Au troisième jour de sa visite officielle dans son pays natal, la gouverneure générale, Michaëlle Jean, a appelé lundi les Haïtiens à un changement de mentalités.
Dans un discours émouvant prononcé devant la Chambre de commerce et d'industrie canado-haïtienne, à Port-au-Prince, Mme Jean en a aussi profité pour presser la communauté d'affaires de faire sa part afin de rehausser les conditions de vie de la population.
"J'ose croire profondément que les astres sont bien alignés dans le ciel d'Haïti", a déclaré la chef d'Etat, suscitant les applaudissements des quelques centaines d'invités.
"Il faut répondre de tout urgence à l'appel du changement, a-t-elle poursuivi. Changement de quoi? Des mentalités, des façons de voir, des façons de faire. Tirer une fois pour toutes les leçons du passé - et elles sont nombreuses. Le moment des gestes concrets, pour des résultats concrets, est venu."
La gouverneure générale a rappelé que l'espérance avait toujours été une "règle de vie" en Haïti et que même si l'espoir ne tenait désormais plus qu'"à un fil", il fallait y voir une nouvelle "ligne de départ".
"Vous savez, comme moi, combien le chacun pour soi et pour son clan a meurtri Haïti, a-t-elle affirmé. Vous savez que le fossé entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas, il est là. Et je pense que nous sommes tous ici - et je m'inclus - sur cette ligne de départ."
Michaëlle Jean a assuré qu'elle avait entendu ce signal d'un temps nouveau dimanche, dans le premier discours du nouveau président René Préval. Les "mots prometteurs" et les "appels au rassemblement des forces" de ce dernier permettront, espère-t-elle, de mettre fin aux "divisions insensées et parfois tellement assassines" qui persistent dans la société haïtienne.
Mme Jean a lancé un appel particulier aux gens d'affaires qui, a-t-il dit, doivent "se dépasser" et "multiplier les efforts d'investissements dans des secteurs prioritaires qui touchent directement au mieux-être collectif d'Haïti". Comme dans la plupart des pays en développement, l'écart entre les très riches et les très pauvres est criant en Haïti.
L'ancienne animatrice télé n'a pas manqué d'évoquer quelques-uns des problèmes qui accablent le pays: analphabétisme de la moitié de la population, rareté extrême de l'électricité, érosion des sols, déforestation généralisée. "Voir ces montagnes à l'os, ça fait mal", a-t-elle lancé. Gratitude
Partout où elle passe, Michaëlle Jean a droit aux grands honneurs et aux éloges des gens qui l'accueillent. Mais lundi, la principale intéressée a tenu à exprimer sa gratitude au pays qui l'a vu naître.
"Je suis une enfant de ce pays comme beaucoup d'autres, sans plus", a-t-elle souligné.
"Si je suis ici aujourd'hui, c'est parce qu'Haïti m'a beaucoup donné. Je ne serais pas la femme que je suis aujourd'hui si je n'avais pas grandi ici."
Une chose est sûre, l'accession de l'une des leurs à la plus haute fonction canadienne continue d'inspirer les Haïtiens.
"Ce qu'elle a réalisé sur le plan individuel, nous devons l'accomplir sur le plan collectif", a lancé le directeur de l'Initiative de la société civile, Rosny Desroches.
Mme Jean n'a pu qu'acquiescer. "Haïti a droit à un avenir meilleur, Haïti a droit à un présent plus digne", a-t-elle martelé.