Voila un beau commentaire d?Hérold Jean-François (dont je partage les sentiments) ecrit d?une maniere calme, explicite, enfin il a une idée claire sur le problème des Manigats. Bonne lecture!
COUP DE C?UR EN POLITIQUE
Par Hérold Jean-François
La regrettable décision de Mirlande Manigat de se retirer de la course électorale est un coup de c?ur. Or en politique, on agit et réagit avec pragmatisme pour transformer les revers en victoire, à terme.
La construction démocratique ne se fait pas avec le goût amer de la défaite, les ressentiments et les états d?âme. Chaque revers est une occasion d?apprendre pour corriger les stratégies et avancer avec de meilleurs atouts.
S?il faut protester, dénoncer, attaquer les mauvaises décisions des opérateurs politiques, les coups bas au processus démocratiques et les pratiques de révision des règles du jeu en cours de match, la décision de c?ur comme celle que vient d?annoncer la très respectable madame Mirlande Manigat n?est pas moins, d?une certaine façon, un geste d?anti-jeu.
Les partis politiques ont des responsabilités face à la nation, en dépit de la réaction de cette dernière, en dépit des souffrances qu?elle provoque quand elle met chacun dans sa propre réalité par les scores octroyés. Si suite à un vote défavorable un parti ne prend pas les bonnes décisions quant à son implication dans la vie politique, il risque tout simplement de disparaître.


Le RDNP qui, à côté des autres partis, a participé assez activement à la vie nationale avec des hauts et des bas pendant la transition, doit mesurer l?impact de son geste ainsi que la fragilité des partis politiques et leur manque d?ancrage dans notre société. Il ne faut pas que ceux qui se sont engagés à contribuer à la modernisation politique du pays, au changement des m?urs, se démarquent et mettent en danger l?institutionnalisation recherchée par des décisions exagérées. Est-ce que ce n?est pas réagir avec outrance que de laisser l?espace électoral et par voie de conséquence, sa place à l?intérieur des institutions, dans le seul but de protester contre une décision illégale et de se solidariser avec un candidat à la présidence qui, à bon droit, dénonce le fait qu?on lui ait privé du droit d?aller au second tour, conformément à son score et aux prévisions du décret électoral ?


Mirlande Manigat et tous les candidats du RDNP qui avaient la chance de siéger au parlement seront-ils plus efficaces dans le vide de l?opposition qu?à partir d?un siège dans l?une ou l?autre chambre ?
Nous regrettons avec le reste de la nation cette malheureuse décision du RDNP qui, nous sommes convaincus, ne servira pas la consolidation institutionnelle tant au niveau des partis politiques, qu?à celui du parlement. D?aucuns verront dans le geste de madame Manigat, le respect scrupuleux du précepte de solidarité du couple comme le requiert l?évangile nous indiquant que les conjoints se supportent pour affronter le meilleur comme le pire. Cependant, dans le domaine politique, l?on peut se poser la question si dans certains cas, dans un parti, de la part des cadres dirigeants et des simples membres, il n?y a pas lieu d?introduire la notion du devoir de raisonnement.


Quand nous regardons les déboires de nos partis. Ici, nous parlons de ceux qui méritent notre respect, de ceux qui font l?effort minimum et plus, d?institutionnalisation. Nous disions, qu?au regard des difficultés des partis politiques à s?implanter dans nos m?urs, quand l?on constate les conditions abominables d?évolution des organisations politiques sans moyens, sans ressources économiques et qui persistent dans l??uvre d?implantation, peut-on renoncer au minimum d?acquis et laisser l?espace à la tendance de parti unique ?


Madame Mirlande Manigat tout en lui reconnaissant le droit de se solidariser avec son mari, a-t-elle pesé les conséquences de son acte ? Elle a dit dans sa note de presse qu?il s?agit d?un geste ??réfléchi??. A-t-elle vraiment bien réfléchi à la réaction des centaines de milliers de citoyens qui ont fait une longue file pendant des heures pour voter pour elle ? Madame Manigat, se retire-t-elle définitivement de la politique, s?attend-elle à ce qu?une prochaine fois, ceux pour lesquels elle n?a pas manifesté le respect suffisant, se donneront la peine de voter à nouveau pour elle ?


La nation, à ce moment précis, avait une vision tellement positive de madame Manigat au point que l?idée de sa préférence comme candidat à la présidence à la place de son savant de mari avait fait un certain plein d?adhésion. Est-ce que Mirlande Manigat n?est pas en train de gaspiller tout un capital de sympathie, tout un capital politique ? En s?insérant dans l?ombre de son époux, madame Mirlande Manigat risque de l?accompagner sur la pointe des pieds, dans la solitude de la retraite, au grand regret de la nation tout entière. Les féministes haïtiennes doivent ronger leur frein?