Journée d?accrochages et d?activités mafieuses des bandes armées au nord et au sud de Port-au-Prince
Des affrontements entre groupes rivaux auraient fait un mort à Martissant ; des entreprises et plus de 5.000 emplois menacés à Sarthe et à Drouillard
Les bandes armées ont fait monter la tension d?un cran jeudi dans les banlieues sud et nord de Port-au-Prince où elles cherchent à renforcer leur position et à faire reculer d?autant la force publique, la seule dont la mission est de garantir la sécurité des citoyens.
Dans le quartier de Martissant (sud), pendant plusieurs heures, des affrontements sanglants ont opposé deux gangs rivaux lourdement armés, établis respectivement dans les localités de Grand Ravine et de Ti Bois. Au moins une personne aurait été tuée, selon des informations non encore confirmées par les autorités compétentes. Mais, des témoins ont indiqué à Radio Kikseya que le bilan pourrait être plus lourd.
Cette nouvelle flambée de violences a complètement perturbé les activités à la mi-journée. Dans ce quartier généralement noir de monde, beaucoup de gens ont dû rester terrés chez eux, de peur d?être exposés aux tirs nourris de bandits déterminés à en découdre. L?intervention des forces de l?ordre s?est avérée extrêmement difficile, compte tenu de la puissance de feu des hors-la-loi.


Pendant ce temps, au nord de la capitale, d?autres groupes de délinquants gagnaient du terrain notamment à Drouillard et à Sarthe et menaçaient directement de nombreuses entreprises industrielles et commerciales. Ces individus armés venus de Cité Soleil ont pu conquérir, en 24 heures, un kilomètre de surface à Drouillard sous les regards impassibles des casques bleus jordaniens qui se contentent tous les jours d?utiliser une tactique défensive alors que des résidents des deux banlieues sont contraints d?abandonner leurs maisons. Jeudi à la mi-journée, des passants ont été mis en joue et dévalisés par les nouveaux maîtres des lieux, à quelques mètres seulement d?une patrouille fixe de la mission onusienne.


Cette zone, considérée comme le prolongement du seul bassin industriel d?Haïti, le parc industriel, risque de perdre dans les prochains jours ses principales entreprises dont des usines de boissons gazeuses très anciennes sur le marché local. Un jeune homme d?affaires a confié à Radio Kiskeya que plus de 5.000 personnes pourraient être mises au chômage d?un moment à l?autre. Car, livrés à eux-mêmes, les propriétaires des différents établissements ciblés doivent choisir entre leur vie et leurs biens et se trouvent désormais dans l?obligation de se faire une raison et d?envisager la fermeture définitive, sans même une perspective de délocalisation forcée.
De plus, les chefs de gangs seraient de plus en plus intéressés à se rapprocher du périmètre de l?aéroport international Toussaint Louverture. Une zone qui devrait pourtant être soumise à un régime de haute sécurité en raison de son importance stratégique.
La politique d?encerclement de la capitale haïtienne, déjà partiellement réussie, place les gangs en position de force et font peser des menaces de déstabilisation politique, d?hémorragie sociale et de délinquance généralisée à l?approche des élections, ouvertes à toutes les surprises possibles.