Exposé Général de Son Excellence Jean-Bertrand Aristide, Président de la République, sur la Situation Sociale, Économique et Politique du Pays, à l?Ouverture de la Troisième Session Ordinaire de la Quarante-Septième Législature .- Palais législatif, le 13 janvier 2003
Excellence, Monsieur le Premier ministre,
Distingués membres du Cabinet ministériel,
Monsieur le président de l?Assemblée nationale,
Monsieur le vice-président de l?Assemblée nationale,
Distingués membres du Bureau,
Honorables sénateurs et députés de la République,
Monsieur le président de la Cour de Cassation,
Honorables magistrats,
Excellence, Monsieur le Nonce apostolique,
Distingués membres du Corps diplomatique,
Distingués membres du Corps consulaire,
Monsieur le président de la Cour supérieure des Comptes,
Distingués membres des Grands Corps de l?État,
Distingués membres des Organisations internationales,
Chers concitoyens,
Chères concitoyennes,
La Première Dame et Moi avons l?honneur de vous saluer patriotiquement.
Et qu?il nous soit permis d?adresser un salut spécial aux sept sénateurs qui ont voulu, par leur démission, libérer Haïti de cette crise dite électorale.
Exprimons ce salut spécial par une vibration de coeurs ! (APPLAUDISSEMENTS NOURRIS DE TOUTE L?ASSEMBLÉE)
Vous tous aussi, Honorables sénateurs et députés, vous avez fait des sacrifices patriotiques.
Permettez-moi de vous féliciter aussi. (LE PRÉSIDENT ARISTIDE ET TOUTE L?ASSEMBLÉE APPLAUDISSENT)
Honorables Parlementaires,
Pour avoir tant lutté contre le racisme, les Pères fondateurs de la Patrie ont contribué à l?avènement d?un monde où les êtres humains naissent libres et égaux, en dignité et en droit.
Aujourd?hui, chez nous, y-a-t-il lieu de parler d?un tissu social traversé ou rongé par les virus du racisme, des préjugés et des discriminations sociales?
Avant même d?établir un diagnostic, plus d?un peuvent se demander: Pourquoi une question si pertinente? Pourquoi se poser cette question dans cette conjoncture?
Les Nations Unies, déjà, ont organisé trois conférences mondiales contre le racisme. Le plan d?action défini au cours de la dernière de ces conférences mondiales tenue en septembre 2001, à Durban, Afrique du Sud, devra nous orienter vers l?émergence d?une société plus égalitaire.
Le racisme, en effet, se situe aux antipodes de la Déclaration Universelle des Droits de la personne, dont l?article 21 stipule: ?La volonté du peuple est le fondement de l?autorité des pouvoirs publics; cette volonté doit s?exprimer par des élections honnêtes; elles doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel...?
Nombre de scientifiques, je crois, cherchent et continuent à chercher les corrélations existants entre:
Pollution raciale et Pollution électorale.
En sécrétant le virus raciste, la pollution raciale rejette de fait le principe démocratique ?Un homme, un vote?.
Là où bon gré mal gré, on parvient à l?organisation d?élections libres et démocratiques, il incombe aux hommes et aux femmes civilisés, la responsabilité de gérer les compromis par le dialogue, empêchant ainsi que les crises électorales se transforment en pollution électorale.
Sinon des conséquences désastreuses peuvent surgir affectant non seulement les groupes ou partis concernés, mais les intérêts de la nation.
Honorables Parlementaires,
Chers Concitoyens,
Chères Concitoyennes,
Dans cette conjoncture, le Dr Price Mars, par sa mémoire et ses ?uvres littéraires, et le grand écrivain François Mauriac nous stimulent à établir un diagnostic, à la lumière d?une analyse politique objective. Mauriac, philosophe et Prix Nobel, qui, assoiffé de justice politique, épousa la cause des colonisés, trace au delà de sa mort, cette voie de l?objectivité.
Koze sa a mande chèz
Chèz pou n chita
Chita pou n reflechi
Reflechi pou n antann nou
Antann nou pou Peyi a debloke.
Kesyon deblokay sa a pa yon jwèt,
Menm si gen moun kap jwe avè l.
Dayè,
Lè se jwèt an jwèt
Kochèt konnen l pa ladan l.
Kesyon deblokay sa a se yon malè pandye.
Yon malè pandye nou oblije
Deside dekwoke e depoze demokratikman.
Ici, en 1843, nombre de nos compatriotes ne pouvaient accepter qu?un Peuple analphabète puisse se diriger vers les urnes et choisir librement ses représentants.
De 1843 à 2003, donc 160 ans plus tard, on court le risque de découvrir les mêmes réflexes et les mêmes complexes.
D?où le besoin incoercible de s?écouter, se parler, se comprendre.
En effet, la compréhension des complexes psychologiques permet de mieux analyser les phénomènes collectifs. Et bien sûr, quand la psychologie analytique scrute l?inconscient collectif, l?on peut y découvrir des mythes qui renaissent dans l?univers psychique d?un individu.
La tolérance à cultiver dans tout processus démocratique plonge ses racines à la source de ces dimensions profondes.
De 1804 à 1904, donc au cours des 100 premières années d?indépendance, Haïti a connu 19 chefs d?État. Pas un seul n?a été démocratiquement élu.
De 1904 à 2004, enfin, heureusement, dans la nuit des dictatures, surgit au cours de la dernière décennie, la première flamme de transition démocratique . Tard. Très tard. Certes, mais mieux vaut tard que jamais. L?essentiel, c?est de protéger cette flamme démocratique. Elle brille et brillera pour tous sans distinction.
Quand malheureusement, de notre environnement politique se dégage la pollution électorale, il faut s?ouvrir à la sagesse, à la maturité et à la magnanimité pour:
1) Gérer les contradictions par le dialogue.
