La déclaration de politique générale du Premier ministre haïtien serait sous le menace d?un vote de censure au Sénat
16 Sénateurs de différents partis dont Fanmi Lavalas auraient formé un bloc parlementaire en vue de faire barrage à Jacques-Edouard Alexis face au gel des négociations sur la composition du gouvernement ; divisions au sein de la Plate-Forme Lespwa ; les partisans d?Aristide mettent la pression sur Préval
Alors qu?au milieu de tractations interminables sur la formation du prochain gouvernement le bureau du Sénat s?apprêtait mercredi à inviter le Premier ministre ratifié Jacques-Edouard Alexis à se présenter jeudi à la Chambre haute pour faire l?exposé de sa déclaration de politique générale, un bloc parlementaire anti-Alexis aurait été constitué mardi, a appris radio Kiskeya de sources parlementaires dignes de foi.


Composé de 16 Sénateurs représentant tous les partis politiques représentés au Parlement, sauf la Plate-Forme Lespwa, ce bloc aurait été formé dans le but spécifique d?infliger un vote de censure et une défaite au nouveau Premier ministre sur sa politique générale. Cette hostilité serait, au fait, une réponse mûrement réfléchie au "mépris caractérisé" avec lequel Jacques-Edouard Alexis aurait traité les différents blocs parlementaires. Sur la base de leurs frustrations communes, les Sénateurs de la Fusion des Sociaux-Démocrates, de l?Organisation du Peuple en Lutte (OPL), de l?Union, de l?Alyans Demokratik, du PONT et même de Fanmi Lavalas auraient décidé de se liguer contre la deuxième étape de la ratification de M. Alexis après avoir approuvé sa nomination à une forte majorité, mais sous réserve de la formation d?un gouvernement d?union nationale.


L?arrêté présidentiel confirmant la ratification du successeur de Gérard Latortue a été promulgué et acheminé au bureau des deux Chambres législatives. Mais, des sources parlementaires dignes de foi indiquent qu?une apparition précipitée de Jacques-Edouard Alexis devant l?assemblée sénatoriale, sans négociations préalables, devrait se solder par un échec.
La situation ne serait pas différente à la Chambre basse où de nombreux Députés, représentant différentes sensibilités politiques, seraient très remontés contre les tenants du nouveau régime accusés de vouloir monopoliser tous les espaces de pouvoir tout en faisant semblant de pratiquer une politique d?ouverture reflétant les résultats pluriels des dernières élections.
Au sein de la Plate-Forme Lespwa, le nouveau parti présidentiel, l?unité projetée jusqu?ici autour du Président Préval ne serait que de façade puisque des dissensions opposeraient les différentes composantes de la coalition. Frustrés de n?être pas consultés dans le cadre du processus de formation du nouveau cabinet, les parlementaires de Lespwa devaient tenir une importante réunion mercredi afin de définir une stratégie collective.
Sous le couvert de l?anonymat, des dirigeants de la Plate-Forme, interrogés par radio Kiskeya, ont même exprimé des griefs contre un petit groupe de conseillers très influents de René Préval qui seraient en train de constituer une équipe gouvernementale conforme à leurs objectifs et intérêts.


Fanmi Lavalas de Jean-Bertrand Aristide, en délicatesse avec plusieurs proches collaborateurs du chef de l?Etat, ne serait pas loin de passer officiellement dans l?opposition. Déjà, quelques indicateurs sont visibles. Mardi, au plus fort des rumeurs en circulation sur la composition du cabinet ministériel, des représentants d?organisations populaires du Bel-Air et l?un des porte-parole de Jan l Monte l Monte (JMM), Cossy David, sont partis en guerre contre d?éventuels alliés de Préval venus d?autres horizons politiques et ont fait valoir leur droit à trouver "leur gagne-pain dans les services et entreprises publics". En province, des représentants du parti de l?ancien homme fort d?Haïti, exilé en Afrique du Sud, ont commencé à adresser des reproches à M. Préval dont ils seraient "les piliers de la victoire à la présidentielle du 7 février".


Le Président du Sénat, Joseph Lambert, a précisé mardi que Jacques-Edouard Alexis devra impérativement acheminer aux Sénateurs une copie de sa déclaration de politique générale 24 heures avant l?oral et soumettre la liste des membres de son gouvernement. Une technicalité qui, en temps normal, serait anecdotique. Mais, elle exprime dans la conjoncture actuelle des préoccupations plus politiques.
En vertu de la constitution, si la déclaration de politique générale est rejetée par l?une des deux Chambres, le Premier ministre doit revoir sa copie et relancer le processus là où il a échoué.
Radio Kiskeya