Quelles types de zones franches et de modèle de développement voulons-nous?
Mr Marc Henry si vous faîtes partie des idéologues du régime Lavallas, on ne peut que s?étonner de la légèreté déconcertante avec laquelle vous abordez un dossier aussi sensible que l?installation des zones franches en Haïti.
Premier argumentaire vous reprochez à la presse de ne pas avoir fait son travail « qui était d?expliquer à la population les grands axes du plan de plein d?emploi défini dans le programme électoral du parti fanmi lavalas ». Argumentaire incomplet.
En effet, s?il est vrai que le rôle de la presse est d?informer les citoyens sur les programmes économiques de plusieurs parties politiques au moment des campagnes électorales, ceci ne dédouane en rien un gouvernement de s?expliquer et de provoquer un débat national sur les grandes décisions qui auront une grande influence sur l?avenir d?un pays.
Force est de constater Mr Marc-Henry, que ni les citoyens, ni la presse haïtienne qui selon l?article de Colbert a été tenue discrètement à l?écart lors de la cérémonie de première pierre n?ont pu participer à ce débat. Pire, des manifestations paysannes ont été empêchées lors de cette cérémonie. Dans ces conditions, Mr. Marc-Henry, nous ne pouvons que dénoncer ce lancement en catimini du projet de zone franche dans la fertile plaine de Marie-Bahoux, sans consulter les acteurs concernés et sans ratification du parlement.


Dans la deuxième partie de votre argumentaire Mr. Marc-Henry vous mélangez plusieurs concepts tels que création d?emplois, décentralisation, mondialisation. S?il est vrai que votre diagnostic est juste, la solution que vous préconisez est loin de l?être. Avant de m?étendre sur la question, permettez-moi de dresser à l?attention des cyberlocuteurs un bref aperçu sur l?origine de la création des zone franches et sur son fonctionnement dans plusieurs pays de l?Amérique centrale.


En effet, la volonté qu'ont eu les États d'attirer les capitaux étrangers a abouti à la création de nombreuses zones franches, particulièrement en Amérique centrale. Des entreprises connues désormais sous le nom de « maquilas » ou « maquiladoras » viennent s'installer dans ces zones où elles jouissent d'avantages fiscaux importants et où la plus grande tolérance en matière de droit du travail est de mise. Dans ces zones, on observe des bas salaires, des conditions de travail lamentables, un mépris affiché des droits élémentaires des travailleurs dont la grande majorité sont des femmes et une répression systématique, déployée en complicité avec les pouvoirs publics, dès lors que des syndicats risquent de voir le jour.


Un texte en date du 4 mai 1997, signé de Pedro Ortega Méndez, secrétaire général de la Fédération textile, vêtements, cuirs et peaux - CST du Nicaragua affirmait : « Le destin du Nicaragua, de l'Amérique centrale et des Caraïbes dans ce contexte nouveau du néolibéralisme et de la globalisation de l'économie mondiale est de nous transformer en une grande zone franche pour produire des marchandises au coût des salaires du tiers monde et consommer ensuite, au prix du premier monde, ce que nous produisons. Les zones franches se sont implantées au Nicaragua à partir de 1991. Ces entreprises sont exemptées de toute imposition dans le pays et la seule chose qu'elles utilisent est une force de travail extrêmement bon marché pour les investisseurs italiens, nord-américains, taiwanais, coréens. En même temps, les gouvernements leur accordent de nombreuses facilités pour que ces messieurs n'appliquent pas les lois de notre pays. De cette façon, ils sont autorisés à violer tous les droits des travailleurs. »


Si nous ne pouvons remettre en cause ni la mondialisation, ni l?économie de marché, nous pensons fermement qu?un gouvernement a le devoir de faire des analyses approfondies et de se baser sur des études sérieuses avant d?effectuer des arbitrages hasardeux conduisant à exproprier les paysans et à sacrifier 800 carreaux de terres dans la fertile plaine de Marie-Bahoux.


Par contre Mr. Marc-Henry, nous pensons que l?Etat Haïtien pourraient résoudre les problèmes que vous citez à juste titre tels que le chômage, la décentralisation en créant des zones franches adaptées à la situation haïtienne. En effet, en matière d?établissement de zones franches, au lieu de sacrifier 800 carreaux de terres fertiles, et d?imposer aux les paysans de travailler dans une manufacture, l'Etat haïtien pourrait décider de renforcer très significativement son action dans les quartiers populaires touchés par l'exclusion urbaine. Ce qui permettrait effectivement à donner comme vous le dites à donner « aux gens de toutes les régions d?Haïti d?avoir le choix de travailler dans une manufacture ou dans l?agriculture »
Ces quartiers, bénéficieraient de dispositifs puissants visant à :
conforter ou recréer de l'activité économique par des exonérations fiscales et des exonérations de charges sociales patronales ;
favoriser l'investissement privé dans le logement locatif et l'accession sociale à la propriété,
renforcer la sécurité et la qualité des services publics.
Les renforts de policiers seraient affecter en priorité dans les zones franches afin d'améliorer les conditions du développement économique. Ces quartiers seraient des lieux d'innovation ou d'expérimentation dans de nombreux domaines et notamment ceux de l'éducation et du développement culturel.
Voilà Mr. Marc-Henry quelques pistes de réflexion que je voulais partager avec vous et les internautes de ce forum sur la création des zones franches, qui telles que conçues par le gouvernement Lavallas ne peut que provoquer chez tout intellectuel honnête révolte et colère.