Le Lieutenant-colonel Abdesslam Elamarti de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) se veut convaincant: «Nous n'avons pas de détails au sujet de ce que rapportent des médias haïtiens concernant les derniers événements survenus à Cité Soleil».
Six (6) morts. Tel est le bilan des affrontements qui ont eu lieu mercredi 7 juin 2006 entre des bandits et Casques bleus de la MINUSTAH à Cité Soleil. Selon des médias de la capitale, dont Radio Métropole, au moins six personnes ont été tuées, mercredi après-midi, dans le plus grand bidonville de Port-au-Prince. Cet incident meurtrier est le plus grave enregistré à Cité Soleil depuis l'élection de M. René Garcia Préval à la présidence d'Haïti. Des chefs de gangs recherchés par la Police nationale et accusés d'implication dans des cas de kidnapping, de viols et d'assassinats, seraient pointés du doigt dans ces incidents violents.


«Le 6 juin 2006, à 22h30, on a entendu des tirs, nos troupes n'ont pas riposté. Le lendemain, vers 10h30 a.m, encore des tirs ont été entendus, cette fois-ci on a tiré deux coups en l'air. Un peu plus tard, soit à 17h, les tirs ont persisté à nouveau et nos troupes ont été prises pour cible. Nous avons donc riposté dans la direction des tirs. Aucune victime n'a été enregistrée dans notre camp. Mais nous n'avons aucun détail concernant ce que rapportent les médias à ce sujet». Franc-parler du lieutenant-colonel Abdesslam Elamarti de la MINUSTAH appelé à apporter des éclaircissements sur ce dossier lors d'une conférence de presse, ce jeudi 8 juin 2006, à l'hôtel Christopher (Bourdon).
Révélations et polémique autour de l'assassinat d'un policier canadien de la MINUSTAH


A propos des récents articles de la presse canadienne relatifs à la mort de Mark Bourque le 20 décembre 2005, la MINUSTAH rejette les accusations selon lesquelles les militaires jordaniens n'ont rien fait pour aider l'ancien policier de la Gendarmerie Royale du Canada atteint par balles par des hommes armés à Port-au-Prince et succombé peu de temps après à ses blessures. «La MINUSTAH trouve inacceptable les fausses accusations et les conclusions non fondées faites par les médias professionnels au Canada. Ces reportages répétés et inexacts ont uniquement servi à ternir l'image du bataillon jordanien et à affliger encore plus la famille de M. Bourque, ses amis et collègues», lit-on dans un communiqué de la MINUSTAH stigmatisant la presse canadienne qui l'accuse de n'avoir rien fait pour porter secours et transporter le policier à l'hôpital argentin qui se trouve à environ cinq (5) minutes du lieu de la fusillade.


«Mark a été victime d'un double meurtre. Un bandit l'a tiré, puis les soldats de l'ONU n'ont rien fait pour lui sauver la vie», dénonce la veuve de Mark Bourque, ce policier de la GRC assassiné en Haïti. «Vous êtes Casque bleu, vous êtes là pour sauver des vies, mais vous laissez quelqu'un mourir devant vous. Ça me dépasse!», se plaint Lise Bourque qui déplore le fait de n'avoir pas été informée de l'enquête entourant la mort de son mari.


Le porte-parole de l'ONU, David Wimhurst, contredit le témoignage du collègue de Mark Bourque, Pierre Perreault, qui affirme que des Casques bleus jordaniens ont regardé la scène et n'ont rien fait. Selon M. Wimhurst, les militaires dans leur blindé sont intervenus alors que la fusillade se poursuivait. Un deuxième véhicule avec à son bord un médecin serait aussi arrivé sur les lieux rapidement. «Il a été traité sur le champ par les Jordaniens, par les médecins, chirurgiens et une infirmière. On trouve complètement inacceptable qu'on puisse publier de tels propos, que les Jordaniens ne faisaient rien pour Mark Bourque, ce n'est pas du tout le cas», déclare M. Wimhurst.
Une école baptisée Mark Bourque à Port-au-Prince


Selon la MINUSTAH, le commissaire de police Graham Muir, officier supérieur de la GRC qui est à la tête du contingent de 1.700 officiers de police internationale de l'ONU, est très engagé dans l'investigation autour du meurtre de Mark Bourque. «Nous sommes tous profondément affectés par la perte de Mark Bourque, mais pendant que les médias ressassent le passé, nous avons l'obligation de travailler dans le présent et de planifier pour le futur», affirme le commissaire Muir. Il faut noter qu'en regard de cette tragédie, la Police nationale d'Haïti et la Police de l'ONU ont poursuivi les présumés responsables de la mort de M. Bourque. Une opération conjointe liée au phénomène du kidnapping a permis d'effectuer plusieurs arrestations dont celui d'un suspect que l'on croit impliqué dans cette affaire. C'est une investigation active et continue», assure la MINUSTAH qui précise, par la voix du commissaire de la Police internationale de l'ONU, que la mort de Mark Bourque n'est pas seulement une perte pour sa famille, ses amis et collègues, mais pour les Haïtiens également qui, en guise d'hommage, ont baptisé de son nom une petite école dans la banlieue de Port-au-Prince.


La MINUSTAH, prête à collaborer avec le nouveau gouvernement haïtien
La MINUSTAH se dit prête à collaborer avec le gouvernement de Jacques-Edouard Alexis. Selon l'assistant du chef de cette mission onusienne en Haïti, la nouvelle équipe gouvernementale est composée de personnalités compétentes ayant une grande expérience dans la gestion des affaires publiques. Larry Rossin croit que la mission onusienne déployée en Haïti aura un partenariat fructueux avec les nouvelles autorités haïtiennes. «La MINUSTAH, indique le diplomate, entend intensifier ses programmes sociaux dans le pays afin de supporter les efforts de la nouvelle administration qui souhaite voler au secours des plus démunis via son projet baptisé: Programme d'apaisement social (PAS).


Les semaines à venir seront placées sous le signe de la tolérance et des échanges, indique la MINUSTAH qui annonce l'ouverture d'une vaste campagne de sensibilisation autour de la stabilité en Haïti, pendant la période de la Coupe du monde de football. «Anpil peyi, yon sèl ekip, yon sèl gayan: Ayiti», tel est le slogan de cette campagne dont les clips seront diffusés avant chaque match, selon la MINUSTAH.
Robenson Bernard