Entre l'indiférence des médias étrangers et l'exploitation à des fins commerciales de la Presse Haïtienne "en diaspora"


J?ai revu et revu les photos du cadavre de Jacques Roche. J?en ai discuté à plusieurs reprises avec mes collaborateurs Julio et Jean-Monard. Faut-il « poster » ou non ces photos sur notre site internet ? D?autres confrères l?ont déjà fait mais ce matin j?hésite encore ce matin entre le devoir d?informer et l?obligation morale de ne pas exploiter à des fins commerciales le brutal et lâche assassinat d?un confrère. Informer. Oui, il le faut. Mais, informer à quelle fin ? Quel public ? Les haïtiens en diaspora ? Mieux vaut ne pas en parler car la diaspora haïtienne est beaucoup plus divisée sur ce qui se passe à l?intérieur. La presse haïtienne de la diaspora pourrait-elle jouer un rôle par solidarité avec ces « braves » de l?intérieur. Paresseuse et incompétente (dans sa majorité) malheureusement, elle ne fait que « consommer le travail et la bravoure » des centaines de journalistes qui, quotidiennement et aux risques de leur vie, affrontent avec leur plumes, leur caméras et leur microphones tous ceux qui ont la licence de tuer. Ce matin encore, sur plusieurs stations haïtiennes, la reprise des émissions de Radio Kiskeya, de Caraïbes consacrées à l?assassinat de Jacques Roche. Aucun commentaire- Aucune prise de position. Entre deux segments d?info présentés par Lilliane : le temps de glisser de préférence 4 ou 5 spots publicitaires. « Journalis endepandan ap mouri an Ayiti, Nèg ap fè lajan sou do yo pa bò isit?. Pourtant, ces « colons de la globalisation » sont des professeurs de « morale » qui prêchent toujours l?entraide et la solidarité.

« Poster » la photo du cadavre de Jacques pour sensibiliser la presse internationale ? la presse américaine tout particulièrement ? la porter à jeter un regard sur cette descente aux enfers que notre pays ? Malheureusement pour nous, « l?internationale » est trop préoccupée par les attentats meurtriers de Londres, les explosions en cascades de bombes à Bagdad, une reprise des hostilités contre les forces américaines à la frontière entre le Pakistan et l?Afghanistan. Ici aux Etats-Unis, l?affaire Karl Rove et la démission de Sandra O?Connor, la santé fragile du juge William Renhquist sont des dossiers beaucoup plus importants que des « haïtiens qui s?entredéchirent ».


L?assassinat de Jacque Roche ne sera pas « ce crime de trop » comme l?espèrent ses proches. Même sur le plan intérieur, cet assassinat sera exploité politiquement par tous les secteurs. Et n?oubliez pas, les élections chez nous, c?est dans quelques mois. La principale priorité des « amis d?Haïti ». Si on est candidat à la présidence, il faut faire très attention à ses prises de position car le « blan an pale kreyòl tankou rat ». Tony Blair qui acceullait le 7 juillet dernier la réunion annuelle du G8 en Ecosse regagnait Londres pour s?addreser à la Nation après les attentats. Notre premier ministre a pris une position publique sur le « macabre assassinat » de Jacques Roche lors de la traditionelle réception du 14 juillet chez l?Ambassadeur de France. La Secrétaire de la Communication Mme Magalie Comeau Denis avait réagi certes au nom du gouvernement mais dans toute société qui se veut démocratique quand un journaliste indépendant est ligotté et assassiné,



il incombe aux autorités responsables au plus haut niveau de se prononcer. Pas à travers des notes de presse (présidence) ou dans un discours au Manoir des Lauriers. Tony Blair avait tous les moyens technologiques à sa portée pour s?addresser à ses concitoyens mais il avait choisi d?être sur place. Mais heureusement pour notre Premier Ministre, « n?étant pas un politicien », il peut se permettre de tout.
A ces braves de la presse haïtienne de l'intérieur, à tous ceux qui s'engagent politiquement à l'intérieur, du courage je vous souhaite. Vous êtes les vrais héros de la cause haïtienne.
Yves Cajuste