Le projet secret de Gérard Latortue.
Le vingtième siècle qui a fait l'éloge du cartésianisme a semble-t-il négligé les impulsions humaines. Ce qui rend presque insaisissable le phénomène du populisme.
Haïti vient de vivre 50 ans de populisme. Duvaliérisme/lavalas (colorisme), bilan : un pays ingouvernable. Les institutions étatiques sont en dysfonctionnement. Nous vivons sous le règne des lois claniques : lois de ceux qui l'emportent sur la constitution et les lois organiques des institutions haïtiennes. Ce qui a pour corollaire : un cynisme de caste au profit de projet secret. Des projets à conséquences incommensurables.
Cynisme de caste
Les dirigeants, les élites de ce pays, ignorent la misère de leurs concitoyens. Les dix ans de souffrance des soldats haïtiens et de leur famille n'ont pas d'importance. L'insécurité ne pose pas de problèmes quand les victimes sont des quartiers populaires ou de villes de province. Avec environ 300 cadavres en moins de 2 mois, le gouvernement de transition continue d'ignorer l'une des solutions nationales les plus plausibles : intégrer les militaires démobilisés dans une force armée intérimaire (FAI) pour combattre les guérillas urbaines.


Dans une logique de mépris des lois haïtiennes et de la Constitution du pays, des haïtiens qui se croient différents d'Aristide refusent d'intégrer pleinement les militaires haïtiens dans leur fonction de sécurité nationale. Ils confondent l'institution et les militaires qui ont commis des infractions. Tous ils ont les mêmes arguments : l'armée était répressive ; elle avait organisé des coups d'Etat ; je suis une victime de cette armée ; j'ai eu des points de suture etc. Ceux qui pensent pouvoir diriger Haïti ont deux positions sur un même sujet. Il faut nettoyer la Police Nationale des criminelles d'Aristide et détruire l'institution de défense nationale prévue par la constitution haïtienne que sont les Forces Armées d'Haïti.


Ces allégations justifient l'incapacité des élites haïtiennes à transcender, avoir une dimension étatique essentielle à une bonne gouvernance. D'où la nécessité de mettre sous tutelle cette république bananière qu'est Haïti. Ainsi, malheur à ceux qui se fient à nos élites ; malheur à ceux qui les croient différents
d'Aristide qui voyait en l'armée militaire non une institution étatique mais outil de projet personnel.
Le danger du militarisme
Les directeurs d'opinion de la capitale haïtienne qualifient de militaristes ceux qui sont pour les Forces Armées d'Haïti. Sans
doute, l'observateur averti était surprit quand une présentatrice de grand dossier avait demandé à un professeur de droit constitutionnel son opinion en tant que militariste. Un constitutionnaliste peut-être militariste. Cependant être constitutionnaliste n'insinue pas le militariste. Le constitutionaliste est institutionnaliste. Il est pour le renforcement des institutions prévues par la constitution. Il n'est pas un anarcho-populiste. Il ne cherche pas à détruire ou à ignorer
les institutions de son pays pour les remplacer par des bandes à sa solde.
Le militarisme qui est définit par le dictionnaire hachette comme une ``opinion, tendance de ceux qui sont favorables à l'influence des militaires, de l'armée''. Aucun progressiste, homme du 21e siècle ne saurait proposer le militarisme en Haïti.
Paradoxalement, ce sont ceux qui sont contre les FAD'H (Forces Armées D'Haiti) qui préparent la montée en puissance d'un pouvoir militariste. Comme la cohabitation Chirac-Jospin à favoriser l'émergence du Front National de Jean-Mary Lepen, le cynisme des élites qui refuse la solution appropriée pour combattre la guérilla lavalassienne facilitera la prise du pouvoir par une figure militaire connue pour sa fermeté et son intransigeance à l'endroit des criminels d'Aristide. Bush vient d'être réélu grâce aux menaces d'Al qaeda.
