Un retournement de la tragédie ,«Ni rire, ni pleurer, comprendre »
L?ex-président Jean-Bertrand Aristide porte une lourde responsabilité dans la crise qui a secoué Haïti. Mais l?alliance implicite entre l?opposition ? la Plate-forme démocratique ? et les forces paramilitaires liées à la dictature de M. Raoul Cédras (1991-1994) laisse mal augurer de l?avenir. D?autant que les conditions dans lesquelles a été évincé, le 29 février, le président élu apparentent l?opération menée par les Etats-Unis, avec la collaboration de la France, à un coup d?Etat.
Par René Depestre
Ecrivain haïtien né en 1926, auteur, entre autres, de Comment appeler ma solitude, Stock, Paris, 1999.
« Ni rire, ni pleurer, comprendre » (Spinoza)
Je m?appelle René Depestre. Je suis un écrivain franco-haïtien peu connu dans son pays natal. Une fois seulement il m?a été donné de prendre une part directe à ses affaires civiques. Cette année-là, en 1946, le journal La Ruche fit briller un espoir de renouveau démocratique aux horizons déjà comateux des droits de l?homme et du citoyen. Après l?échec de ce combat de ma génération, pour tenir la route en de multiples ailleurs d?Haïti, j?ai dû m?ajouter d?autres racines avant de trouver, à l?âge de vieil homme, un terreau d?enracinement en France.
Sur fond de cruelle inhumanité, mon pays d?origine est un appel au secours. Je n?ai pas pour autant de leçons à lui donner. Retiré dans le Sud-Ouest français, je ne prétends pas dicter de si loin leur conduite à des femmes et à des hommes démunis, aux Caraïbes. L?humilité, le respect, la compréhension d?autrui inspirent mon regard responsable sur le calvaire haïtien.
Le SOS qui m?obsède n?est pas celui que les Etats aux abois adressent d?habitude au Fonds monétaire international (FMI) ou à la Banque mondiale. Ce n?est pas non plus le tocsin que la Maison blanche ou les Nations unies entendent à leurs portes. Un tiers d?île des Amériques, en proie à toute la désolation du monde, répercute sa détresse dans la conscience même des humanités s?urs de la planète.
LE MONDE DIPLOMATIQUE | avril 2004 | Pages 6 et 7
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/04/DEPESTRE/11130
LEVE KANPE POU NOU FINI AK DIKTATI LAVALAS LA ! AK ENPINITE ! AK LA MIZE OGANIZE !