Haiti Progres, 22 octobre 2003
13 octobre 2003 ouverture du Colloque international « Restitution et Développement ». En dépit de tout le gouvernement Lavalas n'entend guère lâcher prise et continue à mobiliser l'opinion publique, tant nationale qu'internationale, pour contraindre les autorités françaises à restituer...


Après avoir mis en déroute la puissante armée française, la meilleure de tout le XVIIIe siècle, les vaillants guerriers de l?armée indigène proclamèrent, aux Gonaïves, le 1er janvier 1804 l?indépendance de la Première République nègre du nouveau monde. Ces prouesses, réalisées dans un contexte géopolitique caractérisé encore par le colonialisme et l?esclavagisme, coûtèrent au nouveau Etat une terrifiante isolation sur le plan international. Finalement, métropole finit par entreprendre en 1825 une honteuse campagne d?intimidation contre la jeune République d?Haïti et força son président d?alors, Jean Pierre Boyer, à verser la rondelette somme de 90 millions de francs or comme indemnité pour la reconnaissance de son indépendance.

Cependant, le peuple haïtien a dû attendre près de deux siècles pour voir un chef d?Etat haïtien se prononcer sur cette ironie de l?histoire. En effet, le 7 avril dernier, s?exprimant à l?occasion d?une cérémonie commémorant le bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture, le président Jean-Bertrand Aristide, après avoir condamné les torts causés à Haïti par la France à travers le système esclavagiste, qui est un crime contre l?humanité, a exigé «Réparation et Restitution » de la part de l?ancienne métropole. Le chef de l?Etat a ainsi évalué à plus de 21 milliards de dollars US actuellement l?équivalent des 90 millions de francs or extorqués au gouvernement Boyer, la somme que la France doit restituer à Haïti.

Depuis l?annonce officielle de cette requête auprès des autorités françaises, les idéologues de la classe dominante haïtienne, constituée des ailes bourgeoise et féodale (macoute), tentent d?avancer toute une série d?arguties pour décrier cette initiative patriotique et nationaliste. En adoptant en outre une telle attitude, il paraît pour le moins évident que ces apatrides agissent sciemment pour ne pas déplaire à leurs patrons, principalement la France et les Etats-Unis réputés pour avoir bâti leurs empires financier et économique grâce aux fruits de l?esclavage, qui soutiennent de surcroît leurs initiatives destabilisatrices contre la population haïtienne.

L?un des arguments mis en avant par la classe dominante et ses représentants regroupés au sein de ladite Convergence Démocratique, le «Groupe des 184» et l?«Initiative de la Société Civile» (ISC), a trait à la forme utilisée par le régime Lavalas pour demander cette restitution à la France. Selon eux, l?approche du gouvernement serait démagogique du fait que les couches les plus défavorisées de la société sont associées à cette réclamation. Car ces secteurs impopulaires souhaiteraient de préférence que le pouvoir engage ce débat uniquement dans les milieux diplomatiques fermés pour empêcher la population, qui est concernée au premier chef, d?exprimer sa position sur la question.

D?autre part, comme pour se vanter de sa totale soumission aux intérêts impérialistes, cette «élite» haïtienne soutient, de manière fort aberrante, que cette forte somme d?argent que la France avait littéralement volée à Haïti, n?était pas destinée au gouvernement français mais plutôt en guise de dédommagement aux anciens colons qui avaient perdu leurs biens dans la guerre de l?indépendance. L?absurdité de cet argument vient confirmer une fois de plus la servilité à outrance de ses auteurs. Car, il est inconcevable que l?on veuille banaliser à ce point la victoire de nos ancêtres sur les anciens colons français en soutenant que ces derniers méritaient un prix pour leur déconvenue, alors que c?est l?inverse qui devait se produire.

Certains leaders de la Convergence Démocratique, tels que Gérard Pierre-Charles de l?OPL, Evans Paul de la KID et consorts, évoquent également une prétendue absence de bonne gouvernance dans le pays, pour tenter de justifier leur refus du projet de « Restitution et de Réparation » tel que présenté par le président Aristide. Ils prétendent que celui-ci utiliserait à des fins personnelles cette somme si la France consentait à la verser à Haïti. Cependant, ils auraient toujours le même comportement à l?égard de tout gouvernement qui refuserait de se soumettre aux quatre volontés de la classe dominante. Et si par malheur ils parvenaient à s?installer aux timons des affaires publiques en Haïti, ce dossier de Restitution serait vite oublié au fond des tiroirs.

En dépit de tout, le gouvernement Lavalas n?entend guère lâcher prise et continue à mobiliser l?opinion publique, tant nationale qu?internationale, pour contraindre les autorités françaises à restituer ces 21 milliards de dollars. Dans cette perspective, la «Commission interministérielle pour la Restitution et la Réparation» a organisé du 13 au 15 octobre 2003 un Colloque international baptisé « Restitution et Développement ». A l?ouverture de cette rencontre au Palais national, à laquelle participaient plusieurs officiels du gouvernement et des intellectuels haïtiens et étrangers, dont le philosophe et historien français Claude Ribbe, le président de la République a tenu à rappeler à l?intention de l?humanité ce qui s?était passé en Haïti à l?heure de l?esclavage, et à affirmer sa foi dans la recherche d?une solution à l?amiable concernant ce contentieux qui oppose le pays à la République française. « Je sais ce qui s?est passé ici. En Haïti, il y a eu l?esclavage, un crime contre l?humanité? Dans ce même esprit, le gouvernement demande à la France, amie d?Haïti, de regarder le dossier de la Restitution, d?en parler clairement pour voir ensemble comment faire naître le fruit de la compréhension? Puisse ce colloque nous ouvrir ces nouveaux jalons à la veille du bicentenaire de l?indépendance d?Haïti » a souligné le président Aristide. De son côté, Claude Ribbe, qui vient de publier aux Editions du Rocher à Paris un ouvrage sous le titre de L?Expédition, dans lequel il relate des faits relatifs à l?histoire nationale qui étaient jusqu?ici méconnus du public haïtien, a rapporté que son pays se souvient des actes ignobles commis en Haïti durant la période esclavagiste. En ce sens, il a déclaré que la France doit assumer ses responsabilités.