Paris Hilton est une riche héritière, blonde et filiforme. A part faire du shopping, prendre des poses alanguies, les yeux dans le vague et un sourire figé, on ne lui connaît aucun véritable talent. Ses brèves apparitions cinématographiques lui ont valu une "Framboise d'or", anti-Oscar hollywoodien décerné à la plus mauvaise actrice de l'année, et son disque, enregistré en 2003, ne restera pas dans les annales. Pourtant, Paris Hilton, 26 ans, jouit d'une notoriété universelle. Elle est la personnalité ayant donné lieu au plus grand nombre de recherches sur Google en 2006 ; le monde entier sait que son chihuahua s'appelle Tinkerbell et porte des bottillons siglés Chanel.

Objet d'une effervescence médiatique qui, aux Etats-Unis, tourne à l'emballement, cette Californienne, dont la famille a toujours témoigné d'une attirance certaine pour la fréquentation du show-business - son grand-père, fondateur des hôtels Hilton, épousa Zsa-Zsa Gabor, starlette des années 1930, et son grand-oncle Nick fut le premier mari d'Elisabeth Taylor -, s'impose comme la figure de proue d'un nouveau type de star.
Paris Hilton, en effet, est "célèbre parce que célèbre". Happée très jeune par la télé-réalité - en 2003, dans la série "The Simple Life", elle erre au milieu des "culs-terreux" de l'Arkansas. Elle a aussi contribué à lancer la mode des "sex tapes", en devenant l'objet principal d'une vidéo pornographique diffusée à son insu sur Internet par son ex-petit ami. A Paris Hilton, nul ne saurait demander de justifier sa popularité ; il lui suffit de l'entretenir avec le concours des paparazzi qui guettent la moindre de ses frasques.

Ces derniers temps, l'héritière de l'empire hôtelier Hilton - récemment rachetés par un fonds d'investissement pour 26 milliards de dollars - a une nouvelle fois affolé les médias. Déjà condamnée pour conduite en état d'ivresse, elle a été arrêtée en février par la police de Los Angeles, sur Sunset Boulevard, au volant de sa Bentley bleu nuit. Condamnée à 45 jours de prison ferme pour violation de suspension de permis de conduire, Paris a franchi un palier supplémentaire. Pensez : une célébrité dans un pénitencier, aucune émission de télé-réalité n'avait encore osé un tel scénario !

Incarcérée le 3 juin à la prison de Lynwood malgré une pétition lancée sur Internet par ses fans et une demande de grâce adressée, sans résultat, au gouverneur républicain de Californie, Arnold Schwarzenegger, sa remise en liberté, à l'initiative du shérif de Los Angeles, trois jours plus tard, pour des raisons médicales assez floues, a provoqué une vive polémique. Magistrats, syndicats de policiers, responsables politiques et représentants de la communauté noire ont crié au favoritisme.
Renvoyée derrière les barreaux le 8 juin, Paris Hilton a finalement quitté la prison le 26 juin après avoir purgé la moitié de sa condamnation, bénéficiant du système ordinaire de remise de peine pour bonne conduite.
Opération à très grand spectacle, le retour à la liberté de l'héritière Hilton a donné lieu à une prodigieuse mobilisation médiatique, avec nuées de reporters en voiture et cameramen embarqués à bord d'hélicoptères. "Les télévisions ont couvert l'événement comme le 11-Septembre", a commenté le chroniqueur "people" du Los Angeles Daily News, qui en a pourtant vu défiler, des personnalités riches et célèbres ! Au terme de rudes négociations, la chaîne CNN et son présentateur vedette Larry King ont été pressentis pour la première interview post-carcérale.

Dans les heures qui ont précédé l'événement, la chaîne a organisé un compte à rebours en insérant en bas d'écran un bandeau où l'on pouvait lire "Paris dit tout". L'entretien, mené sur le ton de la confession, a permis à Paris Hilton d'annoncer son "nouveau départ". Remerciant Dieu et jugeant l'expérience "très traumatisante" - bien qu'elle ait bénéficié de conditions d'incarcération privilégiées -, l'héritière a promis de cesser de conduire en état d'ébriété et fait connaître son intention de s'engager en faveur d'oeuvres de bienfaisance pour les enfants, d'associations de lutte contre le cancer du sein ou la sclérose en plaques.
Alors qu'on lui demandait ce qu'elle souhaitait sincèrement changer en elle, elle a parlé de sa voix. "Parfois, elle devient vraiment trop aiguë"... L'émission "Larry King Live" consacrée à la rédemption de Paris Hilton a rassemblé plus de 3,2 millions de téléspectateurs, soit le triple de l'audience moyenne.
Ce raz-de-marée (la chaîne Fox News a cité quelque 4 000 fois le nom de l'héritière au cours du mois de juin), qui a relégué au second plan le reste de l'actualité, a suscité quelques actes de rébellion dont le plus spectaculaire est à mettre au crédit de Mika Brzezinski. Le 26 juin, la coprésentatrice de l'émission matinale de la chaîne MSNBC a énergiquement refusé d'ouvrir le journal télévisé avec la sortie de prison de Paris Hilton.
"Je ne supporte plus cette histoire", a lancé la fille de Zbigniew Brzezinski, l'ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, en tentant de déchirer le script du journal télévisé, puis d'y mettre le feu avant qu'un de ses collègues ne lui propose de s'en débarrasser dans un broyeur. D'autres médias américains et britanniques ont proposé des éditions garanties "100 % Paris free" ("100% sans Paris")... tout en continuant parfois de couvrir "l'actualité Hilton" sur le Web.

Ce déferlement apparaît à la fois comme le moteur et la conséquence du boom de la presse people, en particulier sur Internet. Reconnaissante, Paris Hilton a tenu à adresser, pendant sa détention, un message de remerciement à Harry Levin, le patron éditorial de TMZ.com (groupe AOL), pour le remercier de la façon dont ce site avait couvert ses mésaventures. TMZ.com (9 millions de visiteurs réguliers) est une "machine à scoops". On lui doit notamment l'annonce de l'arrestation pour conduite en état d'ivresse, accompagnée de propos antisémites, de Mel Gibson, ainsi que la diffusion d'une terrifiante photo du réfrigérateur de l'actrice et mannequin Anna Nicole Smith, morte en février, rempli de doses de méthadone et de boîtes de Slim-Fast.

Interrogé sur l'ampleur prise par les événements des dernières semaines, Harry Levin a déclaré, bravache : "Il s'agit du déclin de la civilisation occidentale telle que nous la connaissons ; et nous y assistons en direct." Si une société se choisit les icônes qu'elle mérite, sans doute faut-il s'inquiéter de voir Miss Hilton occuper le haut de l'affiche. "Le fond du problème, c'est que la figure de l'idiote est devenue un genre de glamour ; Paris est peut-être une idiote, mais elle est devenue une icône", écrit, dans le Sunday Times, la chroniqueuse Ariel Leve, qui n'hésite pas à brocarder "la montée de la culture de la vulgarité", en particulier parmi les jeunes Américaines.

Pendant ce temps, Paris Hilton a mis le cap sur Hawaï. Pour se remettre de ses émotions, elle a réalisé quelques emplettes. Le magazine People et l'agence AP citent, parmi ses achats, des T-shirts Hello Kitty, des bijoux et un caftan imprimé léopard. Ainsi qu'un distributeur de papier-toilette recouvert de dessins représentant "des princesses".
Source: Le Monde