Par Serge Pierre-Louis
Qui était Amyot Métayer ? Qui est Odonel Paul ?
« Mais, c'est un Cubain, Madame ! » Ainsi s'exclama une passante annonçant à la mère qu'elle
venait de mettre au monde un garçon. En fait, le garçon est né à même la rue aux Gonaïves ; il
est de peau un peu plus claire que la moyenne, et en 1959/1960, la révolution cubaine triomphante
faisait un tabac en Haïti, surtout avec les jeunes Barbudos qui furent envoyés comme diplomates
défiant la police politique de François Duvalier sous les applaudissements des foules.
Amyot Métayer, produit du Lumpen, a grandi à l'ombre de Jean Tatoune et Joe Lucie, deux fameux
leaders populaires de Râboteau (le plus célèbre bidonville de la 3e ville d'Haïti) qui ont joué
un grand rôle dans la chute du régime trentenaire des Duvalier. Cubain a atteint l'âge de 42 ans
quand il est assassiné, le lundi 22 septembre 2002. Pour nous, il n'y a pas de doute qu'Odonel
Paul, son ami de vieille date, travaillant pour le régime, l'a trahi, l'a piégé, et s'est évaporé
depuis. Aujourd'hui nous n'avons pas l'intention de rester dans la période 86/90, quoique
important dans la vie de Cubain. Nous voulons vous signaler qu?en octobre ?90 une grande
coalition, particulièrement spontanée, a appuyé la candidature d?un pauvre prêtre des bidonvilles
au nom d'Aristide. On comptera Cubain et les siens parmi les Lavalassiens. Nous retrouverons
Amyot Métayer en 1998, un premier janvier aux Gonaïves. Disons tout de suite, que le mouvement de
1990, baptisé Lavalas, s'est scindé en
deux principales factions. D'un côté, l'OPL, de l?autre, la famille Aristide. La première a gardé
la majorité parlementaire. La seconde a gardé la présidence et le pouvoir réel. Amyot Métayer a
choisi l'OPL. En ce 1er janvier 1998, jour anniversaire de l'Indépendance d'Haïti, le Président
trouve très peu de gens sur la Place d'Armes pour l'applaudir. Preval s'en prend comme un
volcan en éruption à l'un de ses conseillers en communication, qui est originaire des Gonaïves.
Mais il y a une autre réalité, c'est que ce jour-là un autre leader des bidonvilles est né, qui
s'appelle : Amyot Métayer, alias Cubain.
Preval devait retourner là-bas. Pour essuyer le sang. Car la Famille Lavalas a ressenti
profondément l'affront. Cela risquait d'affecter le projet de la présidence à vie d'Aristide.
Preval devait retourner dans moins de deux mois, il devait marquer des points sur l'OPL le
principal parti ennemi. Comment ? Eh bien, il faut contrôler celui qui contrôle les bidonvilles
de la Cité de l'Indépendance. Il faut contrôler Amyot Métayer, alias Cubain. A l'aide de la même
vielille recette : Des émissaires (parmi eux Jose Ulysse) avec du cash, beaucoup de cash et des
promesses.
Depuis lors, Amyot Métayer, alias Cubain travaillait pour la Famille. Et Cubain, en plus d?être
un leader populaire devint un puissant personnage de la région. Il plaça dans les différentes
boites de l'administration publique ses amis et partisans : CNE (un organisme à gros sous crée
par le régime sans aucun cadre juridique), APN, les Douanes, la DGI etc. Il a même nommé, à peine
évadé de sa prison dorée, un nouveau représentant de l'Exécutif dans la région : l'actuel
Délégué, Ketlyn Télémaque. Cubain devint si puissant qu'il ne tolérait pas de compétition. Il a
un jour flingué (21 janvier 2002) Guy Poupoute, un moins célèbre leader populaire de Décawau, un
autre bidonville des Gonaïves. Pour cette tentative d'assassinat, l'Exécutif fut forcé de lui
offrir la prison dorée, dans la capitale, à l'intérieur de laquelle prison, il signa, le 13 Mars
2002, un accord de paix, accord co-signé par une commission présidentielle. Le 14, c'est-à-dire,
dans moins de 24 heures, c'est une cour d'appel des Gonaïves qui acquitte Guy Poupoute. Ensuite,
le pouvoir fut forcé de transférer Cubain dans une prison des Gonaïves. Et pour mettre le plan à
exécution, le pouvoir donna les bulldozers aux partisans de Cubain afin de casser les murs de la
prison.
2 août 2002. Cubain est libéré. Le pouvoir emploiera sans tarder un grand nombre d'avocats et de
juges pour qu'ils l'innocentent définitivement. Cependant, à cause de sa participation (que
lui-même, Cubain et ses proches avaient confirmée), l'OEA dans une résolution !- a réclamé
officiellement son arrestation. En lieu et place, Amyot Métayer, alias Cubain est exécuté dans la
nuit du 22 septembre 2003. Connaissant les conséquences d'un tel assassinat, Aristide l'aurait-il
entrepris sans l'assentiment de César Gaviria de l'OEA, ou mieux, sans le consentement de James
Foley, le tout nouvel ambassadeur US en Haïti? (à suivre)
Serge Pierre-Louis Jacmel 04-10-03