L'ambassadeur Edmond Mulet, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Haïti a annoncé, le lundi 4 septembre 2006, le lancement prochain d'une campagne nationale de désarmement.
A terme, un millier d'individus devront remettre leurs armes en échange d'une assistance alimentaire, financière susceptible d'aider à leur réintégration dans la société.
Cette campagne qui doit être réalisée en partenariat avec le gouvernement haïtien ne prévoit aucun traitement de faveur pour les chefs de gangs recherchés par la police pour kidnappings, crimes de sang ou trafic de stupéfiants.
Le patron de la MINUSTAH a en effet indiqué que "...ce programme ne concerne pas les chefs de gangs responsables de violations des droits humains ou d'actes criminels, de séquestrations ou d'assassinats. Nous devrons affronter cet aspect de manière distincte".
"Nous sommes prêts à recevoir mille personnes armées qui acceptent de se démobiliser pacifiquement. Nous avons des kits à distribuer à leurs familles, des aliments et de l'aide économique. Tout le stock est prêt et nous allons l'apporter sur le terrain dans les prochains jours", a en outre déclaré Edmond Mulet à l'Associated Press.
Un appel au désarmement général sera lancé dans les prochains jours par les autorités haïtiennes et la MINUSTAH à travers les médias du pays, a-t-il par ailleurs révélé.
Fournissant des détails autour de ce « DDR modifié », Edmond Mulet a déclaré que les individus appartenant aux gangs remettront les armes illégales qui sont en leur possession afin de recevoir en retour de la nourriture, de l'argent et une formation professionnelle avec des perspectives d'emploi.
Edmond Mulet, dans ses déclarations estime fondamental que les jeunes haïtiens associés aux activités criminelles des gangs acceptent leur désarmement pacifiquement.
Cette annonce du représentant spécial de l'ONU intervient deux semaines après l'avortement d'une cérémonie de remise d'armes volontaire annoncée par des chefs de bandes de Cité Soleil. Ces chefs de file avaient en outre réclamé la fin des poursuites judiciaires dont ils font l'objet.
Amaral Duclona, l'un des artisans de ce mouvement de désarmement est en effet recherché par la justice pour son implication présumée dans l'assassinat de Paul Henry Mourral, un consul français sur la « Route Neuve » début 2005.
De Cité Soleil où des civils armés détiennent des armes de guerre à la Cité de l'Indépendance, la tâche des autorités parait, pour le moins, très ardue.
Aux Gonaïves en effet, lieu d'où est partie l'insurrection contre le régime de Jean-Bertrand Aristide en 2004, des ex-insurgés menacent de tout chambarder.
Wilfort Ferdinand alias « Ti Will »-recherché pour l'homicide d'un enfant- a récemment déclaré que si la police de cette ville l'attaque, il a la capacité de tout chambouler.
Les propos du nouvel homme fort des Gonaïves après la mort des deux (2) frères Métayer, Amyot et Buter interviennent alors que des patrouilles de police et le sous-commissariat du Wharf de Gonaïves ont été la cible de tirs au cours des derniers jours. A la rue Lozamar, deux policiers ont été blessés au moment où ils répondaient à un appel de détresse.
Entre-temps, tandis que le désarmement est réclamé par tous les secteurs de la vie nationale, la preuve de l'effet dévastateur de ces engins de mort n'est plus à faire.
A Gran Ravine, dans le quartier de Martissant, 28 personnes ont trouvé la mort et plus de 500 maisonnettes ont été incendiées.
En attendant, la MINUSTAH et les autorités haïtiennes, en excluant les chefs de gangs des largesses de ce programme, font preuve de respect, un tant soit peu, à l'égard des innombrables victimes des gangs.
Du reste, les petits truands, exucuteurs des basses oeuvres criminelles s'en tirent à bon compte. Leurs chefs ne pourront en dire autant.
Impunité totale ou partielle, sur le chemin de la justice, personne ne semble responsabiliser ceux qui ont armé les jeunes de Cité-Soleil ou de Raboteau.
Ne serait ce que pour l'établissement de la vérité...
N'est-ce pas ?