Enlevé dimanche 10 juillet dans un quartier du centre de Port-au-Prince, le journaliste et poète haïtien Jacques Roche a été assassiné par ses ravisseurs. Son cadavre menotté et portant des traces de tortures a été retrouvé jeudi 14 juillet, non loin du Bel-Air, l'un des fiefs des gangs armés qui réclament le retour de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide.
"Les ravisseurs réclamaient 250 000 dollars. La famille et les amis de Jacques ont pu en réunir 10 000, qu'ils ont versés, mais ça ne leur a pas suffi" , raconte Claude Moïse, un responsable du quotidien Le Matin , dont Jacques Roche dirigeait la partie culturelle.
Selon plusieurs de ses confrères, il pourrait avoir été visé pour des raisons politiques, car il avait animé une série d'émissions de télévision pour le compte du Groupe des 184, un rassemblement d'organisations de la société civile qui avait joué un rôle moteur dans la mobilisation contre Jean-Bertrand Aristide avant son départ en exil en Afrique du Sud, et collaborait avec le Papda, un groupe altermondialiste.
Il y a moins d'un mois, Nancy Roc, journaliste vedette de Radio Métropole, avait dû se réfugier à Miami, après avoir été menacée d'enlèvement. Cinq jours avant son départ, Richard Widmaier, le directeur de cette station de radio, avait échappé de justesse à une tentative de kidnapping. Le jeudi 14 juillet, Elysée Berlince, un technicien de Télé Haïti, a été enlevé par des inconnus armés avant d'être libéré grâce à l'intervention d'une patrouille de la police.
BILLES DANS LE PÉNIS
[ WARNING: Graphic Uncensored Image Here]
Souvent accompagnés de sévices, les enlèvements se sont multipliés depuis janvier. Plus de 200 ont été dénombrés au cours des deux derniers mois. Plusieurs victimes, comme l'employé de la Croix-Rouge Joël Cauvin, le cardiologue Jean-Michel Guérin ou l'ingénieur Eddy Labrousse, âgé de 71 ans, ont été assassinées.
Les femmes enlevées sont fréquemment violées. Lorency Cavalier, une jeune femme libérée après le versement d'une rançon par sa famille, est morte des suites des mauvais traitements qui lui ont été infligés. Début juillet, une employée de banque s'est suicidée peu après sa libération après avoir été sauvagement violée par ses ravisseurs.
Des photographies d'Emmanuel Coriolan, alias "Dom Laj", un chef de gang tué en juin par la police, confirment que certains preneurs d'otages se sont fait incruster des petites billes métalliques sous l'épiderme du pénis, provoquant de graves hémorragies à leurs victimes. Face à la dégradation des conditions de sécurité, les autorités britanniques ont annoncé la fermeture de leur ambassade à Port-au-Prince. Les familles qui en ont les moyens fuient en direction de la République dominicaine voisine ou de la Floride.
Pour le président de la chambre de commerce, Reginald Boulos, il ne fait pas de doute que Jean-Bertrand Aristide est le responsable de la vague de violences qui ensanglantent Haïti depuis le déclenchement, en octobre 2004, de l'opération Bagdad, qui a fait depuis plus de 700 morts. "Il s'agit d'un tsunami criminel planifié et financé de l'extérieur" , soutient M. Boulos.
Jean-Michel Caroit