Une bourgeoisie anarcho-populiste.
Le désenchantement de la bourgeoisie haïtienne et la confusion coloriste qui considère tout mulâtre membre du secteur des affaires,
comme riche, débouchent sur une confusion idéologique. Des mulâtres pauvres se prennent pour riches. Des anti-bourgeois à peau claire représentent le secteur des affaires. Les dictatures coloristes de cette fin de siècle entraînent la classe possédante dans une
absence de triture politique. Pour faire face à Jean-Bertrand Aristide, la bourgeoisie haïtienne a fait appel à des activistes de gauche qui se connaissent en subversion, campagne politique, agitation, etc.


Comme conséquence, l'approche sécuritaire de la bourgeoisie mondiale n'est pas pour Haïti. A force d'être guidée par des activistes marxiste-léninistes, gauchistes et/ou anarchistes, le secteur privé haïtien, authentique représentant de la bourgeoisie, adopte des positions anarcho-populistes sur plusieurs dossiers. Cette approche écarte les militaires haïtiens, leur service et le caractère constitutionnel de leur revendication. Pourtant, originellement, la Justice, la sécurité, la défense nationale, les infrastructures sont les exigences du secteur des affaires. Alors que l'approche institutionnaliste ? balance armée/police -, le respect des lois est la garantie de toute économie, la bourgeoisie haïtienne se fie aux ``brigades vigilance'' et à une police nationale composée en majorité de membres d'organisations populaires qui ont appris à
haïr les possédants au nom de la révolution. Cette approche est suicidaire.
Retour au populisme et/ou au Néo-noirisme
Le retour du secteur des affaires sur la scène politique après les 50 ans de noirisme est une bonne chose. C'est prometteur de voir des hommes d'affaires affichés leur position politique publiquement au lieu de se cacher derrière un président de doublure. C'est mieux pour la démocratie et le développement de l'Etat-nation.
Cependant il ne faut pas oublier que le noirisme à succéder au mulâtrisme du Président Elie Lescot. Même quand des membres du secteur privé haïtien se retranchent dans des organisations de société civile pour cacher leur action politique, l'homme de la rue ne se trompe pas. A chaque décision impopulaire, il accuse l'homme d'affaire Andy Apaid et ses pairs. Aux yeux de l'haïtien ordinaire, le pouvoir de transition est aux mains de la bourgeoisie haïtienne.
Des secteurs de la classe politique sont du même avis. Ils semblent alimenter ces rumeurs tout en se montrant partenaires du secteur privé. Dans un double jeu des éléments de la classe politique préparent leur bouée de sauvetage en cas d'échec de la transition.
Aussi, le concept technocrate utilisé pour qualifier l'équipe en place ne sera pas sans conséquence. Le gouvernement de transition fait piète figure. Pour répéter implicitement les Ambassadeurs américain et français « le gouvernement Alexandre-Latortue ne fait pas preuve d'efficacité ». Jusqu'à présent ils sont loin d'être à la hauteur de leur mission.
L'échec de la transition aura des conséquences sociopolitiques néfastes. L'opinion publique questionnera l'utilité du secteur privé haïtien et la performance des technocrates au pouvoir. La bourgeoisie haïtienne, les intellectuels du ``Groupe des 184'' et spécifiquement l'équipe du Professeur Leslie François Manigat en feront les frais.
Pourquoi Manigat ? Parce que son équipe est le symbole le plus parfait des technocrates au pouvoir. Des jeunes ne cessent de regretter le coup d'Etat du Général Henri Namphy contre le Président Leslie Manigat. Ceux qui croient travailler de la sorte pour le compte du professeur peuvent lui rendre les choses plus difficiles que prévues.
Alors ne soyez pas étonnés de voir la résurgence du noirisme, un noirisme d'après guerre froide, ``démocratique''. À la faveur d'un discours sécuritaire, populiste, anti-mulâtre, anti-technocrates, Haïti pourrait faire face à un néo-noirisme.
