Pour le président du comité de réflexion sur l'Armée d'Haïti, Osner Févry, la déclaration du président élu René Préval, qui voudrait amender la Constitution haïtienne pour abolir les forces armées, a été faite « sous contrainte internationale. »
L'annonce de M. Préval, faite depuis Brasilia, le vendredi 10 mars, concernant l'abolition définitive des forces armées d'Haïti dans un prochain amendement constitutionnel, a été vivement critiquée par des secteurs de la vie nationale.
« Je vais faire en sorte que pendant cette législature il y ait un amendement pour abolir cette institution qui s'appelle l'armée d'Haïti », avait-il déclaré au cours d'une conférence de presse au ministère brésilien des Affaires étrangères. L'institution en question a été dissoute en 1994 par l'ex-président Jean Bertrand Aristide.
Maître Osner Févry, président de la commission de réflexion sur l'Armée d'Haïti, a considéré la déclaration de René Préval « comme un v?u », tout en réfutant les arguments avancés par le président élu du pays caraïbe.
M. Préval avait affirmé devant la presse brésilienne que l'institution pesait sur le budget et était inutile. « Quand on me demande comment j'ai fait pour passer cinq ans au pouvoir, l'un des facteurs importants est que l'armée n'existait pas, sinon peut-être que j'aurais été moi-même également renversé au cours de mon premier mandat (1996-2001) », avait-il également estimé.
En 2004, des anciens militaires haïtiens avaient pris les armes pour contraindre au départ le président d'alors Jean-Bertrand Aristide. Ils avaient exigé, entre autres revendications, le rétablissement de l'armée.
Pour le président du comité de réflexion sur l'Armée d'Haïti, il s'agissait, le vendredi 10 à Brasilia, d'« un chef d'Etat haïtien élu, devant un général brésilien et devant le parlement brésilien, qui demande l'occupation de son pays par les forces étrangères et le démantèlement définitif de ses propres forces armées. »
« Une declaratrion faite sous contrainte internationale », a-t-il résumé. L'homme de loi a ajouté que « l'Armée d'Haïti était l'institution fondatrice de la nation haïtienne et aucun chef d'Etat ne pourra l'éliminer ».
Le secrétaire exécutif de l'Association militaire d'Haïti, l'ex-major Dunor Alexandre, a déploré pour sa part cette déclaration du président haïtien élu. Le projet de René Préval, a-t-il prévenu, est voué à l'échec, expliquant que l'Armée est le symbole historique de l'indépendance haïtienne.
Á son arrivée au Brésil, dans le cadre de sa tournée latino-américaine, le président haïtien élu avait indiqué en parlant de l'Armée d'Haïti qu'il allait faire en sorte que la nouvelle législature amende la constitution haïtienne pour abolir cette institution « inutile ».
René Préval a souhaité en revanche formé avec l'aide de la communauté internationale, une gendarmerie nationale à l'exemple de celle de la France.
M. Préval a indiqué qu'il faudrait trop d'argent pour investir dans une institution déjà budgétivore. « Il serait plus intéressant d'investir dans l'éducation , la santé et l'agriculture », a-t-il déclaré.
De son côté, le président brésilien, Luis Ignacio Lula Da Silva, dont les forces armées commandent la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah), a indiqué, conformément aux exigences de la diplomatie internationale, que ses troupes resteraient en Haïti tant que les Haïtiens le souhaiteront.
Christian Junior Desrameaux