Voici un article paru dans le magazine français L?Express:
VERS LE CHAOS
"Deux cents ans, et tout ce sang... Le 1er janvier 2004, Haïti n?aura guère le c?ur à fêter le bicentenaire du premier Etat noir indépendant, né au lendemain de la déroute d?un corps expéditionnaire venu, sur ordre de Napoléon, rétablir l?esclavage dans cette colonie indocile de la Caraïbe. Défié par les élites et les campus, le président Jean-Bertrand Aristide s?échine à étouffer la rébellion, quitte à lâcher des cohortes de « chimères », nervis recrutés dans les bidonvilles de Port-au-Prince. En trois mois, on a dénombré au moins une trentaine d?assassinats politiques. De Cap-Haïtien (nord) à Jacmel (sud-est), la province gronde elle aussi. A Gonaïves, la « cité de l?indépendance », la liquidation en septembre d?Amiot Métayer, chef d?un gang jusqu?alors acquis au régime, a plongé le quartier de Raboteau dans l?insurrection. D?autres défections minent le pouvoir. Deux ministres, outrés par la brutalité de la répression, ont démissionné.


L?ambassadeur à Saint-Domingue a fait de même. Tandis que deux sénateurs, dont l?influent Dany Toussaint, quittaient avec fracas le mouvement Lavalas, socle de la nébuleuse aristidienne. Celle-ci parvient encore à mobiliser les gueux et les dés?uvrés, sourds aux appels du « groupe des 184 », mosaïque émanant de la société civile, où le patron prospère côtoie le syndicaliste paysan ou la militante féministe. Mais il ne suffit plus, pour le prêtre défroqué, de miser sur les traditions fractionnistes de l?opposition. Seule une fuite en avant violente peut sauver un mandat censé courir jusqu?en 2006. L?ancien curé salésien n?a pas renié que ses v?ux. Il a aussi bafoué les promesses semées jadis au gré d?homélies incandescentes. Si le « messie des pauvres » vacille sur son piédestal, la misère, elle, se porte à merveille. Tout comme la corruption, le chômage, le sida et le trafic de cocaïne. L?élu populiste a vidé de leur sens les valeurs dont il truffe ses harangues. Justice, dignité, démocratie, fraternité, tolérance : tout ici sonne creux. L?espérance de vie du Haïtien atteint à peine 50 ans. Celle du régime se compte en mois. Aristide symbolisait l?espoir d?un peuple asservi. Il incarne la dérive despotique d?une clique guettée par l?autisme. Lui ou le chaos, menace le dernier carré des fidèles. Lui et le chaos, rétorque la rue."


Vincent Hugeux
Jusqu'à présent, les haitiens capables de mener leur pays vers un avenir meilleur ont du aller trouver ailleurs ce pour quoi ils auraient pu se battre chez eux. Résultat ? Le pays privé de ses vraies élites senfonce dans la médiocratie. Le départ d'Aristide va-t-il rompre avec cette malédiction ? J'espère de tout coeur. C'est le voeux que j'offre à tous mes compatriotes...
Zenglendo