Pour le "sommet des pauvres", une autre Afrique est possible
Le "sommet des pauvres" qui s'était ouvert samedi dans le village malien de Siby (52 km de Bamako) s'est terminé mardi soir sur l'espoir de voir émerger "une autre Afrique", débarrassée notamment du fardeau de la dette, ont indiqué les participants.
La rencontre, organisée par la branche malienne du collectif Jubilé 2000, a rassemblé quelque 400 délégués - paysans, universitaires et responsables de mouvements associatifs - d'Afrique de l'Ouest, d'Europe et d'Haïti.
Tous ont critiqué l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le néo-libéralisme "ambiant" ou encore les "privatisations sauvages", qui, selon eux, causent du tort au continent.
Les délégués ont aussi fait une "proposition concrète" pour le financement du développement de l'Afrique.
"Pour financer (ce) développement, il faut un mode (opératoire) participatif" pouvant drainer les capitaux, mais "d'abord prendre en considération les organisations de la société civile et les Etats", a affirmé Babacar Diop, président du Conseil des ONG d'appui au développement au Sénégal (Congad) dans un document dont l'AFP a obtenu une copie.
Les financiers internationaux identifient "mal" les besoins des pays pauvres, a estimé M. Diop.
Insistant sur "l'inadaptation entre l'offre des bailleurs et la demande des populations", il a cité l'exemple d'une moissonneuse-batteuse offerte à des paysans dans un Etat africain dans le cadre d'un projet de développement. Le projet arrivé à terme, la machine a été démontée et transformée pour distiller du vin de palme, selon lui.
Plusieurs intervenants ont aussi évoqué la mobilisation de l'épargne intérieure au profit du développement, affirmant qu'"il y a de l'argent en Afrique". "Notre conviction profonde est qu'une autre Afrique est possible", a ajouté M. Diop, qualifiant d'"effets d'annonce" les "petites" mesures prises à Evian (France) par le G8 pour aider l'Afrique.
La réunion a aussi réclamé l'annulation de la dette des pays pauvres et tiré à boulets rouges sur le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad), un plan global destiné à sortir le continent de la pauvreté.
Ce plan, adopté par les dirigeants africains en 2001, fait notamment appel aux investisseurs privés des pays développés, et non plus seulement aux bailleurs de fonds institutionnels pour atteindre ce but.
"C'est un machin mal pensé par des dirigeants africains, sans réelle consultation de leurs bases", a accusé Sékou Diarra, membre de Jubilé 2000-Mali.
"Nos dirigeants demandent l'annulation de leurs dettes auprès des puissants de ce monde. Qu'ils commencent par balayer devant leur porte en annulant (les nôtres)", a de son côté suggéré un paysan de Siby.
Ces dettes ont été contractées par les agriculteurs pour cultiver, mais à cause d'une mauvaise pluviométrie, les récoltes n'ont pas été bonnes, a expliqué Samuel Camara, un des participants.
Les paysans ouest-africains ont mis dans le même sac dirigeants du G8 et gouvernements africains, tous taxés d'indifférence face à leur misère, au manque d'eau, d'écoles, de dispensaires, d'infrastructures dans leurs villages.
Le "sommet des pauvres" était organisé pour la deuxième année consécutive à Siby, parallèlement au sommet du G8 qui rassemble les dirigeants des huit pays les plus riches du monde.
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