Est-ce le projet secret de Gérard Latortue ? Travaille-t-il pour le compte du black caucus ?
Compte-il récupérer les chimères d'Aristide pour un projet noiriste Black Caucus/CARICOM ?
Pourquoi ignore t-il toutes les possibilités de solution nationale ?
Cherche-t-il à affaiblir l'Etat haïtien pour la mise sous tutelle annoncée, dans le but d'annexer Haïti à la Floride à titre d'Etat-associé noir américain ?
Que veut-il? La continuité de la politique anti-FAD'H d'Aristide ne vise t'elle à détruite la défense nationale à ce dessein ?
Dans quel but autorise-t-il des recherches sous-marines le long des cotes haïtiennes ?
Pourquoi AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique) finance t-elle des recherches souterraines en Haïti ?
Conclusion
En huit (8) mois le gouvernement Boniface-Latortue n'a fait que tuer l'espoir du peuple haïtien. Rien n'est fait. L'insécurité bat son plein. Le premier ministre continue de faire des déclarations irresponsables. Il protège les corrompus lavalas de l'administration publique, conserve les juges et Commissaires du gouvernement d'Aristide et s'acharne contre les membres de l'armée d'Haïti.
Le Bureau de Gestion des Militaires démobilisés (BGMD) est une sinécure. Alors que M. Latortue avait déclaré qu'à partir de la création de ce dit bureau les militaires haïtiens seront sous la tutelle du Conseil Supérieur de la Police National d'Haïti CSPNH avec pour tache des ``missions et services spécifiques'' ; le premier ministre continue d'ordonner la MINUSTHA d'harceler et d'humilier nos soldats qui ne sont pas autorisés à aider les sinistrés aux Gonaïves, à défiler dans les rues pour la célébration de la Bataille de Vertières.
Dans la presse, la PNH leur nie tout droit. Le gouvernement ne respecte pas ses décisions. Le conseil des ministres n'est qu'une caisse de résonance au service de Gérard Latortue et de son projet secret.
Ce 18 novembre 2004, dans une déclaration préenregistrée, le président Boniface Alexandre a ignoré les lois sur les Forces Armées d'Haïti. Pour le président de la cour de cassation, il n'y a aucune loi cadre sur le fonctionnement des FAD'H, l'institution la plus vielle du pays. Quelle curiosité !
Comme Jean-Bertrand Aristide nos gouvernants continuent de manipuler l'opinion publique par le mensonge. Au lieu de miser sur des résultats ils croient pouvoir réaliser leur projet secret grâce à des man?uvres politiciennes.
A ceux qui supportent ces genres de pratiques anti-institutionnelles nous disons : en 1991, beaucoup appuyaient Aristide dans ses man?uvres contre le FNCD (Front National pour le Changement et la Démocratie) ; en 1995 ils étaient d'accord avec la démobilisation des FAD'H ; avec le prête dictateur ils disaient en ch?ur que ``le Père Lebrun est une nécessité de justice sociale''; finalement leur extermination a failli être aussi un passage obligé pour ``2001 ka bon'' ( pour que l'année 2001 soit prospère).


Comme leçon nous exhortons nos concitoyens à ne plus supporter les gouvernants dans leurs man?uvres illégales et anti-constitutionnelles. Qui connaît les vrais motifs d'un pouvoir en place ? Le Doyen Charles Manigat déclare souvent : ``personne ne rentre au Palais national avec l'idée d'en sortir un jour''. Qui connaît le projet secret de Gérard Latortue et de Boniface Alexandre ? Le populisme n'offre t-il pas une hégémonie politique enviable ? Quand ce qui est simple pour l'homme de la rue parait impénétrable aux technocrates, on a le droit de se demander s'il n'y a pas là un projet secret.
Cyrus Sibert
Cap-Haïtien, Haïti
22 novembre 2004