... L'ESPRIT D'ANALYSE EST CE QUU'IL Y A DE PLUS CONTRAIRE A LA FOI!
Croire, tout est là! Non pas croire vaguement ni faiblement, mais asseoir sa FOI sur un roc de certitude. On n'arrive pas du premier coup à croire de cette manière, mais aussi, ce n'est pas d'emblée qu'un feu de prairie devient un brasier. Cela commence par la lueur tremblante et fragile d'une allumette, continue par de petites flammes et la combustion de brindilles avant de gagner le fagot entier. Enfin le bois s'alllume et, après la disparition de la fumée, tout l'édifice s'embrase et il en sort des langues de feu.
Votre foi doit arriver au stade des braises ardentes qui opèrent une véritable métamorphose de la matière et la transforment en gaz subtils. Une foi de cet ordre laboure profondément les plans invisibles où s'inscrivent d'avance les linéaments des faits matériels.


Je suis au regret d'ajouter que, bien loin de vous aider à acquérir cette sorte de foi, l'intellectualité - ou l'intelligence mentale - constitue pour vous le pire obstacle parce que l'esprit d'analyse est ce qu'il y a de plus contraire à la foi. Cela n'empêche pas des hommes fort savants de concilier les exigences de leur profession avec celles d'une vie confessionnelle, mais alors ils sont dans l'obligation de diviser leur existence en deux compartiments séparés: l'un qui n'admet que le fait expérimental contrôlable en laboratoire, l'autre qui s'incline religieusement devant le dogme, lequel ne doit pas être discuté. Cette attitude oblige celui qui l'adopte à un mode de pensée ambigue où l'un des postes est contradictoire de l'autre, ce qui est un obstacle majeur à l'unité.


Tandis que celui qui est dépourvu d'intellectualité, c'est-à-dire qui ne donne pas à ce qui se passe en lui et autour de lui d'explication cartésienne - en un mot l'inculte ou le simple - ne rencontre nul obstacle dans la naissance de sa foi. S'il nie, c'est abruptement, sans chercher de prétexte ni d'excuse; s'il croit, c'est totalement, sans avoir besoin de support.
Aussi l'homme cérébral, en raison de ce qu'il sait ou croit, est sans cesse enclin au doute et vicie les réalisations les plus positives par les pensées négatives qu'il y introduit. Songeons à l'immense cohorte des diplômés et au faible pourcentage de créateurs qu'on y rencontre! Qu'on se remémore, au contraire, les réalisations multiples dues à d'humbles ouvriers et à de modestes artisans! (Georges Barbarin, Affirmez et vous obtiendrez, p. 36-38.)