Le bataillon brésilien annonce un cessez-le-feu à Cité Soleil au lendemain de combats acharnés entre ses soldats et des bandes armées.
Source : Radio Kiskeya
Sous l?impulsion du "commandant autoproclamé Evans", les 22 gangs du vaste bidonville auraient accepté de désarmer après avoir subi des pertes importantes ; les casques bleus brésiliens annoncent des travaux communautaires à Cité Soleil et démentent l?enlèvement d?un des leurs
Le chef de bande de Cité Soleil (nord de Port-au-Prince), le "commandant autoproclamé Evans", vient de négocier une trêve avec les casques bleus brésiliens alors que l?enlèvement jeudi d?un colonel du bataillon sud-américain dans le plus grand bidonville de la capitale a été démenti, rapporte samedi le quotidien brésilien O Globo.
Selon le lieutenant-colonel Fernando Cunha Mattos, porte-parole du bataillon brésilien, interrogé par l?envoyé spécial du journal, Luis Miguel Kawaguti, après le début de violents affrontements jeudi, le "commandant Evans" avait décidé d?engager des discussions directes avec le commandant de la composante brésilienne de la MINUSTAH, le colonel Luiz Santiago. Les deux hommes se sont rencontrés dans un blindé léger de la force internationale de paix stationné sur la place centrale du vaste bidonville qui compte environ 250.000 habitants dont des partisans jusqu?auboutistes du Président déchu Jean-Bertrand Aristide, exilé en Afrique du Sud.


O Globo précise que l?officier brésilien a proposé avec succès aux membres des 22 gangs recensés dans le bidonville de désarmer en intégrant le programme Démobilisation, Désarmement et Réinsertion (DDR). En retour, la compagnie d?ingénierie brésilienne va participer à l?amélioration de la situation de la population de Cité Soleil en réalisant l?asphaltage des rues et le forage de puits artésiens. "Evans", qui serait l?héritier d?Emmanuel Wilmé alias "Dread Wilmé", un terrifiant personnage abattu en juillet 2005 par des casques bleus, a pu rencontrer les autres chefs de bandes et les convaincre de souscrire au cessez-le-feu. Le colonel Cunha Mattos, confie que pour obtenir l?entrevue avec Santiago, Evans avait accepté de laisser un officier brésilien visiter un dépot d?armes appartenant à son groupe.


Le porte-parole en a profité pour démentir l?information diffusée par l?agence britannique Reuters selon laquelle, un colonel brésilien du nom d?Oldair aurait été séquestré par des "chimères" (partisans zélés d?Aristide) au cours d?une visite à Cité Soleil. Cunha affirme que l?officier avait discontinué sa visite pour regagner sa base où il se sentait plus en sécurité.
Dans sa dépêche datée de Port-au-Prince, Reuters soutenait que le colonel Oldair avait été retenu en otage pendant plusieurs heures, jeudi, par des membres des groupes armés de Cité Soleil qui avaient même menacé de "l?exécuter" parce qu?ils croyaient que leur chef, le "commandant Evans", avait été appréhendé par les soldats sud-américains.
"C?est la paix que nous voulons dans le pays. Les blancs ne veulent pas la paix. Ils doivent partir", avait lâché sentencieusement Evans, selon l?agence.
Conformément à l?accord qui a été conclu, indique pour sa part O Globo, les troupes brésiliennes ont engagé 28 travailleurs locaux en vue d?assainir les quartiers de Cité Soleil. Les travaux ont démarré vendredi soir.
Depuis mercredi, Cité Soleil, qui était jusqu?ici sous le contrôle du bataillon jordanien, est passée aux mains des militaires brésiliens. Ces derniers ont été la cible des groupes armés dans deux des trois points stratégiques qu?ils ont occupés. Des tireurs d?élite ont immédiatement répondu aux attaques et ont pilonné les positions ennemies. Des bandits seraient tombés au cours des combats alors que le contingent brésilien souligne qu?aucun de ses membres n?a été blessé ou tué.
Considérée comme le bastion des hors-la-loi, dont beaucoup vouent une admiration fanatique à Aristide, Cité Soleil qui était devenue au cours "l?Opération Bagdad" (campagne de terreur meurtrière des partisans de l?ancien régime) un tombeau ouvert, reste un baril de poudre en dépit d?un calme apparent observé depuis la victoire de René Préval aux présidentielles du 7 février.
Plusieurs soldats onusiens ont été tués ou blessés dans ce territoire dont le contrôle effectif revient aux "seigneurs de guerre".