Au lendemain du lancement de sa candidature à l'élection présidentielle d'octobre, l'épouse du président argentin, Cristina Fernandez de Kirchner, 54 ans, a débuté sa campagne par un voyage en Espagne, du 22 au 26 juillet. C'est le cinquième voyage en Espagne de la Première dame argentine et sénatrice péroniste mais, cette fois-ci, « Cristina », comme l'appellent les Argentins, devait être reçue avec les honneurs réservés à un chef d'Etat.
Tous les sondages la donnent gagnante dès le premier tour
A cent jours du scrutin du 28 octobre, tous les sondages donnent gagnante la candidate du Front pour la Victoire, dès le premier tour, même si l'opposition, divisée, veut croire à la possibilité d'un ballottage. Elle aura des entretiens avec le roi Juan Carlos, le président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, le chef de l'opposition, Mariano Rajoy (Parti populaire, PP) et les représentants de la puissante Confédération espagnole des organisations d'entreprises (CEOE). L'Espagne est le principal investisseur en Argentine après les Etats-Unis.

Alors que les citoyens argentins se demandent si la probable élection à la présidence de « Cristina » signifiera un changement ou la continuité du gouvernement du président Nestor Kirchner, au pouvoir depuis 2003, les analystes politiques, à Buenos Aires, soulignent qu'elle accordera plus d'importance que son mari à la politique étrangère. Soucieuse de se construire une stature interna tionale, Cristina Kirchner a multiplié, au cours des derniers mois, les voyages à l'étranger : la France, en février, où elle avait rencontré les principaux prétendants à la présidence, les Etats-Unis et le Venezuela, pour resserrer les liens avec les communautés juives, mais aussi l'Equateur et le Mexique.
« Critina » est plus proche du style des politiciens européens que de la liturgie péroniste habituelle
Le lancement de sa candidature, le 19 juillet, lors d'un meeting à La Plata, sa ville natale, dans la province de Buenos Aires, était plus proche du style des politiciens européens que de la liturgie péroniste. Aucune allusion au général Juan Domingo Peron ou à sa légendaire épouse, Evita, ni de traditionnelle marche péroniste.
Souvent comparée à Hillary Clinton, prétendante démocrate à l'élection présidentielle américaine, Cristina Kirchner, avocate de formation, a une longue carrière politique qu'elle a bâtie bien avant l'élection de son mari.
Après avoir été députée, puis sénatrice de Santa Cruz, le fief des Kirchner en Patagonie, elle a conquis, en octobre 2005, le poste de sénateur de la province de Buenos Aires, la plus peuplée du pays. Brune, élégante avec un goût marqué pour le maquillage et les vêtements de luxe, c'est une fougueuse oratrice qui est considérée comme la principale conseillère du président Kirchner.
Le slogan de sa campagne est : « Le changement commence bientôt »
Cristina Kirchner a toutefois promis que « la nouveauté du changement se fera dans la continuité ». Elle a défendu les acquis du gouvernement et a appelé à un « dialogue social » entre les travailleurs et les chefs d'entreprise pour garantir la continuité du modèle économique d' « accumulation avec inclusion sociale ». Elle a qualifié de « sans précédent » et « hors du commun » le geste de son mari qui a renoncé en sa faveur à se représenter à l'élection présidentielle. Pour expliquer le retrait de M. Kirchner, les politologues font allusion à l'ambition du chef de l'Etat de gouverner le pays deux décennies d'affilée en échangeant le fauteuil présidentiel avec sa femme tous les quatre ans.

On attribue en outre à M. Kirchner la volonté d'abandonner momentanément la conduite de l'Etat pour se consacrer à la construction d'un nouveau mouvement politique de centre-gauche. La série de scandales est également évoquée et fragilisent l'actuel gouvernement : l'affaire Shanska, du nom d'une société suédoise qui a reconnu avoir versé 17 millions de pesos (près de 4 millions d'euros) de pots-de-vin pour la construction d'un gazoduc, et qui éclabousse des hauts fonctionnaires. Le 16 juillet, la ministre de l'économie, Felisa Miceli, a dû démissionner, soupçonnée de corruption après la découverte d'un sac contenant 49 000 euros, dissimulé dans les toilettes de son bureau. La ministre de la défense, Nilda Garré, fait l'objet d'une enquête judiciaire pour contrebande d'armes.
En plein hiver austral, les Argentins sont par ailleurs préoccupés par la pénurie de gaz et d'électricité, mais également par la hausse des prix.
Sources : AFP / Le Monde