L'expulsion de criminels haïtiens faciliterait l'entrée de drogue à Montréal
L'expulsion de certains membres de gangs de rue du Canada vers Haïti entretient le trafic de drogue entre les deux pays.
C'est ce qu'ont affirmé hier Jean Fritz Magny, un officier inspecteur de la police nationale d'Haïti, et Jean Robert Denis, ancien directeur du service d'intelligence de la République d'Haïti.
«Il existe un lien fonctionnel entres les gangs de rue de Port-au-Prince et ceux de Montréal. Les membres de gangs récidivistes renvoyés en Haïti restent en contact avec leurs gangs avec la bénédiction de la police haïtienne, a déclaré Jean Robert Denis en conférence de presse. La drogue est récupérée par ce monde interlope de criminels et de gangsters qui trouvent le moyen de la faire venir ensuite à Montréal.»
Selon les deux hommes, les refoulés condamnés au Canada ne sont pas pris en charge à leur arrivée en Haïti. «Ils rentrent à l'aéroport sans se signaler et disparaissent dans la nature, a expliqué Jean Fritz Magny. Ils deviennent des citoyens ordinaires et se regroupent avec d'autres gangsters sur place.»
«Il n'existe pas de structure d'accueil carcérale pour les criminels notoires qui sont envoyés en Haïti. Ils trouvent des contrats tout de suite car ils connaissent bien le terrain montréalais, a précisé Jean Robert Denis. Nous dénonçons cette situation depuis 15 ans.»
Ils pointent également le gaspillage et la mauvaise gestion des fonds canadiens investis en Haïti. En 1994, Jean Fritz Magny a fait partie d'un groupe de 51 policiers formés à Regina par la Gendarmerie royale du Canada pour lutter contre la violence et la criminalité dans leur pays. «Tous ces policiers étaient supposés former à leur tour d'autres policiers. Mais il n'ont jamais été affectés», a déploré Jean Fritz Magny, qui pointe aussi la corruption au sein de la police haïtienne.
En 1995, il est retourné à Montréal suivre une formation au sein du Service de police de la communauté urbaine de Montréal pour apprendre notamment à combattre les trafiquants de drogue et les gangs. À son retour en Haïti, il affirme avoir été empêché de faire son travail et d'appliquer les enseignements reçus pendant cette session.
«Le Canada dépense des millions en Haïti. Pourquoi est-ce que les meurtres continuent? Nous demandons au gouvernement canadien de faire la lumière sur la façon dont sont utilisés ses investissements», a indiqué Jean Robert Denis. Selon lui, ces fonds pourraient par exemple être utilisés pour préparer un système carcéral d'accueil de criminels expulsés.
Jean Fritz Magny s'est également dit victime de persécution parce qu'il a voulu dénoncer les malversations. Sous le coup d'une révocation depuis 2003, il attend toujours que la justice haïtienne se prononce sur son dossier.