Réunion des bailleurs de fonds en Haïti pour réunir 5 milliards de dollars
[24/07/2006 07:00:28] PORT-AU-PRINCE (AFP)
Le gouvernement haïtien organise lundi et mardi à Port-au-Prince une conférence des bailleurs de fonds internationaux visant à collecter environ 5 milliards de dollars, afin de financer la reconstruction du pays le plus pauvre du continent américain.
"La réunion ministérielle des bailleurs de fonds sera l'occasion pour le gouvernement de présenter ses priorités en matière de développement durable, de sécurité publique et de stabilité", précise un document des services du Premier ministre.
Des représentants de pays tels que les Etats-Unis, la France, le Canada, et d'organisations comme l'Union européenne étaient attendus à cette réunion aux côtés d'institutions de financement, parmi lesquelles la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque interaméricaine de développement.
La Commission européenne a récemment annoncé qu'Haïti bénéficierait d'au moins 233 millions d'euros d'aide européenne au développement pour la période 2008-2013. Cet argent doit être en priorité affecté à des infrastructures.
"Nous sommes prêts à soutenir Haïti (...) Nous avons dans le prochain Fonds européen de développement un montant initial de 233 millions d'euros qui pourra être augmenté en fonction des performances d'Haïti", avait indiqué le président de la Commission, José Manuel Barroso, lors d'une visite il y peu de temps à Bruxelles du président haïtien René Préval.
De leur côté, les Etats-Unis et le Canada ont également annoncé l'augmentation de leur aide à Haïti, pays où 70% de la population active est au chômage et où plus de 60% des 8 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté avec l'équivalent de moins d'un dollar par jour.
Pendant la réunion des bailleurs de fonds, le gouvernement souhaite obtenir le soutien de la communauté internationale afin de refaire les infrastructures routières du pays, financer son plan d'éducation et de santé et mettre en oeuvre un programme d'apaisement social, selon le ministre haïtien de la Planification, Jean Max Bellerive. Un plan sur cinq ans (2006-2011) a été établi à cet égard par le gouvernement.
"Nous sommes entrés dans l?ère de la bonne gouvernance", a assuré le ministre des Finances, Daniel Dorsainvil, qui s'est aussi engagé à lutter contre la corruption et la contrebande.
Une organisation altermondialiste haïtienne projette de manifester à Port-au-Prince pendant la la réunion des bailleurs de fonds. Dans un communiqué, cette organisation réclame aussi l'annulation de la dette d'Haïti qui s'élève à plus d'un milliard de dollars.
Une parlementaire démocrate américaine, Maxine Waters (Californie), a récemment réclamé dans une résolution présentée à la Chambre des Représentants (chambre basse du Parlement) l'annulation de cette dette d'Haïti. "Le pays le plus pauvre ne peut pas attendre, comme le suggère la Banque mondiale, jusqu'en 2009 l'annulation de sa dette", a-t-elle écrit.
La conférence des donateurs est la sixième du genre organisée depuis la chute de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide le 29 février 2004. Les cinq précédentes s'étaient déroulées à Washington (juillet 2004), Cayenne (mars 2005), Montréal (juin 2005), Bruxelles (octobre 2005) et Washington (février 2006).
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Haïti: Les bailleurs de fonds au chevet d?Haïti
Cinq mois après l?élection de René Préval, les bailleurs de fonds internationaux se réunissent les 24 et 25 juillet, à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, pour tenter de réunir les moyens de reconstruire les principales infrastructures économiques du pays le plus pauvre des Amériques. Cette conférence, la sixième du genre organisée depuis la chute de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide en mars 2004, vise à collecter 5 milliards de dollars pour relancer une économie haïtienne où les investissements internationaux ne sont pas jusqu'à présent parvenus à résorber l?extrême pauvreté des 8,5 millions d'habitants.


Les grandes puissances sont au chevet d?Haïti qui reçoit pendant deux jours les représentants de ses bailleurs de fonds : la France, les Etats-Unis, le Canada et l?Union européenne, mais aussi les principales institutions de financement : la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque interaméricaine de développement. L'enjeu est crucial puisqu'il s'agit de consolider la paix en redonnant un avenir économique aux Haïtiens avec cette sixième conférence des donateurs depuis la chute du président Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004, et la guerre civile qui l'a accompagnée.


René Préval, ancien agronome et déjà président de 1996 à 2001, a été élu, en février dernier, à la tête d?un pays économiquement exsangue. Les indicateurs de l?économie haïtienne, la plus pauvre des Amériques, n?ont cessé de se dégrader depuis vingt ans. Près de 80% de la population vit dans la pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour. L?extrême pauvreté (moins de 1 dollar par jour) touche près de 60% des Haïtiens dans les campagnes et les immenses bidonvilles qui ne cessent de grignoter le tissu urbain. Seulement 5% des routes sont en bon état et environ 10% de la population a accès au réseau électrique. Plus de la moitié de la population est au chômage ou sous-employée. Le secteur informel, essentiellement le petit commerce, représente plus de 90% des emplois.


Les conditions d?existence sont particulièrement précaires en Haïti et le niveau de vie inférieur à celui des autres pays des Caraïbes. Malgré un léger redressement à 53 ans en moyenne, l'espérance de vie des Haïtiens reste largement au-dessous de celle des Jamaïcains ou des Cubains (70 et 77 ans). Haïti est également le pays le plus sévèrement touché par le sida dans la région, avec un taux de prévalence qui se situe juste derrière ceux de l?Afrique subsaharienne. Enfin, la moitié de la population est analphabète et n?a pas accès à l?eau. L?indice de développement humain (IDH), établi par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) pour mesurer, par exemple, les niveaux d?alphabétisation ou d?espérance de vie, est ainsi près deux fois plus bas (0,463) que dans les pays voisins comme la République dominicaine.
5 milliards de dollars d'aides attendus
Le gouvernement haïtien espère 5 milliards de dollars d?aides nouvelles de cette première conférence des bailleurs de fonds organisée sur place. Mais la coopération étrangère a déjà injecté plus de 2,6 milliards de dollars en Haïti depuis 1994, sans effets probants. Les nouvelles autorités haïtiennes incriminent la bureaucratie des institutions trop lourdes, qui entraîne la création de missions d?experts souvent redondantes. De l?autre côté, les bailleurs de fonds pointent du doigt la corruption endémique en Haïti, qui a empêché la grande masse de déshérités de bénéficier de ces aides.


Les bailleurs de fonds veulent croire au nouveau président, René Préval, après l?épisode Aristide. Pour sa part, Préval a mis l?accent durant sa campagne présidentielle sur la relance de l?agriculture pour freiner l?exode rural. Réputé intègre, il s?est également engagé à reconstruire l?Etat haïtien, en pleine déliquescence. Pour attirer les investisseurs, il promet de rétablir la sécurité en renforçant la police, qui compte moins de 5 000 agents, alors que plus de quinze personnes ont encore été enlevées la semaine dernière à des fins de rançon. La France a déjà annoncé une aide exceptionnelle de 3 millions d?euros en 2006 lors de la visite de René Préval à Paris, le 30 juin dernier. De son côté, l?Union européenne s'est engagée à contribuer pour 233 millions d?euros dans le développement de Haïti en 2008-2013. Cette enveloppe devrait être principalement dédiée aux infrastructures routières et scolaires.