Par S.P.A.
Haïti pleure un de ses plus beaux fleurons : Nadim Hippolyte William 

Encore une fois, la société haïtienne est en deuil. Sous le choc de la mort odieuse de Nadim Hippolyte William, victime d'un assassinat crapuleux ce 24 avril aux environs de 6.30 PM à Pétion-Ville. Rage. Émotion. Indignation. La mort subite de cette étoile de l'architecture contemporaine haïtienne, dans des conditions aussi macabres que révoltantes, ne saurait laisser indifférent. Car personne ne tarit d'éloges envers Nadim Hippolyte William qui nous a quittés physiquement certes mais qui laissera une marque indélébile. D'abord sur notre paysage physique à travers ses oeuvres phénoménales portant la marque d'une pensée architecturale pointue, recherchant systématiquement les meilleures réponses possibles aux relations entre les bâtiments et leur environnement. Ensuite dans nos coeurs puisqu'elle était, selon tous ceux qui l'ont côtoyée intimement, une femme exceptionnelle, une mère modèle, une professionnelle accomplie, une amie loyale et une citoyenne responsable.


Mais également dans nos esprits, car c'était une femme captivante, pleine de vie, d'espoir, d'idée, de générosité, de bonté… Belle de l'intérieure comme de l'extérieure, elle rayonnait d'optimisme, car elle aimait la vie et son pays d'un « amour furieux » comme disait l'autre…
Cette année seulement, Nadim était à cheval sur trois grands chantiers qui font la fierté de la collectivité. D'abord la décoration intérieure de l'hôpital CDTI et de l'hôtel Karibe que le public peut déjà apprécier. Et ensuite, son dernier grand défi : le projet Oasis en chantier qui va doter Pétion-Ville en décembre 2008 d'une de ses plus belles parures, c'est-à-dire un centre commercial multifonctionnel moderne au milieu d'un exceptionnel jardin botanique n'ayant rien à envier aux plus beaux espaces verts urbains d'Europe ou d'Amérique du Nord.


Toutes les fois qu'il fallait ériger des espaces modernes issus de principes d'innovation architecturale et d'adéquation fonctionnelle, Nadim Hippolyte offrait l'alternative de l'excellence et de l'originalité. Formée à Cornell University, récipiendaire du prix William Downing pour l'excellence en dessin architectural, Nadim était une adepte de l'école contemporaine incarnée par Le Corbusier. À l'étranger, Nadim Hippolyte a donc fait honneur à ses parents, à sa famille, à son pays… Elle a laissée une réputation hors pair dans les firmes ou elle a travaillé, notamment la firme de renommée internationale « Leers weinzapfel and associates », récipiendaire des prestigieux « AIA New England Honor Award » et du « American Architecture Award ». Pour Nadim Hippolyte William, il n'y a jamais de compromis possible avec « l'à peu près », le médiocre, le moyen… Tout devait être parfait. Pas d'architecture ni de décoration intérieure au rabais. « Haïti mérite mieux », disait elle souvent. Et elle passait de la parole aux actes… En témoigne le rêve dont elle nous caressait les yeux avec ses réalisations hors pair issues de rigoureuses recherches sur les matériaux et les structures, les ambiances et la lumière, l'usage et le fonctionnement des espaces, les formes des bâtiments, les couleurs et les textures à choisir pour que le béton ne soit pas synonyme de lourdeur mais bien plus de légèreté, voire de beauté idyllique…


Combien de temps et combien de fois continuerons-nous à pleurer nos valeurs ? Cette fée de la décoration, cette diva de la construction, cette esthète de l'architecture est partie. Elle restera à tout jamais dans nos coeurs. Comment en saurait-il être autrement devant un sourire si radieux qui pouvait illuminer une salle ? Comment en serait-il autrement devant un positivisme si débordant qui redonnait espoir même aux plus atterrés ? Comment en serait-il autrement devant une étoile qui s'en est allée aussi dignement qu'elle a vécu… et qui a fait honneur à la femme haïtienne …
Nadim Hippolyte William, adieu. Que la terre te soit légère !