Extrait de la plaidoirie défendant un des ex-ministres de la période d?occupation d?Haïti 1995-2004. Après le départ du pouvoir de La-chose-Aristide, en mars 2004, les élections libres de mai avaient conduit à la mise en place rapide du procès, sous contrôle international des crimes commis sous ce régime.
12 sept 2004, Port-au Prince
Plaidoirie pour défendre Lilas Desquiron
« Oui, Mesdames et Messieurs les jurés, oui ma cliente reconnaît avoir fait preuve de ce que les Juifs appellent la « haine de soi », ce curieux sentiment qui conduit à dénigrer sa propre communauté, son propre sang, sa propre famille. Oui, la mulâtre Desquiron, mettant en cause les mulâtres dans les derniers jours de l?occupation de notre pays par le trafiquant de drogue La-chose-Aristide, les désignant à la vindicte sanguinaire des gangsters au service de l?occupant, s?est rendue coupable à la fois d?incitation à la haine raciale et de trahison. Mais pour autant je demande au tribunal de lui pardonner, et même de la laisser repartir libre de cette enceinte dès aujourd?hui. Voici pourquoi, Mesdames et Messieurs les jurés :


Notre pays, déjà pauvre, fut conquis par les trafiquants de drogue américains - dont La-chose-Aristide était le mandataire - il y a quelques années, dans l?indifférence internationale. Les trafiquants de drogue américains surent même "persuader" le gouvernement de Bill Clinton et l?ONU de le replacer, étant l'un des leurs, à la tête du pays, et ce avec débarquement de troupes, et mise sous tutelle du pays. La-chose pour asseoir son occupation du sol haitien su "comment" se trouver, dans les bidonvilles comme dans les beaux quartiers, des collaborateurs, comme madame Desquiron. Poursuivant l'oeuvre destructrice de son précédent embargo, La-chose creusa encore le niveau de vie, empêcha l?aide internationale, truqua les élections, dressa nos compatriotes les uns contre les autres, détruisit l'économie, racketta la population et commis les meurtres en série des plus macabres que l?on sait. Mais aujourd?hui, l?heure est enfin à la RECONSTRUCTION, et pour cela TOUS les bras, mêmes tachés de sang, sont utiles, TOUTES les têtes, même aux pensées perverses, sont NECESSAIRES. Et c?est pour cela que je demande au tribunal de laisser libre, dans le cadre des PRIORITES de la nouvelle, réelle et urgente démocratie haïtienne, Madame Desquiron, qui saura se rendre utile, qui restera libre de penser ce qu?elle veut, à la seule condition que plus jamais, au risque cette fois-ci d?un nouveau jugement aux sanctions douloureuses, elle ne se laisse aller à des paroles aussi irresponsables que nauséabondes conduisant à la méfiance, à la violence, à la haine entre Haïtiens. »



On vit alors l'avocate de Mme Desquiron se tourner vers sa cliente et rajouter:
-Si prochaine fois il y a vous vous trouverez une autre défense. Je fais ceci aujourd'hui, pour Dieu, pour mon pays et en souvenir de feu votre s?ur Mikal, dont je fus l'amie, et qui fut la mienne.
Mag MagPeriod
Paris, 14 Janvier 2004
Barnasa + Leutias + Agla