Haïti: une vague de violences force l'Onu à mobiliser 2.000 militaires
Deux mois après l'entrée en fonction du nouveau président haïtien René Préval, une vague de violences ayant fait plus d'une vingtaine de morts en une semaine a forcé l'Onu à mobiliser plus de 2.000 Casques bleus dans la capitale haïtienne.
Ces nouvelles dispositions de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah) sont intervenues après des affrontements meurtriers entre gangs armés, tandis que de nombreux cas d'enlèvements contre rançon ont été signalés à Port-au-Prince.
"On est ici pour empêcher ceux qui veulent déstabiliser le pays et le gouvernement de le faire", a déclaré David Wimhurst, porte-parole de la Minustah, justifiant ainsi la mise en place de ce nouveau plan de sécurité. "Il y a des indications claires qui montrent que certains veulent perturber le climat", a ajouté le fonctionnaire onusien.
Jeudi, trois soldats brésiliens ont été blessés par balles à proximité de Cité soleil, le plus grand bidonville de Port-au-Prince (300.000 habitants), contrôlé par des groupes armés.
Ailleurs dans la ville, un Haïtien a été tué par balle et deux blessés dans des accrochages avec des patrouilles de la Minustah tandis que de nombreux tirs ont été entendus dans divers quartiers.
Pour le président René Préval, l'insécurité actuelle relève du banditisme. "L'insécurité politique est en grande partie maîtrisée", a-t-il fait valoir lors d'un récent forum organisé à Port-au-Prince par des hommes d'affaires de la diaspora haïtienne. "L'insécurité que connaît le pays est une conséquence du trafic de la drogue et de la libération de présumés criminels et de kidnappeurs", a déclaré M. Préval. Il a encouragé l'épuration de la police et la réforme du système judiciaire gangréné par la corruption.
Pour venir à bout de la criminalité, le président vient de nommer un secrétaire d'Etat à la sécurité publique et prévoit des mesures gouvernementales.
Base de son électorat, des organisations populaires manifestent de plus en plus leur impatience, certains de leurs membres réclamant d'être engagés au sein de la nouvelle administration.
L'ambassadrice des Etats-Unis en Haïti, Janet Sanderson, s'est déclarée préoccupée par la recrudescence de la violence en Haïti et a dénoncé le fléau énorme que représente le trafic de drogue. "Il est clair que la situation de la sécurité est préoccupante", a déclaré à des journalistes la diplomate, espérant que les autorités haïtiennes pourront régler cette question rapidement.
Des organisations de défense des droits de l'homme et de la société civile ont appelé le nouveau pouvoir à prendre des mesures urgentes pour mettre un terme au climat de violences qui sévit à Port-au-Prince.
Les responsables de ces organisations critiquent sévèrement la mission de l'Onu en Haïti l'accusant de passivité sinon de complicité avec les groupes armés, ce qui a été catégoriquement démenti par la Minustah.
"Nous ne pouvons pas être partout à la fois", se défend un commandant militaire de la mission qui a exhorté la population à informer les Casques bleus sur les activités des groupes armés.
Le département d'Etat américain a émis récemment un avis à l'attention des citoyens américains voyageant ou résidant en Haïti, leur rappelant les risques encourus et les enjoignant à respecter les consignes de sécurité établies. Washington rappelle que Port-au-Prince peut être dangereuse, particulièrement dans certains quartiers à la nuit tombée. Un couvre-feu a été imposé pour les personnels de l'ambassade améric