sociologique et psychologique précise: quelqu'un appartient en même temps à deux nations.
D'un côté il est partagé, mais en même temps, il réunit en soi deux pays, deux cultures. C'est bien légitime s'il ne veut abandonner ni l'une, ni l'autre. Cette situation pose néanmoins des problèmes juridiques et politiques.

J?ai beaucoup de réserves, bien que membre de la diaspora, sur la double nationalité qui est une arme à double tranchant. L'enfant peut avoir une double nationalité. Cela est possible, en vertu du droit de chacun des États; du droit de l'État du père, comme du droit de l'État de la mère. Il s'agit-là du niveau de la jouissance. Maintenant, il y a le niveau de l'exercice. Et c'est à ce niveau que l'on se prévaut ou que l'on peut se prévaloir de la nationalité haïtienne ou d'une autre nationalité. Se prévaloir, c'est vivre cette nationalité-là. C'est revendiquer cette nationalité et c'est poser des actes en tant que représentant d'un État donné; c'est donc une opération volontariste. C'est un acte de volonté et non une attitude passive. C'est une attitude où l'on agit en pleine conscience. C'est cela se prévaloir de la nationalité d'un État donné. Cela suppose une loyauté totale envers l?état dont est citoyen et ceci non pas en fonction des avantages et désavantages. Avec la double nationalité il va se poser un conflit de loyauté.

La nationalité double conduit à beaucoup d?autres complications, par exemple dans le secteur du droit fiscal ou de famille. L'Etat Haïtien est, aujourd'hui, faible dans un environnement particulièrement instable et propice à tout ce qui est irrationnel. Il m'est d'avis qu'il devrait se consolider d'abord, avant d'envisager un jour, quand l'environnement sera stable, d'évoluer peut-être vers la reconnaissance de la double nationalité. Encore faudra-t-il que la Nation soit consultée.
Toutefois je reconnais que le passeport ne fait pas l?homme. Plusieurs Haïtiens valeureux ont eu la naturalisation a l'étranger. Devra-t-on vraiment leur nier le droit d'être Haïtiens. Les liens qui leur unissent avec leur mêre-patrie sont indestructibles et imprescriptibles. Haïti a besoin de ses fils de l'extérieur. Ces Haïtiens peuvent toujours et à tout moment servir Haïti. Je trouve que la double nationalité n?a seulement que des avantages individuels tels :
-la circulation internationale de l'intéressé se trouve facilitée par la possibilité d'obtenir plusieurs passeports et de bénéficier de plusieurs protections diplomatiques;
-les droits de l'intéressé sont accrus puisque dans chaque pays il a le statut d'un national.
En cas de conflit entre la nationalité haïtienne et une nationalité étrangère, à quelle nationalité doit-on donner la préférence ? Si la nationalité haïtienne en cas de conflit est préférentielle, alors je suis d?accord. En ce cas le citoyen à double nationalité doit aussi s?attendre à une « double charge ». S?il veut jouir de ses devoirs civiques : tel la possibilité de voter, de se faire élire, il doit aussi s?acquitter de ces devoirs de citoyen comme payer les taxes etc. Dans ce dernier cas Haïti aurait un avantage dans l?acceptation de la double nationalité.