Le président élu René Préval a annoncé vendredi à Brasilia au cours d'une conférence de presse qu'il voulait, par un amendement constitutionnel, abolir définitivement l'armée, dissoute en 1994 par l'ex-président Jean-Bertrand Aristide.
"Je vais faire en sorte que pendant la prochaine législature, il y ait un amendement de certains articles de la Constitution pour abolir l'armée", a déclaré le président élu.
Des ex-militaires haïtiens avaient pris les armes en 2004 pour contraindre au départ le président de l'époque Jean-Bertrand Aristide et avaient exigé le rétablissement de l'armée.
"L'armée n'existe pas et si elle existait peut-être aurais-je été moi-même renversé au cours de mon premier mandat" (entre 1996 et 2001), a estimé René Préval.
Le président élu haïtien a fait ces déclarations dans le cadre d'une tournée en Amérique du Sud. Après le Brésil, René Préval compte se rendre au Chili et en Argentine. Avant de laisser Port-au-Prince, jeudi, il s'est déclaré une nouvelle fois déterminé à multiplier les contacts avec l'international dans le but d'empêcher qu'Haïti soit isolée et l'aider à se placer sur les rails du développement.
« La mission fondamentale de mon gouvernement est la mise en place de toutes les institutions prévues par la constitution et la création d'un climat propice aux investissements », a-t-il fait savoir.
En Argentine, le président haïtien se réunira avec les présidents, Nestor Kirchner (Argentine), Ignacio Lula da Silva (Brésil) et Hugo Chavez (Venezuela). Ces 3 chefs d'Etat sud-américains en profiteront pour organiser un mini sommet dans la ville de Mendoza (Argentine) dans le cadre d'un projet d'oléoduc devant relier leurs 3 pays pour un projet énergétique commun.
" Je dois rencontrer les 27 et 28 mars, aux Etats-Unis, le président Bush, les officiels des Nations Unies, de l'OEA, de la Banque Mondiale, de la Banque Interaméricaine de Développement (BID) et du Fonds Monétaire International (FMI) ", a encore précisé René Préval qui déclare vouloir aller vite pour soulager les souffrances de la population
Il opte pour le maintien des troupes brésiliennes en Haïti
"Les soldats brésiliens jouent un rôle important en Haïti, nous allons demander le maintien de leur présence au sein de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah)", a déclaré, vendredi, M. Préval devant des parlementaires de la commission des Affaires extérieures du Sénat brésilien.
Abondant dans le même sens, le commandant de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), le général brésilien José Elito Carvalho Siqueira, a annoncé, vendredi, dans le quotidien brésilien O Globo que la force internationale de paix ne sortira pas en Haïti avant deux ou trois ans.
Le Brésil qui assure le commandement des troupes onusiennes en Haïti, compte 1.200 soldats déployés sur le terrain, notamment à Port-au-Prince, depuis juin 2004 dans le cadre de la MINUSTAH.
M. Préval qui est arrivé jeudi soir dans la capitale brésilienne pour une visite de 24 heures devrait rencontrer vendredi soir le président brésilien Luiz Ignacio Lula da Silva.
Intervenant devant une dizaine de parlementaires, le président élu haïtien a rendu hommage aux Casques bleus brésiliens déployés en Haïti et observé une minute de recueillement en mémoire du général Da Matta Bacellar qui s'était suicidé en Haïti en début d'année.
"Je demande au gouvernement et aux forces politiques du Brésil de supporter le travail des soldats brésiliens en Haïti. Ils doivent continuer à soutenir la démocratie", a indiqué M. Préval.
Un député du parti vert, Fernando Gabeira, qui s'était rendu en Haïti lors des élections, a souhaité que le Brésil développe d'autres champs de coopération avec Haïti.
"Au départ, j'étais contre la présence (des troupes brésiliennes) mais on ne peut pas partir comme ça, ce serait irresponsable. Haïti n'est pas en guerre. Aujourd'hui, nous devons explorer d'autres pistes de coopération dans les domaines culturel et éducatif avec ce pays", a-t-il déclaré à l'AFP.