Haïti: Retour au concert des nations
Le président haïtien René Préval est à Paris pour rencontrer Jacques Chirac et Dominique de Villepin, après avoir établi des contacts avec le gouvernement belge et avec les responsables de l?Union européenne. La réduction de la dette publique et les investissements sont les thèmes dominants de cette tournée. Préval pense que son pays - qui est le plus pauvre des Amériques - mérite une attention soutenue de la communauté internationale.
Le président de la République d?Haïti, René Préval, est à Paris pour une visite officielle de deux jours. Il a été reçu jeudi par le Premier ministre Dominique de Villepin. Des rencontres ont été aussi organisées avec le patronat et avec le premier secrétaire du PS François Hollande. Cette visite officielle se terminera, vendredi matin, par un entretien avec le président Jacques Chirac.


René Préval a indiqué qu?il attendait de la France «un coup de main sur la dette bilatérale, avec le Club de Paris». Cette dette est évaluée à 50 millions d?euros, tandis que la dette globale haïtienne est de l?ordre de 1,3 milliards de dollars, l?équivalent d?un milliard d?euros. La France fournit actuellement 25% de l?aide apportée par l?Union européenne. Lors de la prise de fonctions de René Préval, le 14 mai dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, avait indiqué que la France allait augmenter son aide. Dans un entretien au journal Le Monde, publié mardi à Paris, René Préval a néanmoins souligné que son pays a davantage besoin de techniciens, que d?argent, manifestant aussi le souhait d?augmenter les investissements et d?éviter la fuite des cerveaux. René Préval a indique à l?AFP qu?il souhaitait sensibiliser ses interlocuteurs européens sur la situation d?Haïti, en effectuant cette tournée qui est son premier déplacement à l?étranger, depuis son investiture.


Suite aux élections de février 2006, René Préval - qui avait assumé une premier mandat de 1996 à 2001- a repris les fonctions présidentielles. Jusqu?à présent il a respecté ses engagements électoraux et a formé le 9 juin dernier un gouvernement de grande coalition. Outre le parti présidentiel l?Espoir, toutes les formations politiques représentées au parlement, notamment le parti Lavalas de l?ex-président Aristide en exil, font partie de ce cabinet qui est dirigé par Edouard Alexis, un proche de Préval.
Augmenter la sécurité et combattre la corruption
Le nouveau gouvernement de Port-au-Prince a décidé de lancer un «programme d?apaisement social» financé par la coopération internationale. Il s?agit d?une urgence absolue car 80% de la population haïtienne vit en-dessous du seuil de pauvreté, avec moins de deux dollars par jour. La situation est particulièrement grave dans les bidonvilles où des bandes armées font la loi, harcelant les populations démunies. Même les éléments de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) sont souvent attaqués par ces gangs. Le chômage atteint environ 65% des habitants adultes de ce pays sévèrement atteint par le Sida, où l?espérance de vie est d?à peine 53 ans.


On évalue à 4 millions le nombre d?haïtiens qui vivent à l?étranger, notamment en Floride. René Préval s?est rendu à Miami - avant d?initier cette tournée européenne - pour tenter de convaincre la diaspora d?investir dans le pays, notamment dans des projets touristiques. Préval considère que l?apport de la diaspora dans l?économie haïtienne, qui est actuellement de 1,3 milliards de dollars (1 milliard d?euros), pourra être doublé ou triplé. Mais les émigrés estiment que les conditions de sécurité dans le pays ne sont pas encore suffisantes.


Le président Préval a annoncé son intention de nommer un secrétaire d?Etat à la sécurité publique. Des mesures vont être prises pour que la police haïtienne devienne plus efficace, ce qui exigera des réformes profondes prévoyant la mise à l?écart des éléments corrompus, une exigence formulée à plusieurs reprises par la communauté internationale. La Commission européenne a annoncé mardi qu?Haïti va bénéficier d?au moins 233 millions d?euros d?aide supplémentaire, pour la période 2008-2013. Ce montant pourra être augmenté en fonction des performances du pays en matière de bonne gouvernance, selon le président de la Commission européenne