Une diaspora incontournable :

Evans Paul se dit convaincu que tous ceux qui briguent la présidence doivent absolument courtiser les Haïtiens qui élisent domicile au Canada. S'il admet que la majorité de ces Haitiens-Canadiens ne disposent pas pour l'instant de droit de vote, K-Plume se dit intéressé pour le moment, «par leur savoir et par leurs avoirs». Mais au-delà de leurs compétences professionnelles et de leurs capitaux, l'ex-maire énumère les nombreux atouts de cette diaspora, des atouts, dit-il, qui ne sauraient laisser indifférent aucun leader sérieux et crédible : « Dans cette diaspora, ils peuvent jouer un rôle important, ils peuvent influencer le vote étant donné qu'ils ont de la famille en Haïti. Ils peuvent contribuer financièrement, ce qu'ils ont commencé à faire. Ils peuvent apporter des idées qui peuvent se révéler cruciales dans l'élaboration de nos programmes politiques. Ils peuvent même influencer le gouvernement canadien dans ses prises de décision à l'égard d'Haïti, alors ils sont des partenaires et représentent un secteur incontournable dans la perspective de la compétition électorale d'une part, et dans notre vision de gestion rationnelle du pays après les élections, de l'autre».


Le but de cette tournée nord-américaine :


Cette tournée qui doit aussi conduire le chef du KID dans la diaspora etatsunienne a donc démarré au Canada par un souper-causerie qui s'est tenu vendredi soir au 7301 de l'Ave Henri Bourassa au Buffet Prima Luna. K-Plume y a fait salle comble à $100 CAN le billet en dépit de l'animosité d'une vingtaine de lavalassiens qui faisaient le pied de grue et qui ont été tenus à distance par la police. Dans l'assistance, les gens voulaient surtout savoir davantage sur le profil d'un éventuel gouvernement Evans Paul, et quelles pistes de solutions qui émaneraient d'une gouvernance qui porterait l'empreinte du KID. L'ex-maire, connu pour son art oratoire, n'a pas pris de temps pour convaincre son auditoire. Pour l'heure, Évans Paul dit mettre «la dernière main» en vue de constituer ce qu'il appelle «une équipe gagnante». Dans la même lignée, il se dit favorable à la possibilité «de nouer des alliances», mais «pas avec n'importe qui, pas avec n'importe quels groupes ou entités dont la force ne représente pas grand'chose sur l'échiquier politique actuel», a-t-il tenu à préciser.


Les 100 premiers jours d'un gouvernement Évans Paul ?
Quant à ceux qui affichent une certaine frilosité à l'idée de voir Évans Paul accéder à la magistrature suprême du pays, le leader du KID tente de mettre les sceptiques de son bord en levant le voile sur les actions d'éclat qui ponctueront les 100 premiers jours de son éventuel gouvernement. À en croire l'ex-maire, «les cent premiers jours seront caractérisés par ce que nous appelons au KID -des gestes de bonne volonté-. Il y a une telle méfiance en Haïti que si dans les cent premiers jours il n'y a pas une amélioration visible dans certains aspects du quotidien de l'haïtien, on sera incapable d'adresser les problèmes qui exigent davantage de temps et de planification».
Il entend par gestes de bonne volonté : «des mesures concrètes en termes d'assainissement, de nettoyage des rues ; l'amélioration de la sécurité publique ; l'amélioration des conditions de transport de la population, entre autres».
Selon Évans Paul, en s'attaquant avec succès à des dossiers de ce genre qui touchent directement à la vie de chaque Haïtien, cela va éviter à son éventuelle «équipe gagnante» d'improviser dans la gestion de certaines problématiques dont les résultats seront plutôt visibles à moyen et à long terme : «cela va nous donner du temps pour travailler sur d'autres problèmes structurels tels l'éducation, la santé, l'environnement, la création d'emplois qui demanderaient beaucoup plus de temps que 100 jours», a-t-il calculé.
Ottawa et la candidature d'Évans Paul ?
Sans se prononcer ouvertement pour ou contre tel ou tel candidat, le gouvernement de Paul Martin semble ne pas faire grise mine au leadership de l'ex-maire de Port-au-Prince. La présence du conseiller spécial du Premier ministre du Canada pour Haïti Denis Coderre à cette soirée partisane du KID est absolument évocatrice à ce sujet. La question saute aux yeux puisque lors du souper-causerie organisé récemment au Buffet Le Mirage à l'occasion du passage du leader du RDNP au Canada, aucun representant officiel du gouvernement canadien n'y était. Signalons en outre que le député-ambassadeur Denis Coderre n'était pas seulement présent à titre d'illustre invité mais il a également fait un discours de circonstance. Est-ce à dire que les relations publiques du KID sont plus efficaces que celles du RDNP, l'avenir nous le dira !



Enfin, dans cette communauté forte d'un peu plus de 150 mille personnes, il faut mentionner que bon nombre de Canadiens-Haitiens interrogés apprécient le fait que les candidats à la présidence reconnaissent le fort potentiel économique et politique de la diaspora. Et le fait que ces derniers, toutes tendances confondues, se donnent la peine d'atterrir ici pour donner un aperçu de leurs programmes, laisse comprendre que la promesse de la double nationalité, si chère à aux expatriés d'ici et d'ailleurs, sera réglée dans un avenir pas trop lointain.
Donald Jean
Montreal, Canada
Infohaitinet
dondjie@hotmail.com
Lundi 11 juillet 2005