Haïti de plus en plus proche du chaos
par Vincent Hugeux
Violence politique et rivalités suicidaires hâtent le naufrage d'une aventure démocratique
Assassinats crapuleux, meurtres partisans, paralysie institutionnelle, misère endémique: malmené par ses vieux démons, le rafiot haïtien n'en finit plus de sombrer. Seuls prospèrent, dans cette moitié d'île caraïbe, terrain de jeu favori des cartels colombiens, le trafic de cocaïne et les ambitions aveugles d'arrivistes indifférents au sort des humbles. A tel point que, cinq ans après la restauration de la démocratie par l'armée américaine, le patron de l'US Army dans la région préconise le retrait du contingent de 500 hommes maintenu sur place. Tandis que le pays pâtit, faute d'exécutif, du gel de centaines de millions de dollars d'aide étrangère.


A Port-au-Prince, l'horloge politique s'est arrêtée en juin 1997, avec la démission, sur fond de fraude électorale, du Premier ministre, Rosny Smarth. Depuis lors, le président, René Préval, a vainement soumis à l'aval de l'Assemblée le nom de quatre candidats. De guerre lasse, ce disciple de Jean-Bertrand Aristide, son mentor, prédécesseur et probable successeur, a décidé de passer outre au veto de députés dont il juge le mandat caduc pour imposer par décret le choix de Jacques-Edouard Alexis. Mais, alors même qu'un compromis se dessine, un incident replonge la capitale dans le chaos: le 16 mars, des inconnus tirent sur la voiture du chef de gouvernement pressenti. Dans les quinze jours précédents, le sénateur d'opposition Jean-Yves Toussaint et le Dr Jimmy Lalanne, orthopédiste estimé, étaient tombés sous les balles de tueurs. Le 12 janvier, la propre s?ur de Préval avait échappé à un attentat fatal à son chauffeur. Rançon de l'insécurité urbaine? Nullement: cette flambée de violence reflète aussi l'âpreté de la bataille que se livrent, moins d'un an avant le scrutin présidentiel, les deux clans rivaux issus du mouvement Lavalas, la nébuleuse aristidienne. Dérive douloureuse que doit savourer dans sa tombe le dictateur François Duvalier