2) Ralentir les dynamiques de radicalisation et de polarisation.
3) Calmer les tempêtes de violences susceptibles de déchirer le tissu social.
Chers Soeurs et Frères,
Conscient de mon devoir de fortifier l?unité nationale, de garantir le pluralisme idéologique et l?alternance politique, j?invite encore une fois, mes chers compatriotes à opter lavalassement pour une convergence: une convergence vers les élections.
Elections libres, honnêtes et démocratiques.
Elections à organiser au cours du 1er semestre 2003, pour renouveler les 2/3 du Sénat, la Chambre des Députés et les Collectivités Territoriales.
Elections à organiser dans un environnement de sécurité conformément à la résolution 822.
Honorables Parlementaires,
Chers Concitoyens,
Chères Concitoyennes,
En 1950, l?Amérique Centrale avait une population de 8 millions d?habitants. (Taille de notre population aujourd?hui). Pour n?avoir pas choisi la voie électorale, la violence a fait irruption et, en moins de trois décennies, les armes meurtrières ont entraîné la mort de 250.000 personnes.
En Afrique du Sud, ce fut non la violence mais les urnes qui ont finalement renversé les murs de l?apartheid et des discriminations raciales.
Tankou yon bon famasi
Konstitisyon 1987 la
Gen bon medikaman
Pou ede nou jwenn gerizon sa a.
Si konstitisyon 1806 la
Te pote anpil vitamin libète
Pou tout nèg ak nègès sou latè,
Nou pap bliye ki kantite pouvwa
Li te bay Sena Repiblik la
Pou pèmèt Petyon limite pouvwa Kristòf.
Kit se konstitisyon 1816 la, kidonk
Konstitisyon ki dire pi lontan
Pase tout lòt yo,
Kit se konstitisyon 1867 la ki te gide
Simon Boliva pou liberasyon Amerik Latin la,
Kit se konstitisyon 1946 ki te fè
Sena Repiblik la ramplase Chanm Depite a,
Pa gen youn ki te gen tan fòtifye demokrasi a
E mete l chita sou ray eleksyon
Tankou konstitisyon 1987 la.
An bon kreyòl,
Pye bèf demokratik pou pye bèf demokratik,
Nou pito pran l kay pratik
Kidonk nan eleksyon. (APLODISMAN TOUT ASANBLE A)
M wè nou reyaji, sa vle di mesaj la pase.
Alò, m ap reprann li ankò :
An bon kreyòl,
Pye bèfdemokratik pou pye bèf demokratik,
N ap pran l kay pratik.
Kidonk, nan eleksyon ! (ASANBLE A BAT BRAVO)
En fait, il s?agit là d?un choix fondamental.
En tant que Peuple libre, nous choisissons la voie pacifique et démocratique. Celle qui implique alternance démocratique, pour ainsi promouvoir justice et justice sociale; stabilité politique et croissance économique.
D?ailleurs, à l?échelle mondiale, les tempêtes économiques ne cessent de multiplier le nombre des victimes: conséquence d?une économie globalisée en lieu et place d?une économie solidaire. Depuis la crise de 1997, les marchés émergents ne détiennent que 7% du montant total des valeurs boursières alors qu?ils représentent 45% de la production mondiale et 85% de la population du globe.
Il y a moins d?un an, les pays du Mercosur ont enregistré une baisse de 41% du volume de leurs exportations. Ce qui a fait monter le taux du chômage, déjà croissant depuis la fin des années 90, à un niveau supérieur à celui de la deuxième guerre mondiale.
Au cours de cette dernière décennie, le montant de la dette extérieure des pays les moins avancés est passé de 121.2 milliards à 150.4 milliards de dollars US.
Et notre chère Haïti, au coeur de ces pathologies géoéconomiques ne cesse de réclamer la levée des sanctions économiques imposées injustement contre ses dignes Fils et Filles.
De 1998 à 2002, alors que nos exportations sont passées de 156 millions 240 mille dollars américains à 128 millions 720 mille dollars américains; nos importations ont connu une hausse énorme; de 884 millions de dollars américains, elles ont atteint le niveau record de 1 milliard et 55 millions de dollars américains.
Nan lane 2001, Ayiti achte 11,754 machin a letranje.
Nan lane 2002, kantite machin Ayiti achte ogmante a 14, 907.
Plis nou gen machin
Se plis nou bezwen gaz san bliye kewozèn.
Pandan pri gaz la vin n 2 fwa pi chè depi lòtbò dlo
Bò isit, nou santi konsekans anbago a 2 fwa pi plis.
An atandan limyè antant lan djayi pou n rale souf,
Manjezon doulè a parèt tou vif,
Lè Pèp la di tou fò:
Gaz anbago sa a tonbe dirèk dirèk
Sou flanm dife mizè a.
Ainsi, la fièvre du pétrole a provoqué une élévation de la température du corps social au dessus de la normale. Déjà, les manifestations enregistrées au seuil de cette nouvelle année révèlent, comme des symptômes, combien le corps social lutte vigoureusement contre la violation des droits économiques et contre les bactéries et microbes anti-démocratiques.
Ce, pour l?éclosion d?une santé collective: Santé économique! Santé politique! Santé démocratique! Oui, cette santé sociale dont nous avons tous besoin!
Comme le sang de chaque être humain contient 18 milliards de cellules,
Puisse chacun de nous découvrir à travers son sang,
18 milliards de cellules démocratiques.
Haïti alors jouira d?une bonne santé
Dans un monde d?où se dégagerait
Moins de pollution raciale
Et moins de pollution électorale.
À vous tous, Santé et Paix!
Merci. (APPLAUDISSEMENTS NOURRIS DE L?ASSEMBLÉE)
Président Jean-Bertrand Aristide