Stéphanie et Damien, parents d'Anaë, 3 ans;«On ne savait pas par où commencer»
Par Charlotte ROTMAN
QUOTIDIEN : Mardi 19 septembre 2006 - 06:00


Elle était là, dans la boîte aux lettres. C'est d'abord lui qui a trouvé le courrier, posté d'Haïti. Damien l'a serré entre ses mains et a attendu plus de deux heures que Stéphanie rentre pour l'ouvrir ensemble. Il y avait une photographie d'une petite fille de six mois, aux yeux agrandis. Un bébé habillé d'une robe blanche à collerette avec des dessins de cerise. Un petit bout de chair lui manque au lobe droit. «C'était notre enfant. A des milliers de kilomètres.» Stéphanie et Damien Sauvêtre avaient entamé les démarches pour adopter deux ans plus tôt, en 2002. Elle est institutrice, une grossesse lui est déconseillée pour des raisons de santé, lui est ingénieur. Ils ont alors 25 ans. «Vu notre âge, on ne rentrait pas dans le profil type», se souvient Stéphanie. Mais l'assistante sociale et la psychologue se montrent très encourageantes. Le couple obtient l'agrément. «C'est là que ça devient difficile. On ne savait pas par où commencer, à qui s'adresser.» Le couple souhaite passer par une association, «plus rassurante» . «On ne se voyait pas partir avec notre sac à dos faire le tour des orphelinats pour choisir un enfant.» Aucun organisme agréé pour l'adoption (OAA) ne les accepte. «Au premier refus, on se dit : "C'est normal", ensuite, on déprime.» Pour beaucoup de pays, ils n'ont pas encore atteint l'âge requis. Stéphanie passe ses nuits sur l'Internet, dialogue dans les forums, jusqu'à entendre parler d'un couple, jeune lui aussi, qui a adopté en Haïti. Elle se greffe sur leurs contacts. Pendant des mois, ils appellent la directrice d'une crèche haïtienne qui a accepté de les aider. Mais rien ne se passe. En février 2004, Haïti sombre dans le chaos, Aristide part. «C'était une telle crise, on s'est dit: "C'est mort."»


Un mois après, la photo arrive. En août, ils se rendent en Haïti. Le mari de la directrice de la crèche les attend à l'aéroport. Trop dangereux de circuler seuls. Le lendemain, ils vont à la rencontre de la petite fille. «Une nourrice est arrivée avec une petite pépète dans les bras. On a reconnu tout de suite son petit visage, et son regard profond, presque d'adulte.» Elle a 14 mois. Damien essaye de la prendre, elle se cambre violemment. Mais elle ne lâche plus
Stéphanie. «Du jour au lendemain, il a fallu qu'on se découvre parents , se souvient Stéphanie. On ne connaissait rien d'elle. On s'est apprivoisés petit à petit.» Ils l'ont appelée Anaë, et ont gardé son prénom haïtien, Evencia.
Aujourd'hui, Anaë a trois ans. Elle sait qu'elle vient d'Haïti. «Elle a un album photo qu'elle regarde quand elle veut.» Avec cette photo d'elle à six mois dans sa robe à cerises. Stéphanie et Damien sont en cours de procédure pour un deuxième enfant.